LIVRE III, CHAPITRE IlL Io
dans le cœur des Grecs leur amour invincible pour la liberté. Us embrassèrent la cause des meurtriers de César, et armèrent contre Octaye son neveu > qui venait d'être proclamé empereur. Octave se joignit à Antoine et Lépide, et tous trois vinrent attaquer Brutus et Cassius qui occupaient Epidamne et Apollonie, colonies de Corcyre.
Les G>rcyréens9 dans le même tems, battaient Dolabella, lieutenant d!Auguste; mais la fortune ne favorisa pas long-tems leur parti ; la bataille de Pbilippes le perdit sans ressource, et ne laissa aucun espoir de succès aux défenseurs de la liberté.
Corcyre ouvrit ses portes aux vainqueurs, qui s'empressèrent d'y célébrer leur triomphe : et Funion d'Antoine avec Octavie, sœur d'Auguste, acheva encore de resserrer les liens qui existaient entr'eux. Peu après son mariage , Aivtoiqe partit pour l'Egypte , où bientôt il eut oublié sa nouvelle épouse.
L'ambition , plutôt que le désir dé venger sa sœur outragée par Cléopâtre, arma Octave contre Antoine; et dans cette nouvelle lutte, Corcyre se déclara encore contre l'empereur. La flotte corcyréenne, jointe à celle d'Antoine, parcourait la mer Adriatique, quand Au-
lo6 HISTOIRE DES ILES IONIENNES,
gusle s'approcha d^ Corcyre pour se venger d'abord de ces insulaires.
La ville 9 quoique affaiblie par ledëpart d'an grand nombre de ses habitans, opposa à Auguste la plus vigoureuse résistance; mais elle fut enfin (ovcée de céder à ta persévérance et à la vivacité des attaques d'un ennemi irrité, auquel il fallut se rendre à discrétion.
Octave, en qui l'âge et la politique n'avaient point encore amorti la cruauté qui lui était naturelle, usa de sa victoire, comme aurait fait Marius on Sylla : un grand nombre de citoyens fîit mis à mort; le reste de la population, privé de ses privilèges, fut réduit h l'esclavage. Un gouverneur et une nombreuse garnison furent chargés de conserver cette conquête.
La bataille d'Âctium, qui se livra peu de tems après, vint enlever aux malheureux Corcyréens tout espoir ^e briser leurs fers. En vain, ils implorèrent leur pardon de l'heureux Auguste ; le tems même ne put adoucir sa rigueur à leur égard , et ils languirent dans une longue et cruelle servitude.