‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 34 sur 235 · MODIFICATION DES RAPPORTS DES ROMAINS AVEC LES HELLÈNES · texte numérisé non relu

MODIFICATION DES RAPPORTS DES ROMAINS AVEC LES HELLÈNES

une part glorieuse à la bataille de Magnésie*. Des frondeurs achéens d'iEgion, de Patrae et de Dyme enfin, appuyèrent avec succès, en 189, le consul Fulvius, qui faisait le siège de la ville céphallénienne de Same '. La guerre avec les Syriens et les Étoliens se terminait donc tout à l'avantage des Achéens ; leur confédération s'était même étendue en 189 au delà du Péloponnèse, puisque, après la soumission des Étoliens, les Romains avaient permis que les Achéens joignissent à leur Ligue non seulement la ville d'Héraclée près de FŒta'' avec la position des Thermopyles, mais même la vieille cité étolienne de Fleuron *, qu'ils avaient conquise.

Cette guerre de Syrie et d'Étolie n'en fut pas moins véritablement fatale à la Grèce en général, et en particulier à la Macédoine et aux Achéens. Elle avait non seulement détaché de la ligue étolienne un certain nombre de villes et de contrées et malheureusement accru par là le nombre des petits États ^^ mais modifié essentiellement la situation respective des Grecs et des Romains. La prise de possession par Rome de Corcyre et ensuite de Céphallénie et de Zacynthe (v. ci-après) n'eut pas alors d'effet bien sensible. Mais les sympathies politiques des Romains pour la Grèce furent diminuées considérablement par le peu de fidélité qu'une grande partie des Hellènes avaient montré dans un moment critique ; c'était surtout la démocratie grecque qui, dans ces temps-là, s'était attiré toute la haine des Romains. En outre, comme nous l'avons vu^ les généraux romains avaient été forcés de traiter en ennemis vainqueurs un grand nombre de Grecs, non seulement les Etoliens, mais tous les habitants de la Grèce centrale ; et il était bien difficile, après de semblables expériences, de revenir tout simplement à la position de protecteurs bienveillants. La puissance tant redoutée des Séleucides enfin avait été ébranlée

*) Cf. Liv.,XXXVII,20et21.39. Polyb., XXI,7. Appian., Syr., c. 26. 3i.

2) Liv., XXXVIII, 29.

3) Cf. Pausan., VII, 14, 1.

*) Cf. Pausan., VII, 11, 1.

*} V, aussi l'intéressanle notice sur les ocotvà ou fédérations de districts des petites peuplades montagnardes entre la Phocide et la Thessalie (Doriens, Locriens orientaux, OEtaeens, ^oianes) dans l'inscription troïque (de Cambridge) dans Curtius {loc. cit.), p. 34 et suiv.

POLITIQUE ASTUCIEUSE DU SÉNAT A l'ÉGARD DE PHILIPPE 135

et rejetée derrière le Taurus ; les intérêts de Rome en Asie étaient maintenant suffisamment défendus par la puissance singulièrement augmentée des Rhodiens et des Pergaméniens (dont les intérêts particuliers se trouvaient du reste souvent en opposition), et par suite, la Grèce d'Europe avait perdu pour les Romains une grande partie de son importance politique. Aussi Flamininus eut-il de plus en plus de la peine à décider le Sénat, — qui, déjà dans la question étolienne, était revenu sans hésiter aux dures pratiques de la vieille politique romaine — à appliquer strictement, dans les affaires de la Grèce, les principes de 196. Dès à présent, les généraux romains en Grèce, même lorsqu'ils n'étaient pas les adversaires politiques du vainqueur de Cynoscéphales, montraient des dispositions sans cesse renaissantes à s'immiscer à l'occasion dans les affaires intérieures des États grecs indépendants. Et Flamininus lui-même (v. ci-après) laissait entrevoir très clairement, que lui aussi^ du moins en ce qui concernait la politique extérieure, n'était pas disposé à favoriser une trop grande autonomie des Grecs ; même les Achéens durent s'apercevoir que le libérateur aimait surtout à agir en patron des Hellènes ; qu'il était fort mécontent lorsque leurs désirs et leurs mouvements osaient dépasser la limite qu'il leur avait assignée pour leur bien. En un mot, le protectorat de Rome sur la Grèce s'était insensiblement changé en une hégémonie romaine, et le temps n'était pas loin oii les États grecs ne furent plus traités qu'en Etats vassaux.

Les x4Lntigonides et les Achéens furent les premiers à s'apercevoir et à souffrir du changement survenu dans les rapports des Romains avec la Grèce. L'énergie et le dévouement avec lesquels le roi Philippe avait appuyé les Romains dans la guerre de Syrie n'empêchèrent pas le Sénat de voir que ce prince avait été guidé principalement par sa haine contre Antiochus et par l'espoir de reconquérir une grande partie de son ancienne puissance. Or, comme la politique romaine ne se souciait nullement de voir le rétablissement d'une grande puissance macédonienne, le Sénat, qui ne voyait qu'avec inquiétude le prudent Philippe faire les efforts les plus énergiques pour faire servir ses nouvelles conquêtes au relèvement

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