BATA11XE DE PHARSALE
de Tan 48, après plus de quatre mois de lutte, donnât à la guerre une tournure toute nouvelle. Nous n'avons pas à raconter en détail les événements militaires très intéressants qui se succédèrent : qu'il suffise de rappeler l'heureuse inspiration de César qui lui fit transporter le théâtre de la guerre des environs de Dyrrhachion en Thessalie. Pour cela, on le sait. César recula d abord jusqu'à ApoUonie, remonta la vallée de TAoos, franchit la montagne entre l'Lpire et la Thessalie et, après avoir fait sa jonction, non loin des sources du Pénée, près d'^Eginion, avec la division do Calvinus, — (qui d'Héracleia Lyncestis avait heureusement échappé à Métellus Scipion ainsi qu*à Tarmée de Pompée, qui, de l'ouest, marchait contre lui) * — se jeta avec toutes ses forces sur la ville thessalienne de Gomphi; cette dernière (située à l'extrémité de la route qui, de l'Épire et de l'Athamanie, conduit en Thessalie par les monts Cercétion), à la nouvelle de la bataille de Dyrrhachion, venait d'abandonner le parti de César et, bien garnie do troupes par le stratège thessalien Androsthène, était décidée à opposer une résistance opiniâtre à l'armée battue de César ^ César, qui ne pouvait pas attendre là sans danger Tarrivée de Métellus Scipion, lequel se trouvait déjà à Larissa, prit d'assaut Tanogante cité et la fit saccager et piller pour effrayer le reste des Thcssaliens du parti de Pompée \ Il abattit ainsi le courage des Grecs adhérents de son adversaire dans cette contrée et put sans crainte laisser son armée s'y réposer complètement. Lorsque ensuite la nombreuse armée de Pompée, qui avait traversé la Macédoine et était maintenant réunie avec le corps de Scipion, l'eut suivi de Larissa, la plaine de Pharsale fut le théâtre de cette bataille formidable (le 9 août d'après Tancion calendrier, au mois de juin de l'an 48 av. J.-C. , d'après le calendrier Julien) qui termina le grand conflit en faveur de
Pharsal., VI. 14-315. Dio Cass.,XLI, 50 et 51. Appian., II, 60^4. Plut., Pomp,, c. G5 sqq. CiES., IH, c. 39.
*) C.+:s., III, 72-79. Bursian, Geograph., vol. I, p. 14, 49.
*) Ces., m, 80, 1-4. Bursian, p. 53.
') Ces., 111,80, 4-6. Flor., Il, 13, 41. Dio Cass., XLI, 51. Plut., Cxs,, c. 39, 40. 41. Dans leur désespoir, vingt des principaux habitants de Gomphi, tous très ûgés, s'empoisonnèrent dans la maison d'un médecin de leurs amis, qui imita leur exemple. Appian., Il, 64, fin.
CONSÉQUENCES DE LA BATAILLK DE PîfARSALE 42;î
César, anéantit Tarmée de la République ot donna pour la première fois un maître à l'empire. Dos guerriers légèrement armés de FAcarnanie, de TÉlolie et de la Dolopie s'étaient battus pour César : du côté de Pompée, c'étaient notamment les troupes auxiliaires de Sparte, du Péloponnèse, d'Athènes, de la Béotic et de la Macédoine, ainsi que des archers crétois qui (en s appuyant fortement sur les légions) avaient pris part à la bataille, peu glorieusement, il est vrai, et en éprouvant de grandes pertes ^
On peut dire que la bataille de Pharsale mit fin à la guerre dans la péninsule hellénique. Athènes se rendit immédiatement à Calénus qui l'assiégeait; le clément vainqueur de Pharsale accorda son plein pardon à la ville, pour Tamour de sa gloire passée. Toutefois César ne put s'empêcher de dire avec hauteur aux représentants de la. cité athénienne : « Combien de fois la gloire de vos pères vous sauverat-elle encore '? » Tandis que la péninsule hellénique se trouvait ainsi enlevée aux républicains jusqu'à Mégare; que la puissante Rhodes (dont la flotte avait beaucoup souffert dans les combats livrés dans l'Adriatique et dans le voisinage) fermait ses ports aux Pompéiens fugitifs ^; que tout l'Orient abandonnait Pompée ; tandis que ses armées de terre et de mer évacuaient, sans résister plus longtemps, Dyrrhachion, après ravoir pillé, puis Corcyre *; tandis que César poursuivait son malheureux adversaire — qui fuyait vers le sud en passant par Larissa, Tempe et Amphipolis (p. 419, 2), puis
>) Cf. Appian., B. g. , II, 70. 71 et 75. 71) et 80. 82. Lucan., Pharsal., VII, 229. — Sur de prétendus présages qui annoncèrent la victoire de César, voy. pour ceux de Pergame, C.f:s., III, 105. 4. Dm Cass., XLI, 61 ; pour ceux de Tralles, Plut., Cœs,, c. '17. DioCass., ihid. Ces., III, 105, 5. Obseqiiens, 125; pour ceux du temple d'Alhéné à Kis: Ces., 111,105, 2.
*) Dio Cass., XLII, 14. Appia.n., Il, 88. Comme César ne se rendit pas à Athènes immédiatement après la bataille de Pharsale, mais se mit en marche vers le Nord dès le lendemain (C.«s., III, 98, 3) ou trois jours après (Appian.. II, 88), il est probable qu'il adressa ces paroles à des Athéniens qui se rendirent à lui à Pharsale, ou à une ambassade athénienne qui implora son pardon, ou enfin aux autorités athéniennes (en 47) lorsque, revenant d'Asie, il passa par la Grèce (Dio Cass., XLII, 49) pour se rendre en Italie.
») C^s., m, 102, fin. Cic, Ad fnm., Xll, 14, 3. De divin,, ï, 32.
*) Dio Cass., XUl, 10. 13. Appian., II, 87. Plut., Cat. min., c. 55 sqq. LucAN., PharsaLy IX, 32 sqq. Cic, De divin., I, 32.
426 MÉGABK
par Mitylëne (où il retrouva sa famille, qui y vivait depuis quelques mois, et où le philosophe Cratippe [p. 414] essaya de le consoler) — à travers la Thessalie, la Macédoine, TAsie et Rhodes, jusqu'à sa tombe sur la rive égyptienne ', une partie de Tarmée battue cherchait encore à se maintenir dans le Péloponnèse. Mégare. avec son ancienne ténacité, résistait à Calénus qui l'assiégeait. Lorsque la ville fut enfin prise d'assaut, après bien des combats et non sans l'aide de quelques traîtres, la plupart des habitants perdirent la vie ; un grand nombre de personnes périrent misérablement parce que quelques fanatiques, dans leur désespoir, avaient lâché, contre les soldats de César qui montaient à l'assaut, plusieurs lions destinés à prendre part, à Rome, aux combcCts du cirque : ces bêtes s'étaient mises à déchirer indistinctement Grecs et Romains. Le reste des habitants de la malheureuse petite ville fut réduit en esclavage; cependant Calénus, en cédant à \'il prix ses victimes à quelques-uns de ses amis, leur laissait au moins l'espoir de se racheter bientôt eux-mêmes ou de se faire rendre la liberté par d'autres *. Le terrible sort de cette petite ville ôta aux autres habitants du Péloponnèse toute envie de résister plus longtemps au sévère légat. Patrae, où Caton et d'autres Romains républicains avaient voulu résister encore, fut évacué à l'approche des troupes de Calénus '.
La guerre était donc terminée en Grèce; elle y avait à peine duré deux ans, et pourtant elle avait beaucoup contribué à la ruine du pays\ Les Hellènes d'Asie et ceux des tles qui n'avaient pas souffert directement de la guerre n'en avaient pas moins dû fournir des hommes et des vaisseaux, des appro-
*) Plut., Pomp,y c. 73-80, Ces., III, c. 48. Appian., II, 81, 83 sqq. Zonar., X, 9. Dio Cass., XLII, 2-8. C^s., III, 96-99. 102 sqq. Flor., Il, 13, 51 sqq. Vell., II, 53. Valkr. Max., IV, 5, 5. Lucan., PharsaL, V, 725 sqq. VII, 711 sqq. VIII, 1-973. IX, 950-H08. Oros., VI, 15.
*) Dio Cass,, XLII, 14. Plut., Brut,, c. 8.
3) Dio Cass., XLII, 13. 14.
*] C'est ici seulement qu'il faut parler des derniers combats qui eurent lieu en Illyrie (C^es., Bell. Alex,, c. 42-48), ainsi que de la part que prirent aux ' combats qui eurent lieu à Alexandrie en Egypte, comme allies de César, les archers crétois et surtout des vaisseaux de guerre rhodiens sous le vaillant Euphranor (depuis l'automne de l'an 48 jusqu'au printemps de Tan 47) ; C^s., B. C.,ÏII. 106,1. Bell. A/ea?.,c. 1, înit., 11. 13-15. 25. Appian., II, 89.