‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 42 sur 186 · ANTIPATHIE DU PARTI NATIONAL GREC CONTRE ROME · texte numérisé non relu

ANTIPATHIE DU PARTI NATIONAL GREC CONTRE ROME

toute la force du parti national, auquel les Romains faisaient sentir systématiquement leur indifférence et leur antipathie, s'usa inutilement dans la lutte qu'il soutint contre eux. Une circonstance, selon toute apparence, fut très utile an parti romain ; c'était un certain affaissement, un grand besoin de repos qui, chez les Achéens aussi, avait succédé aux formidables mouvements des années 192-182 avant J.-C. Il en résulta qu'un grand nombre de confédérés, surtout des classes aisées, sur lesquels, en somme, retombaient les plus lourdes charges chaque fois qu'il s'agissait de faire un grand effort, ne témoignèrent aucun mécontentement en voyant, dans un temps où Rome, vivant en bonne harmonie avec Callicrate, ne demandait rien d'humiliant aux Achéens et abandonnait en apparence la Ligue à elle-même^ le rusé ami des Romains empêcher la Ligue de se mêler de la politique générale de cette époque. Aussi les annales de la confédération deviennent-elles de plus en plus monotones. Si, avant l'élévation de Callicrate, on avait pu songer sérieusement encore à renouer plus fortement les relations amicales avec TÉgypte *, des témoignages de la faveur des souverains hellénistiques (nous ne parlerons que plus tard des relations avec Persée), notamment du roi de Syrie Antiochus IVÉpiphane', sont, depuis 179, les faits de longtemps les plus importants de l'histoire extérieure de la confédération. Plus la douleur des meilleurs patriotes de voir leurs forces paralysées était grande, plus leur antipathie pour les Romains, autrefois tant estimés, devenait profonde. Le coup qu'on porta (probablement après l'an 16S) àTami des Romains Eumène II, à ce roi qui, malgré la généreuse protection qu'il accordait à

«) Cf. POLYB., XXV, 7.

•) Cf. surtout Liv., XLI, 20. -Antiochus, qui fit à Rhodes et à Cyzique ûi riches présents, qui éleva à Délos des autels et des statues magnifiques, qui donna aux Athéniens do grosses sommes d'argent pour leur permettre de continuer sous la direction de l'architecte Cossutius, la construction de leur templf gigantesque de Zeus Olympien, « l'Olympiéon » (Liv., loccit.y Polyb., XXVI 10, 12. ViTHUv. VII, prk. 15. Vlll., 1, 10. Strab., IX, 1, 17, p. 007 (300). Athen., V. p. 194 a. Pseud.-Dic.karch., bescr. Grœc, fr. I, 1. Gran. Lici- NiAN., éd. Bonn, p. 9. Bursian, Geogr, von Gricchenlandy vol. I, p. 300 Ellissen, Zar Geschichte Athens^ p. 17) — entreprit à Tégée la constructioi d'un magnifique théâtre de marbre et donna de fortes sommes à Mégalopolis, qui se relevait peu à peu, pour achever ses murs d'enceinte. Cf. Cih- Tiijs, PeloponnesoSf vol. I, p. 283 et 256.

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l'art grec — témoin le magnifique autel de Zens Soler h Pergame — malgré sa bonté pour les Grecs d'Europe et d'Asie, malgré ses nombreux bienfaits et sa générosité sans bornes à l'égard du Péloponnèse aussi, avait excité à un haut degré Tantipathie des Grecs d'Europe contre sa personne par ses conflits avec les Rhodiens et bien plus encore par son hostilité systématique à Tégard de la Macédoine, montre assez clairement quelles étaient alors les dispositions du parti national du Péloponnèse. Et en effet, le roi de Pergame fut profondément blessé par la décision des Achéens de renverser toutes les statues qu'ils lui avaient érigées, d'enlever les inscriptions exposées en public pour Thonorer, et d'abolir les fêtes et autres cérémonies instituées en son honneur ^ Mais bien plus importante et en même temps bien plus fatale était la sympathie qui se réveillait peu à peu chez ces mêmes Péloponnésiens pour la Macédoine, qui se relevait avec une vigueur croissante. La force et la puissance renaissantes de la Macédoine étaient considérées partout par les confédérés comme le contre-poids nécessaire de Rome, et son existence commençait à être considérée dès lors comme le dernier point d'appui, le dernier boulevard de l'indépendance que les Romains accordaient encore pour la forme aux Achéens.

Tel était aussi à peu près partout l'état des choses dans le reste de la Grèce, aussi bien dans les différents cantons où s'était formé un parti romain de tendances semblables à celles du parti de Callicrate que dans ceux oîi régnait sans frein la démocratie^ surtout celle qui avait une teinte de « socialisme ». En Béotie, dont la tumultueuse démocratie avait dû être forcée à la fin de la guerre de Syrie, à l'instigation des Romains, par les Achéens et les Étoliens à recevoir de nouveau dans son sein les amis des Romains, qui avaient dû s'enfuir autrefois à cause de leur participation au meurtre de Brachyllas (p. 77 sqq.), dominait, sous la conduite de Néon (de la famille de Brachyllas), le parti ennemi des Romains sans souffrir la moindre opposition *. Chez les Épirotes, le

») PoLYB., XXVII, 15,2-4. XXVIII, 7 et 10. Liv., XLII, 12. Cf. Schorn, p. 339. Meier, loc, cit., 383 et 390 sqq. «) PoL^B. XXIII, 2; cf. XX, 5, 14. XXVIÏ, 1, 11.

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