‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 38 sur 186 · UNE NOUVELLE ÉPOQUE DANS L*HIST01RE DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

UNE NOUVELLE ÉPOQUE DANS L*HIST01RE DE LA LIGUE

en restant neutres, mais attentifs aux événements. Maintenant illeur semblait que la prudence leur commandait de se réconcilier à temps avec les puissants Achéens, puisque, après tout, le Sénat semblait décidé à laisser les affaires du Péloponnèse suivre librement leur cours. Sparte rentra donc dans la Ligue et s'entendit le mieux qu'elle put avec les Achéens. qui cette fuisse montrèrent bien plus modérés qu'en 188 ; seulement ceux des « vieux émigrés » qui depuis 187 avaient surtout gravement offensé les Achéens durent s'expatrier pour toujours*. La guerre civile éclata encore une fois à Sparte, lorsque (en 181) Chœron, que nous avons nommé plus haut, etqui, àce qu'il parait, remplissait alors d'importantes fonctions publiques, tenta, en s^appuyant sur la populace, de s'emparer du pouvoir et de renouveler les violences de Nabis. Appelés par ceux qui possédaient, les Achéens intervinrent à temps et rétablirent alors Tordre pour longtemps en se hâtant de faire disparaître le criminel agitateur '.

Sans doute, l'antipathie de Sparte pour les confédérés du centre et du nord du Péloponnèse (surtout pour les habitants de Mégalopolis) ne disparut jamais complètement; comme nous l'avons déjà fait remarquer, ce désaccord finit par amener l'anéantissement de l'indépendance politique de la péninsule. Cependant, aux yeux des contemporains, Tunité, la tranquillité et Tordre intérieur du Péloponnèse semblaient encore bien usures en 181, mieux qu'ils ne Tavaient jamais été depuis la fuine de Thégémonie Spartiate à Leuctres. Le Sénat romain, de son côté, surpris de Ténergie de Lycortas et de la fermeté inattendue avec laquelle la Ligue avait traversé la dernière ^^ise si dangereuse, n'avait pas refusé de consentir au nouvel arrangement des affaires de Sparte et de Messène ', Quant aux Confédérés, à la tête desquels, outre l'excellent Lycortas et son

^ ^) PoLYB., XXV, 1, 5-13; 2, 1-3. Il paraît (cf. Sceiorx, p. 384) que les ^ I^arliales en rentrant dans la Ligue ont dû renoncer, au moins de fait, au ^^i?ilège (ci-dessus, p. 162) que leur avait procuré récemment la politique ^ïnaine, grâce auquel les Achéens perdaient le droit de citer devant leur ^^bunal les criminels Spartiates ; il est difficile d'admettre que les rapports '•-^nt été clairement déterminés.

') PoLYB., XXV (1, 3 et 4) 2, 3-12. Liv., XL, 20. Nissen, p. 232 sqq.

164 POLITIULE DE ROMK A l'ÉGARD DES IIELLÈNKS A CETTE ÉPOQUE

fils Polybe, doué de grands talents, se trouvaient une sérii d'hommes capables de Técole de Philopœmen , Archon d'.'Egira Apollonidas de Sicyone, Stralios de ïritaea, Xénon de Patrai Arcésilas et Ariston de Mégalopolis * et d'autres encore, il: espérèrent enfin un avenir meilleur. Ils se faisaient complè tement illusion; ce fut précisément alors que la politiqm romaine et un parti péloponnésien profondément corrompi commencèrent à travailler de concert, avec un succès inquié tant, à la ruine de Tindépendance achéenne.

La crise sparliate-messénienne avait à jamais gâté les rapports entre le Sénat et le parti nalional du Péloponnèse. Auî yeux des Romains, sans en excepter, nous Tavons vu, le parti de Flamininus, la politique de Philopœmen et de Lycoilas es! un insolent défi ; plus les rapports entre le Sénat et les Antigonides s'étaient tendus en dernier lieu, moins la politique romaine était disposée à permettre que le parti national du Péloponnèse montrât tant d'opiniâtreté et voulût à toute force prendre au sérieux la liberté octroyée aux Grecs poui suivre une politique complètement indépendante. Cette attitude déplut d'autant plus à Ilome que, d'une part, les représentants de la politique de Scipion perdaient de plus en plus leui influence en face des prétentions arrogantes de ceux qui, pour les raisons les plus diverses, voulaient étendre de plus en plus et d'une façon positive Tempire de Rome en Orient, et que, de l'autre, l'aristocratie romaine commençait alors. en grande partie à s'adonner à ces dangereux excès qui ont fait plus tard du nom romain pendant quelques dizaines d'années un objet de malédiction ^ On considérait encore à Rome comme dangereuse l'annexion de nouvelles provinces à Test de l'archipel céphallénîquo; mais, sans songer à une occupation directe, on considérait de plus en plus comme absolument nécessaire do changer le protectorat de Rome sur la péninsule grecque en une hégémonie palpable, de telle sorte que Rome pût, dans toute la Grèce, parler en maîtresse incontestée et sans être arrêtée par l'ingérence d'une petite politique cantonale. Aussi voyons-nous que, pendant les dix années qui

») Cf. surtout PoLYB.,XXVIIÏ,0.

*) Cf. Lange, op. cil,, p. 211-247.

LES PARTIS EN GRÈCE iGo

précèdent la guerre contre Persée, la politique romaine en Grèce devient de plus en plus intrigante, que, sans susciter de nouvelles querelles en Grèce, elle empêche plutôt qu'elle no favorise la guérison du mal interne qui ronge la péninsule, et qu'enfin elle fait tous ses efforts pour y fortifier le parti anti-nationul. Et pour cela, les éléments ne- faisaient défaut nulle part. Au temps de la domination macédonienne, Topposition entre oligarchie et démocratie n'avait nullement coïncidé partout avec celle du parti macédonien et du parti grec national. Les choses changèrent de face sous le protectorat romain. Partout à l'étranger Rome favorisait les partis aristocratiques ; delà vient que partout en Grèce la démocratie, aussi bien la démocratie communiste et sociale que celle qui n'était que parement politique et nationale, finit par étendre aux Romains son antipathie pour Taristocratie du pays. Or Taristocratie grecque de ce temps n'était que peu estimable au point de vue politique dans la plupart des cantons, bien que nous ayons là aussi à constater de grandes différences selon les temps et les "eux. Ce qui caractérisait surtout cette aristocratie, c'était ^ci : les meilleurs éléments qui la composaient ne dépassaient presque nulle part la limite que s'était tracée Aristaenos ; mais ^' y avait en outre un grand nombre d'hommes auxquels, en face de la formidable puissance de Rome, de l'affaissement politique de la Grèce, de la décadence morale et de la ruine écouo- Uiique du démos en bien des endroits, rien ne paraissait plus désirable que de s'abandonner complètement aux Romains, qui devaient du moins leur assurer le calme, la sécurité personnelle Cl la jouissance paisible de leurs richesses. Mais on vit aussi se développer une faction bien dangereuse, qui rappelle d'une ^açon effrayante les oligarques fanatiques de la guerre de Oécélie et des décarchies de Lvsandre ; dos hommes accessibles en partie à la plus vulgaire corruption, qui, dans toute circons- ^aiice et dans leur implacable haine contre le peuple, cher- <îh aient à conserver ou à acquérir par tous les crimes et avant ^^xxi par un dévouement à Rome aussi traître que frivole, ^^^ pouvoir despotique et local sur leurs concitoyens. Ce fut cotte dernière faction qui exen^a pendant les trente années ^^ivantes l'influence la plus fatale sur la politique romaine et

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c'est à elle qu'iocombe bien plus qu'au Sénat la responsabilité de la ruine de la Grèce dans ces temps malheureux. Mais ce fut le malheur de la politique romaine pendant les années qui vont suivre ; tous les hommes sans caractère, tous les traîtres, tous les scélérats du parti oligarchique que la Grèce d'alors produisait en si grand nombre s'attachèrent aux Romains, comme ils s'étaient attachés autrefois à Philippe II de Macédoine avant la bataille de Chéronée.

La lutte de la démocratie grecque nationale de toutes les nuances contre l'aristocratie et l'oligarchie qui penchaient vers Rome, lutte qui en bien des endroits prit un caractère vraiment odieux, ne fut terminée que par la guerre contre Persée en faveur de ces dernières. Nous n'avons qu'à esquisser brièvement ici les péripéties de cette lutte. Pour parler d'abord des Achéens, nous dirons que des hommes comme Aristaenos et Diophane avaient conservé une attitude que Polybe même, leur adversaire, ne condamne pas absolument; et pourtant, eux aussi, et Diophane surtout, s'étaient laissé entraîner, dans leur inimitié contre Philopœmen, à des actes qui pouvaient avoir les suites les plus graves*. Mais, peu à peu, il s'était formé un groupe d'oligarques que nous rangerons sans hésiter dans la même catégorie que la faction signalée plus haut. Leur chef était l'Achéen Callicrale de Léontion , un homme qui, sans être précisément violent ou sanguinaire, joignait à un haut degré à une grande habileté diplomatique, à des manières engageantes et séduisantes, l'avidité nationale, la corruptibilité et la vénalité, et qui, dans sa profonde corruption, ne connaissait pas d'autre but de son ambition que de s'emparer du pouvoir dans le Péloponnèse, pour lui et son parti, en trahissant au profit de Rome les intérêts et l'indépendance de la Ligue V Et bientôt il se mit à l'œuvre. Les Achéens, nous l'avons vu (p. 163), en réintégrant les Spartiates dans la Ligue, avaient refusé, malgré Tavîs contraire de Diophane ^, à une partie des anciens émigrés le retour à Sparte. Ces hommes s'étaient naturellement adressés au Sénat:

>) Cf. surtoul Liv., XXXVIIÏ, 33. Polyb., XXIII, 10, 4-0 et 14 sq. *) Cf. d'abord Polyb., XXVI, 1 sqq. Pals., VII, 10 et tout ce qui suit. ») Polyb., XXV, 1,12.

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