DÉCADENCE DE LA <;RÈCE
à rintérieur, vers le centre et le sud, y compris Ambracie, avaient fait des progrès effrayants; dans les cantons habités autrefois par les Épiroles grecs ou à moitié grecs, on voyait plus de ruines que de lieux habités, et « l'antique oracle de Dodone était désert comme tout le reste * ». Les hauts pays entre la Macédoine, la Thessalie et l'Épire étaient incultes', et le peuple des Dolopes (p. 402) avait à peu près cessé d'exister ^. L'Acarnanié et TÉtolie, autrefois si puissantes et si peuplées, n'étaient plus que l'ombre d'elles-mêmes; de vastes étendues de ces contrées servaient de pâturages aux chevaux*. Dans la Thessalie, si cruellement éprouvée, Larisse, la capitale, conservait à peu près seule son ancienne importance ; dans le pays des Magnètes, Démélrias du moins avait maintenu son rang*. Parmi les cantons entre TŒta, TEtolie et le bassin de la Béotie, la Phocide seule, outre la ville ozolienno d'Amphissa et Oponte en Locride, pouvait passer pour avoir conservé des restes respectables de son ancienne vigueur*. La Béotie, par contre, était complètement ruinée; Thèbes, sa vieille capitale (p. 360), dont les portes et les monuments existaient seuls encore, était presque déserte; il est probable que, dès cette époque, la Cadméo seule était encore habitée ; Thespies et Tanagra étaient les seules villes qui eussent encore conservé quelque importance dans ce canton '. L'Attique (nous ne reviendrons pas sur le triste état du Pirée, p. 360) fit voir longtemps, par la ruine et l'abandon de ses bourgs et de ses villages, combien elle avait souffert. Nous avons vu déjà combien Mégare était tombée ^ Dans le Péloponnèse, ou du moins en Messénie, en
1) Strab., VII, 7, 3, p. 496 (322). 7, 6, p. 501 (325). 7, 9, p. 504 (327).
«) Stiub., VII, 7, 9, p. 504 (327).
3) D'après Pausanias, X, 8, 2. D'après Sthabox, IX, 5, 11 sqq., p. 663 (434), ils subsistaient encore; selon lui, ce sont les Athamanes {ibid, et IX, 4, 17, p. 057 (429), qui disparurent comme nation; ils s'étaient sans doute fondus avec les Thessaiiens. Buhsian, Geogr., I, p. 40.
*) Strab., X, 2, 3. 23, p. 091 (450). 707 (460).
^) Strab., IX, 5, 3, p. 658 (430). 5, 15, p. 666 (436).
6) Cf. Strab., IX, 3, 1 sqq., p. 637 sqq. (416 sqq.).
') Strab., IX, 2, 5, p. 617(403). 2, 25, p. 629 (410). Pausan.. IX, 7, 4. Ilaliaite était depuis longtemps déserte; Coronée s'était quelque peu relevée (Strab., IX, 2, 29-30, p. 030 sqq. [p. 411]).
^) Disons en passant qu'à cette époque la petite île de Minoa tenait à la terre ferme; son rocher servait d'acropole au port de Nisœa; Strab., IX,
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Laconie cl dans la partie nord-est de la péninsule, les populations avaient conservé une partie de leur vigueur et de leur prospérité'; TArcadie et Touest du pays achéen avaient perdu le plus. Dans ce canton, Tégée seule (et, selon toute apparence, aussi Manlinée) avait encore une population d'une certaine importance ; Mégalopolis, au contraire, autrefois si belle, était tellement déserte que le contraste entre sa grande étendue et le petit nombre de ses habitants était devenu proverbial ; plus tard même, sous les Antonins, la capitale jadis si vantée de la Nouvelle-Arcadie était presque entièrement ruinée*; d'autres villes célèbres de ce canton, comme Orchomènc, Héraia, Clitor, Phénéos, Stymphale, Ma?nale, Méthydrion, Caphyaî et Cynaetha étaient abandonnées ou en ruines; il y avait d'autant plus de place pour les pâturages où Ton élevait des chevaux (et des unes)'.
En Argolide, où Argos notamment (v. plus bas) avait conservé une certaine aisauce, lu situaliou était moins triste; mais dans le vieux canton des Achéens proprement dits, les districts orientaux seuls, entre .Egion et Sicyone, étaient restés assez florissants, tandis que les districts de Touest, et notamment ceux de Patraî et de Dyme, étaient en pleine décadence *. Tandis que les îles qui portent le nom d'Ioniennes étaient assez prospères '*, la plupart de celles de la mer Egée devenaient de plus en plus désertes et incultes, ce qui, comme nous le verrons plus tard, en faisait des retraites commodes pour les Romains de grande famille bannis en si grand nombre dans les premiers temps de TEmpire \ L'existence primitive que
1. i. p. 600(391). Paus., I, U, 5. CL Biksian, (ieof/r., I, p. 379 sqq. et sur l'Attique, v. Stkab., IX, 1. 15, p. 000 f3%;; 1, 21, p. 611 (398).
') Cf. toutefois Strab., VIII, 4, 11, p. 557 (36'i).
*) Strab., VIII, 8, 1 et 2, p. 595 (388), et Paus, VIII, 33, 1.
') Strab., VIII, 8, 2. Les passnj^es cités plus haut, p. 449, 3 et ci-après p. i67, prouvent que Maiitinée n'était pas alors, comme l'affirme Strabon, à l'endroit cit»^, complètement en ruines. (Sur les ânes et les porcs d'Arcadie, V. aussi Varro, De re Hust.y II, 1 à 4).
*) Cf. ci-après, p. 462.
-) Cf. Strab., X, 2, 13, 18, p. 698 sqq. (455). 702 (457).
*) Cf. en général les épigrammes d'Antipater de Thessalonique, 35-37 (Anthol., éd. Jacobs, II, p. 104 sqq. A.nthol. Palat., IX, 421) et d'Apollonidas (A.nthol. Palat., IX, 408). Parmi ce§ refuges fiKarent des îles comme Sciathos, Sériphos, Amorgos, Gyaros, Donoussa, Sicinos, Cythnos