CHAPITRE
LA RULNE DE LA LUJUE ACUÉEN.NE
Atlitiide nouvelle des Romains vis-à-vis de la Grèce. — Klat lamentable de la Grèce. — Polybe. — Fin de la IJgue achéenne. — Conséquences immédiates de sa dissolution. — Situation nouvelle des Achéens et des autres Grecs en face des Romains. — Polybe et les Romains. — État de la Grèce; les confédérations; Sparte, Athènes, C>élos, la Crète, Rhodes.
Les armes romainesel la politique romaine avaient rem porté la victoire la plus complète sur toutes les forces et sur tous les partis des diverses contrées situées entre lamer Adriatique et Tarchipel Rhodien qui avaient tenté de se maintenir plus ou moins indépendants en face de la grande puissance italique. Tous les États et toutes les communes en deçà de ces limites étaient toujours encore considérés comme légalement libres ci indépendants. Rome, pendant la guerre qui venait de finir, u'avait pas agrandi son territoire immédiat. Une fois encore, un parti puissant du Sénat avait réussi à empêcher Tacquisition et l'organisation de provinces romaines dans la péninsule gréco-macédonienne. Seulement ce n^était plus maintenant la sympathie pour les Hellènes que ressentaient autrefois si vivement les Scipions et les Flamininus qui faisait agir les adversaires d'une extension plus grande des frontières de la république romaine. Le vieux parti des Scipions était complètement dispersé. Des hommes comme Paul-Émile, qui avaient toujours une certaine synipathie non seulement pour Tari et la science de la Grèce, mais aussi pour la nation grecque et les meilleurs côtés du caractère national, étaient hors d'état d'arrêter l'odieux arbitraire avec lequel, comme nous l'avons vu, la noblesse traitait à présent les communes grec-
210 POLITIQUE DE CATON A L^ÉliARD DE LA GRÈCE
ques, leurs droits el leurs constitutions. Le principal adversaire tant de la corruption romaine en général, qui, bien que cachée encore sous des dehors brillants, se répandait de plus en plus, que de la passion dangereuse des conquêtes immédiates dans TOrient grec et hellénique, était un homme qui n'avait pour les Grecs de cette époque aucune sympathie, auquel ils inspiraient même une forte aversion personnelle, le vieux M. Porcins Caton. Comme représentant d'une phase déjà décroissante du vieux caractère romain, Caton avait été dans sa jeunesse un adversaire violent des Scipions et de leur politique. A Tépoque qui suivit la deuxième guerre punique^ lui aussi avait fait partie de cette école politique (cf. p. 90 sqq.) qui, pour divers motifs, se plaisait à acquérir et à exploiter le plus possible de nouvelles provinces, et, en ce qui concerne la Grèce en particulier, n'était nullement d'accord avec la politique que représentait notamment Flamininus. Mais peu à peu la situation de Caton s'était complètement modifiée. Il y a une relation étroite entre le déplacement et le groupement nouveau des partis du Sénat et entre cette intéressante série d'événements qui, comme on sait, a fait de Caton le censeur l'adversaire le plus violent de la majeure partie de la noblesse et de sa politique intérieure, comme aussi de Taristocratie financière qui prenait alors un développement puissant, et l'opposition croissante de Caton à la politique extérieure de la majorité sénatoriale après la chute des Scipions, de cette majorité qui avait emprunté à Scipion et à Flamininus leurs grandes et audacieuses idées sur la politique orientale, mais qui, comme nous l'avons vu, s'efforçait d'établir la puissance romaine en Orient d'une façon de plus en plus brutale et tyrannique. Mais si dans les questions de politique intérieure l'opposition de Caton n'était que rarement profonde et puissante par ses principes et encore moins systématique, méthodique et surtout créatrice, elle ne l'était pas davantage en ce qui concernait les affaires du dehors ; en effet, cet homme d'État a fini par devenir lui-même la principale cause de cette dernière guerre si désastreuse contre Carthage, dont le résultat devait enlever sa base la plus solide précisément à la politique extérieure et intéiieure qu'il avait si