ROME ET LA GRÈCE APRÈS LA MORT DE CÉSAR
du grand empereur, ces dispositions de César furent, ainsi que d'autres, confirmées le 17 mars par un sénatusconsulte. Cependant les mouvements ultérieurs qui eurent lieu à Rome et notamment les intrigues du consul M. Antonius ne changèrent que trop tôt tout cet état de choses. En effet, ce rusé diplomate réussit (vers la fin d'avril de l'an 44) à faire donner par un plébiscite à P. Cornélius Dolabella, son collègue dans le consulat, la province de Syrie pour Tan 43, et à obtenir pour lui-même la promesse qu'au bout de l'année courante la Macédoine* ne serait pas donnée à Brutus, mais à luimême comme province proconsulaire. Brutus et Cassius, les principaux chefs des républicains, reçurent la mission de veiller à l'approvisionnement de la capitale (5 juin 44); ils devaient en conséquence se rendre sans tarder d'abord en Sicile et en Asie; on leur avait promis qu'ils seraient nommés, à l'expiration de leur prélure, propréteurs de Crète-Cyrène et de Bithynie^ Ces deux hommes, qui ne pouvaient alors
*) Les limites que je me suis tracées dans ce livre m'obligent à ne parler qu'en passant des préparatifs (interrompus par sa mort) que fit César pour une grande guerre d'abord contre les Gèles et les Daces (v. plus bas, p. 436), puis contre les Parthes; delà concentration provisoire en Macédoine de six légions romaines et d'autres troupes sous le commandement de M. iEmilius Scaurus (cf. Drumann, vol. III, p. 679) à partir de l'an 45; de l'entassement d'un matériel de guerre considérable à Démétrias en Thessalie (Plut., Brut., c. 25. Appian., B. 6'., III, 63); de la marche d'autres troupes romaines se rendant en Achaïe ou traversant cette province, comme celles que commandait M'. Acilius (cf. p. 430, 3) vers la fin de l'année 45 et celles de Gains Caninius Rebilus au commencement de l'année 44 (Zumpt, op. cit., p. 228 et Cic, Ad Fam., VII, 30, fin., Ad Att., XIV, 5), le tout se rapportant à l'expédition projetée. — Nous ne pourrons également indiquer que brièvement le changement fréquent des décisions prises à l'égard de la Macédoine depuis la mort de César et avant l'arrivée de Brutus à Athènes (ci-après, p. 433 sqq.), changement qui dépendait des mouvements qui avaient lieu dans la capitale. Il en est de même des luttes, importantes seulement pour l'histoire romaine de l'année 44 et accompagnées d'un grand nombre de négociations secrètes et d'intrigues, pour la possession des légions entassées en Macédoine, dont une seule resta, comme on sait, au consul désigné Dolabella pour la Syrie et la guerre contre les Parthes, tandis que la cavalerie passa plus tard du côté de Brutus. M. Antonius, vers la fin de l'automne de l'année 44, fit passer en Italie les légions qu'on lui avait assignées au mois de juillet de cette même année. Sur les renseignements donnés dans le texte, v. Appian, B. C, IV, 57. III, 7. 8. init., 12. 16. 36. Cic, Ad AU., XIV, 9, 3. Vell., II, 60. Dio Cass., XLV, 20.
2) Appian., III, 6. 8. 12. 16. 35. 36. IV, 57. Dio Cass., XLV, 32. XLVI, 23.
LES ATHÉNIENS ET SERVUJS SULPICiUS 433
se maintenir à Rome au milieu des agitalious de la foule et des intrigues d'Antoine^ se montrèrent d'abord disposés à accepter cet arrangement. Mais bientôt Antoine fit paraître si clairement ses intentions à leur égard, qu'ils rompirent ouvertement avec lui (au commencement du mois d'août) et quittèrent l'Italie au commencement d'octobre pour se rendre en Orient. Mais leur but n'était plus la Crète-Cyrène etl'Asie- Mineure; ils avaient, au contraire, l'intention de se rendre maîtres par la force des provinces de Macédoine et de Syrie, que César leur avait destinées pour l'année 43 ^
Les succès de Brutus furent d'abord rapides et brillants. Il commença par se rendre à Athènes. Les xYlhéniens avaient supporté impatiemment le gouvernement absolu de César. L'aréopage avait eu la fermeté de refuser, en 45, à Servius Sulpicius, gouverneur de la presqu'île gréco-macédonienne pour le compte de César, philhellène d'un caractère doux et d'un esprit très cultivé (p. 431, 1), une tombe dans l'enceinte des murs d'Athènes pour son ancien collègue dans le consulat, M. Marcellus, partisan de Pompée. Marcellus, après la bataille de Pharsale, avait vécu dans l'exil à Mitylène ; gracié enfin par César, il avait été assassiné au Pirée, au mois de mai de l'an 45, par P. Magius Cilo, un de ses clients et compagnons, au moment où il s'en retournait en Italie. L'aréopage, en s'obstinant dans son refus, alléguait des scrupules religieux et se fondait sur une antique loi religieuse de Solon qui interdisait de construire des tombeaux dans l'intérieur des murs de la ville; il se contenta d'autoriser Sulpicius à ensevelir son ami dans l'Académie \ Lorsque Brutus parut à Athènes, l'esprit répu-
XLVII, 21. Plut., Brut., c. 19 fin. Cic, Phil., XI, 12, 11,38. Flor., H, 17 et V. aussi ZuMPT, p. 237 sqq., 241 sqq. Drumann, vol. I, p. 139. 163 sqq., vol. II, p. 124.
') Appian, III, 24. IV, 57 fin. Nicol. D km asg. {ibid., p. 455), Ds vit. Cœs., XXXI, 7. D:o Cass., XLVII, 21 init. Plut., Brut., c. 24 init. etc. 28. — Cependant « les libérateurs ^> ne négligèrent pas complètement pour cela la province de Crète; on nous dit que, pendant la guerre qu'ils firent aux nouveaux triumvirs, cette île fut occupée par un chef dévoué à la cause de Brutus. Appian., V, 2.
2) Cic, Ad Fam., IV, 12. Ad Attic, XIII, 10. Liv., Epit. lib.CXV, Valer. Max., VIII, 11, 4. Cf. Ross, Arch. Aufs., vol. I, p. Q, 14 sqq.* (Senec. , Consol. ad Helv., c. 9).