LKS GRECS PARTISANS 1)E POMPÉE
La Macédoine ne parait pas avoir eu à cette époque un gouverneur spécial du parti de Pompée* ; par contre, le gouvernement des contrées qui en dépendaient était partagé entre divers légats : c'est ainsi que M. Pison ' avait le commandement des îles, etqueFAchaïe fut gouvernée d'abord par le consulaire Appius Claudius Pulcher (ci-dessus, p. 408, 4), et, après sa mort survenue en Eubée, par le préteur ou propréteur P, Rutilius Lupus '. Tandis que Pompée — les combats que César livrait en Espagne et devant la ville grecque de Massalia lui en laissaient bien le temps — mettait en mouvement toutes les forces de TOrient, en exigeant des habitants des approvisionnements considérables et de fortes sommes d'argent \ la population de la péninsule gréco-macédonienne fut sommée de prendre les armes en sa faveur. César, dès cette époque, a dû avoir quelques partisans en Grèce; les Hellènes l'avaient connu, lui aussi, jeune encore *; il leur avait rendu plus d'un service comme avocat et plus tard comme homme d'État ^ Mais tout cela était peu de chose en comparaison d® l'impression profonde et durable produite autrefois dans tous les pays à Test de TAdriatique par les victoires, la gloire militaire et la personnalité importante de Pompée '. Ce qui a, sans doute, exercé une influence décisive sur un grand nombre d'Hellènes, c'est que l'un de leurs compatriotes, Théophane de Mitylène (p. 370), qui devait au grand conquérant de rOrient les droits de citoyen romain, était l'ami intime et le confident de Pompée, avait une voix très influente dans le conseil privé du chef de l'aristocratie et occupait une position
/r.,72, 6ap. Muller, Fragm. Hist. Graec, t. IV, p. 564. Tafbl, De Thessaloriu p. XXVI. Sur Berrhœa, v. Plut., Pomp., c. 64. En général, sur les diverses contrées de la Grèce, v. entre autres Eutrope, Vï, 19.
*) Cf. ZuMPT^ Camm, Epigr,, vol. VII, p. 217 sqq. Fr. Hofmann, dans Kraner ad C^s., BelL civ, (3« édit.)» p. 42^ au bas, est d'un avis différent.
») Joseph, Antiq,, XIV, 10, 14.
'j Cf. Valer. Max., I, 8, 10. Luc an., PAar5a/.,V, 68 sqq., 194 sqq., 224 sqq. Oros., VI, 15. Ces. (éd. Kraner), Bell, civ., Ilï, 55. Zumpt, p. 215 sqq.
*) Sur l'Asie et l'Achaïe, v. C^es., BelL civ., III, 3. Cic, Ad AMtc., IX, 9, 2, et ci-après, p. 427,3. Sur les quantités considérables de blé tirées de l'Asie, de la Crète, de la Thessalie, voy. CiEs., ibid. III, 5, init., 42.
*) Cf. Drumann, vol. III, p. 132 sqq., 134 sqq.
•) Cf. ci-dessus, p. 395 et 401 .
') Cf. aussi Cic, TusCy I, 35.
TROUPES GRKCQUES AUX ORDRKS DE POMPÉE 419
très importante dans son état-major ^ Dans tous les cas, aucun Grec, avant que César eût passé l'Adriatique, ne pouvait songer à prendre les armes pour lui et contre les optimales, qui, en face de l'usurpateur César, représentaient toujours le « gouvernement légitime ». La masse des Hellènes suivit donc sans murmurer, beaucoup d'entre eux même avec enthousiasme, les étendards de Pompée. On nous apprend que non seulement les Romains et les citoyens romains qui vivaient en Grèce et en Macédoine et les vétérans établis en Macédoine et dans Tile de Crète* furent appelés aux armes, mais que Pompée employa les milices étoliennes, épiretaset thraces pour garder les côtes ^ ; qu^il leva de nombreux guerriers en Macédoine, en Thessalie, enÉpire, en Béolie, à Athènes et dans le Péloponnèse , tant pour compléter les légions dont il disposait et les mêler avec ses soldats d'Italie que pour en faire des corps indépendants ^; quenQn des troupes légères (notamment des archers et des frondeurs) furent levées ou enrôlées dans l'Ile de Crète (dont les excellents archers avaient déjà combattu en Gaule, sous César) et en Laconie *. La cavalerie de Pompée (sans parler des escadrons enrôlés ou simplement levés en Thrace et en Dardanie) reçut aussi des renforts venus de la Macédoine et de la Thessalie ®. Sa flotte
') Plut., Cic., c. 38. Pomp,, c. 49, fia. 76. Ces., B. C, III, 18, 3. Cic, Pro Arch,, 10, 24. Ad AU., II, 12, 2. 17, 3. V, 11, 3. IX, 1, 3. 11, 3. Val. Max., VllI, 14, 3. Tacit., Ann,, Vf, 18, fin. Jul. Gapitolin., Mcix. et Balb., 7. Strabon, XI, 5, 1, p. 769 (503) et XIII, 2, 3, p. 918 (617). Cf. Clinton, Fast, HeUen., III, p. 197 sqq. Dhumann, vol. IV, p. 551 sqq. C. MuLLER, Fr, Hist. Gr., III, p. 312 sqq.
*) CiES., Bell, ctv., III, 4, 1. Cf. 102, 2. Joseph., Ant.y XIV, 10, 14.
') Ces., Ilf, 11, 3. 61, 2. Cf. MoMMSEN, R. G., vol. III. p. 397 sqq.
*) C^s., III, 4, 2. 61, 2. Appian., Bell, civ., II, 70. 75Î Même après la bataille de Pharsale, Pompée voulait faire prendre les armes aux citoyens romains et aux Grecs d'Ampbipolis et des environs. Ces., Bell. Ciï\, Ilf, 102, 2.
*) CiES., ibid.
•) CiES., III, 4, 3. 4, 6. — Appien, jB. C, II, 49 (cf. 51), énumère en général : des troupes auxiliaires d'Ionie, de Macédoine, de Béolie, d*Athènes et du Péloponnèse et des archers crélois; cf. aussi c. 70 et 71, init., et 75; à la fin du cb. 70 se trouve, comme on sait, l'indication erronée d'après laquelle les Laconiens (Spartiates) se seraient Joints à Pompée sous la conduite « de leurs propres rois » (uirb xoî; lôîoiç paaiXeOai). — Lucain , PharsaL, II, 646 sqq. et surtout III, 170-213 (cf. V, 51 sqq.), énumère emphatiquement et en détail les alliés grecs de Pompée : les guerriers d'Ain-
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formidable, qui (depuis Tété de rannéc 49) vint se former sous les ordres de M. Bibulus dans TAdriatique, sur les côtes de Tilc de Corcyre jusqu'à Dyrrhachion, était en grande partie conaposée des escadres de TOrient. Aux grandes escadres de TÉgypte et des provinces maritimes asiatiques de Tempire (avec Chios, Lesbos, Cos, Smyrne, Milet) vinrent se joindre les navires des Rhodiens, commandés par Gains Marcellus et Gains Coponius, et ceux des Cyclades, d'Athènes, de Tîle de Corcyre et des Uellënes d' « Achaïe » et de Byzance, qui, ainsi que les galères liburniennes, étaient sous le commandement de L. Scribonius Libo et de M. Octavius *. La faible ville d'Athènes, dont les habitants étaient d'enthousiastes partisans de Pompée, n'avait pu équiper que trois vaisseaux '.
On sait que l'audacieux César, que n'avaient pu efTrayer ni la formidable flotte de Pompée, ni la mauvaise saison, réussit, dans l'automne de Tannée 49 av. J.-C. ', après être parti de Brundisium, à débarquer une partie de ses forces à Palaeste (Paleassa), sur la côte la plus septentrionale (chaonienne) de rÉpire; puis il s'avança sans tarder sur le littoral le plus septentrional de rÉpire et le plus méridional (macédonien) de r[llyrie, où eurent lieu bientôt les combats les plus acharnés. Par son débarquement. César avait pu momentanément surprendre son adversaire, qui n'avait d'abord que faiblement garni de troupes la côte de l'Adriatique, où lui aussi pensait établir son nouveau quartier général et se mesurer avec les Césarieiis, et qui avait échelonné son armée sur un vaste espace, depuis le nord de la Thessalie, le sud et l'ouest de la Macédoine, jusqu'au sud de l'Illyrie. César fut aussitôt reçu
phissa, de la Phocide, de la Béotie, d'Athènes, d'Elis, de TArcadie, de la Lacouie; puis des Trachiniens, des Dryopes, les tribus épirotes, les Athamanes, les Thessaliens, les Crélois el les différentes tribus des Grecs de l'Asie-Mirieure. Cf. Flor., If, 13, 5 et 6.
«) C^s., B. C. III, 3, 1 . 5. 26, 2. 27, 2. Cic, AdAiL, IX, 9, 2. Diim., î. 32. Plut., Cic, c. 38. Cai. min,, c. 54 ; cf. Luca.n., V, 51 sqq. Appian., II, 71.
*) LucA.v., III, 18! sqq. (Senec, Swasor., 1). — (Appien, II, 70, fio., prétend que César et Pompée firent olTrir aux Alhéniens, comme prêtres des Thesmophories, une neutralité complète, mais que ceux-ci ne voulurent pas en profiter.)
3) D'après Mommsen, il. G., vol. lïl, p. 400. Kraner ad C^s., III, 6, 2. p. 173. Peter, Gesch. Roms, vol. II, p. 347 (2« éd., p. 325).