LES GOUVERNEURS DE MACÉDOINE
Quant à la Grèce, les historiens dans les ouvrages desquels nous puisons notre connaissance de Thistoire générale de cette époque n*en parlent pas avec suite; nous sommes obligés de nous contenter de quelques notices d'un petit nombre d'écrivains originaux et de quelques inscriptions. De 146 ou de 145 à 89 avant J.-C, il ne peut donc pas être question d'une histoire de la Grèce dans la véritable acception du mot ; c'est à peine si nous pouvons nous faire une idée do la situation générale de la Grèce à cette époque.
Ce qui est à peu près certain, c'est que la partie de la Grèce qui jusqu'à la chute de Corinthe avait conservé encore le plus de vie, le Péloponnèse, tomba pour de longues années dans une apathie politique complète, par suite de la malheureuse guerre qu'elle soutint contre les Romains, et on peut en dire autant des cantons de la Grèce centrale et septentrionale, compté-
A. W. Zi'MPT sur rhistoire de la province de Macédoine, les gouverneurs connus jusqu*à présent, depuis A. Licinius Nerva, cité plus haut, sont les suivants : le préteur D. Junius Silanus Manlianus (Drumann, Gesch. Roms, vol. IV, p. 45 sqq.), selon toute apparence en t4l ou en 140 av. J.-C; le préteur M. Cosconius, qui (en 135) combattit avec succès les sauvages tribus celtiques des Scordisques (dans la Croatie, la Bosnie et la Servie actuelles), et qui savança même en partie bien avant dans la Thrace (Liv., Epit,, lib. LVI. ZuMPT, Comm, Epigr.y vol. H, p. 165); puis, en t29, le préteur Ti. Pandusa (p. 165 et 222 sqq., 257, note t); ensuite il paraît que L. Cmcilius Metellus (Delmaticus), le consul de Tan 110 av. J.-C, a exercé le commandement en Macédoine de 119 à 117 av. J.-C. pendant les guerres qu'il fît aux tribus de la Dalmatie et qui agitèrent puissamment les autres Barbares du Nord et de l'Rst (p. 106 sqq.). Q. Fabius Maximus Eburnus, consul en IIG av. J.-C, se battit probablement en Macédoine, où il exerça ensuite, en 115, les fonctions de proconsul (il passa peut-être encore l'année 114 en Macédoine, le consul de cette année, Gaius Porcius Caton, ayant été complètement battu par les Scordisques). Cf. Zumpt, p. 167-172. Hermawn, Defens., p. 5, La défaite du consul Caton fut vengée par le préteur T. Didius, gouverneur de la Macédoine en 113 (Zumpt, p. 171 sqq.); en 112 av. J.-C, le consul de cette année, M. Livius Drusus, combattit en Macédoine et dans les pays voisins jusqu'à la fin de l'an 111 av. J.-C; depuis 110 (probablement jusqu*à la fin de 108 av. J.-C), nous voyons dans cette province le consul de Tan 110 av. J.-C, M. Minucius Rufus, soutenir des luttes semblables contre les Scordisques et des peuplades de la Thrace (Zi;mpt, p. 172). Après une assez grande lacune dans la liste de ces gouverneurs, parait enfin le préteur Gaius Sentius Saturninus, que nous rencontrerons plus tard à Toccasion de la première guerre contre Mithradate ; d'après Zumpt, p. 173 sqq., depuis l'année 92 av. J.-C. (v. plus bas). Cf Mommsen, Rôm» Mùnzweserif p. 692 sqq. et 375. note 30, qui ne le place qu'en 665 U. C ou 89 av. J.-C
298 ATHÈNES sors LES ROMAINS
lemenl ruinés depuis la guorre contre Persée. Aussi voyonsnous reprendre de Timportance celui des Etals de la Grèc^î qu^ autrefois avait été la gloire des Hellènes, mais qui, dès l'époque d'Antigone Gonatas, était tombé de plus en plus, an point de vue moral, économique et politique, et qui avait même fini par devenir la cause éloignée de la catastrophe finale des Achéens, la république athénienne. Athènes, du moins, n'avait pas souffert directement des misères de la dernière guerre. Alliée des Romains depuis de longues années, elle avait été assez heureuse pour conserver avant tout son ancienne importance comme siège principal de la science hellénique, cet élément essentiel de la vie athénienne qui devait assurer pour longtemps encore une 'influence durable et un haut degré de gloire à l'antique cité de Périclès et de Platon. Ce ne sont pas toutefois des phénomènes de cette espèce, toujours consolants, qui, plusieurs années après la honteuse affaire d'Oropos et la chute de Corinthe, attirèrent de nouveau sur Athènes le regard des contemporains; ce fut, au contraire, un des phénomènes les plus horribles de cette époque qui fit sentir à la population athénienne d'alors son pouvoir destructeur. Depuis longtemps, on le sait, mais surtout depuis la fin de la seconde guerre punique, l'esclavage, avec ses indicibles horreurs, ses dangers sociaux et ses vices, avait pris une extension toujours croissante dans Tempire romain. On sait aussi que, précisément à cette époque où, après la ruine de Carthage et de Corinthe, des milliers de familles originaires de la Macédoine, de la Grèce, de Carthage, deTEspagne ou du Nord furent vendues et condamnées au plus triste esclavage; où, sur les côtes de T Asie-Mineure, les pirates et marchands d'esclaves ciliciens et Cretois faisaient de la chasse à Thomme un métier; où, sur le marché de Délos entre autres (p. 293), dix mille esclaves furent débarqués et vendus en un seul jour ; — on sait que non seulement sur divers points de l'Italie (en 1 4i ) des mouvements inquiétants se manifestaient parmi les esclaves, mais que les Romains eurent à soutenir pendant plusieurs années, de 143 à 432 avant J.-C, dans la malheureuse île de Sicile, un des principaux centres d'exploitation pour les marchands d'hommes et les « planteurs » du monde
SOïXfeVEMENT DES ESCLAVES A DÉLOS ET EX ATTIOI'E 299
romain et grec, une guerre très dangereuse contre les esclaves soulevés en niasse, parmi lesquels un esclave grec d origine achéenne, du nom d'Achaeos *, joua comme général un rôle important. Ces commotions se firent sentir (en 135 ou 133 avant J.-C.) jusque sur le territoire attiquo. Les esclaves se soulevèrent non seulement à Délos *, mais dans TAttique même. Ceux qui travaillaient en masse dans les célèbres mines d'argent de Laurion se révoltèrent. Us assassinèrent leurs surveillants, s'emparèrent ensuite de la citadelle de Sounion, dévastèrent TAttique et ne purent être réduits qu'après de grands efforts par les troupes athéniennes commandées par le stratège Heraclite*. Cette révolte fut étouffée, il est vrai; mais l'exploitation des mines de TAttique ne paraît pas s'être jamais relevée de ce coup*. A partir de cette époque, le nom des Athéniens disparaît de nouveau pour longtemps des annales politiques de cette période. En dehors de quelques renseignements, peu nombreux d'ailleurs, sur l'état où se trouvaient alors à Athènes les écoles philosophiques, que nous examinerons plus tard dans leur ensemble, du nom dr quelques archontes, dont il n'est, du reste, que rarement possible de dire quand ils ont été en fonctions % nous savons seu-
«) DiOD., XXXIV, 2, 16 et 42. Cf. Nitzsch, Die Gmcchen, p. 287 st^q.
*} DioD., XXXIV, 2, 19. Oros., V, 9.
5) DiOD., ibid, PosiDONius dans Athen., VI, c. 21 (lOi), p. 272 e. Oros., V, 9. (Paul. Diacon.), Hisi, miscelL, IV, 60; cf. Finlay, Greece under th' Romans, 2« édit., 1857; trad. ail., 18()1, p. xxii et p. 21 sqq. Nitzsch, op, cit, p. 291. Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 10. (Mommsen, R. G., vol. H, p. 79 et 137, croit, en se fondant évidemment sur le passage précité d'Athénée, devoir admettre un double soulèvement des esclaves du Laurion, Tuii en 133, l'autre ^104-102) à l'époque du soulèvement sicilien sous Athénion).
'*) Ces mines étaient, il est vrai, déjà depuis Xénophon bien moins productives qu'auparavant. A l'époque de Strabon (d'Auguste), qu'avaient précédée les malheurs de TAttique pendant la première guerre contre Mithradaie **t les premières guerres civiles de Rome, l'exploitation des mines épuisées et désertes avait été complètement abandonnée; on ne songeait plus qu'à tirer parti des vieilles scories. Cf. Strab., IX, 1, 2:^, p. 613 (399). Vitruv., VU, 7. Plin., N. //., XXXVîI, 5 (18), 70. Plut., De defect. orac, c. 43. Paijs., I, 1, 1. Beutler, p. 41. Bockh, Stnatshaush. d, Athener, I, p. 420. Leake, Die Demen von Attika, trad. Weslermann, p. 56. BimsiAN, Geogr,, I, p. 354 sqq.
') Nous avons sans doute, pour les temps qui suivirent l'établissement du pouvoir romain en Macédoine, plusieurs listes d'archontes éponymes athéniens; j'indique en particulier les travaux de M. H. E. Mkier. Commeritat.
300 LES ARCHONTES d'aTHÈNES
lement qu'à Tépoque de Tarchonle Agathoclès (en 126/5), une ambassade du célèbre grand-prêtre et ethnarqae juif, Jean Hyrcan, de la famille des Asmoncens (135-107), arriva à Athènes et que le peuple athénien rendit un décret inté-
Epigr, secund.y Halle, 1854, 4, p. 75 sqq. et p. 79 sqq. (Index atticorum archontum eponymontm^ qui post 01. /2/, 2 eum magistrdtum ohtinuerunt. Halle, 1854); la liste de K. F. Hermann, Qriech. StantsaUerfh., 4«édit. 1855, p. 572 sqq.; ensuite 'A. *Pou<T6ito'jÀo;, KaTaXoyo; twv êv *Aôr,v3ti;yEvo- (jivcDV âp^ivrcov dans SOn *EY*/6ipî5iov -rf,; fcXAr.vixî;; ocpyatoXoYta;, Athènes, 1861, p. 169 sqq., et Westermaxn, dansTarticle Archontes de la Realencyclop, de Pauly, vol. 1, 2* édit., p. 1 476 sqq. Toutefois, jusqu'à Tépoque d'Auguste surtout, il n*est possible que dans un petit nombre de cas de préciser Tannée où chacun des archontes dont les noms nous ont été conservés était en fonctions. En commençant par cet Antithéos que Pausanias place dans la première année de la CLX' olymp. = 140 av. J.-C, et dont(Vn, 16, 7) il place Tarchontat, en commettant une faute de chronologie, dans Tannée même de la ruine de Corinthe (v. Westermann, p. 1477. Hermann, Eroberung ron Koriïith, p. 351. Griech. Slaatsalt., p. 572), les savants modernes n'assignent de date fixe pendant la période indiquée qu*à Agathoclès (Joseph., Ant, Jud,, XIV, 8, 5), que Hermann, p. 572, Wbstbrmann, p. 1476, Meier, Ind, eponym. s, i\ Agath. et Ellissbn, p. 11, d'après Corsim, Fast, Att,, I, 279 sqq. IV, 114, placent dans la 3«« année de la CLXIIIe 01. ou 126 av. J.-C. ; pour Jason (Phlegon, Mirab., c. iO), selon Hermann, p. 574. Ellis- SEN, p. 11. Meier, s. v. Jason^ et Westermann, p. 1479 (cf. Clinton, Fut. Hellen., vol. III, pag. 120), qui est de 01., CLXHI,4=: 125 av. J.-C. Durant la domination d'Aristion, au cours de la première guerre contre Mithradate, il n'y a pas d'archonte; c'est Vanarchie. Avant, en 89/88 av. J.-C, se place Tarchontat de Médeios [Ephemerid, Arch,, n® 3793. BERC.Kin R/icm. Mus., XIX, p. 605. Cf. ScHÔMANN, Griech, Alterthûmer, 2« édit., H, p. 553}. Nous voyons ensuite Théophémos (Euscb. Arinen., cf. Niebuhr, Kl.histoi\ii,philol. Schriflen, 1. 1, p. 249), en 62 av. J,-C. = 01. CLXXIX, 3. Meier, ind. s. v. Westermann, p. 1478), puis Hérode (Diod., I, 4) en 60 av. J.-C. = 01., CLXXX, 1; cf. Clinton, Fast.Hell., vol. 111, p. 182 sqq. Elussen, p. 21 Fqq. Westermann, p. 1478. Meier, Ind. s. v. Un autre Agathoclès se place entre les années 47-40 av. J.-C, d'après Keil, Rhein, Mu.seum, XVIH, p. 67. Westermann, p. 1476. Argeios de Tricorvthos (Meier, Ind. s. v. Argeios. Comm. Epigr,, n° 43, 23. Bergk, Zeischrift f. A. W. 1853, n» 35, p. 278. Westermann, p. 1477) se trouve placé, sans indication précise, dans le second ou le premier siècle av. J.-C (entre 168 et 27 av. J.-C), ainsi que Médeios, Meier, Ind. s. v. et Comm. Epigr., Il, n*»* 2i, 15, p. 50. Westerm., p. 1479; — puis, « pas avant Tan 27 av. J.-C. », Aréios le Pœanien, selon Bôcrh, C. 1. Gr.y vol. I, n*» 478, rectifié d'après l'inscription de la Hail. A. Ltztg., 1838, n» 196. Ephem. Arch., 1839, n» 186, et Ross, Demen von Att., n® 6. Meier, Ind. s. V, Areios. Westermann, op, cit,, p. 1477. Un Paramonos et un Dionysios, i (lexà OapdtjiLovov, avant Tépoque des empereurs romains (en tout cas après 01. CLII); C. I. Gr., vol. I, n<> 124. Meier, Ind. s. v. Keil, Rhein. Mus,, XVIII, p. 61 , Westermann, p. 1477, placent un Aristarchos dans la seconde moitié du premier siècle av. J.-C; Westermann, i6id..
r.ES ARCHOVTKS ET STRATÈdKS u'aTIIÈNKS 301
ressaat en l'honneur de ce prince *. Trente-sept ans se passent encore jusqu'au moment où les événements de la première gaerre contre Mithridate donnent à l'histoire d'Athènes, plus qu'à celle de toutes les autres cités grecques, un intérêt nouveau et vraiment tragique.
Quant au reste de la Grèce, l'examen des documents historiques ne donne, comme nous l'avons déjà fait observer, que peu de résultats. Et même il n'y a, à vrai dire, pendant toute
ctn Démétrios; Westermann, p. 1479, un Hipparchos; Westermann, op. €:i7., un LéneBOs; et Westermann, p. 1480, un Nicoflémos. Enfin, entre 12 e^t 1 av. J.-C. (BocKH, C. I. Gr,, vol. I, n® 477) se place Nicias (cf. Meieh, Mnd. s. V.) : mais, avec ce dernier, et avec le prince Ihrace Rhœmetalcas, C d'après Ross, Demen, n« 10, 10, en 725' de Rome, 29 av. J.-C, d'après ^Ieier, Inii, 8. i'., dès l'an 708 de Rome, 46 av. J.-C , tandis que Corsini, JP. A., II, 194 sqq. IV, 147 sqq., cf. Ellissen, p. 29, indique l'année 9 ap. J.-C, et que Bôckh, n» 265, fait aussi mention d'un second Rhœmetalcas, <lepuis 772 de Rome, 19 ap. J.-C), nous louchons déjà à Tépoque dont l'histoire est réservée au deuxième volume de cet ouvrage.
Nous connaissons encore moins bien les noms des stratèges suprêmes de celte période. Nous avons rencontré les noms d'Héraclilos (v. p. 299); ensuite celui d'Aristion (v. ci-après) pendant les années 88-86 av. J.-C. Puis, jusqu'à la fin de l'époque qui précède l'ère chrétienne, et notamment avant 51 av. J.-C, Polycharmos, mentionné par Cic, Ad Attic.^ V, 11, 6. Ad fam., XIIÏ, 1; cf. Meier, Ind. s. i\ Polycharm. et Ellissen, p. 23. Apollodoros paraît être le contemporain de l'archonte Médeios, nommé plus haut (Meier, Comm, Epigr,, II, n** 24, 16, p. 50). Pamménès de Marathon n'est pas antérieur à l'an 727 de Rome, 27 av. J.-C; Bùckh, C. /. Gr,, vol. I, n» 478. Enfin, entre 12 et 1 av. J.-C, Euclès de Marathon (Bockh, C, I. Gr.y vol. I, no 477. Meier, Ind, s. v. Nikias). Sarapion était peut-être aussi stratège (mais avant Aristion), Meier, ibld.y I, n» 41, p. 41 *.
*) Joseph., Ant. Jwrf., XIV, 8, 5; cf. Ellissen, p. 11. Meier, Comm. Epigr.^ I, no 13, p. 27 et Ind. Arch. s. v. Agathocles. Envald, Gesch. d. Volkes Isracly vol. IV, p. 457-567. Par contre, l'identité des Spartiates mentionnés ï Maccau., 12, 2 sqq.; 14, 16; 20 sqq., cf. II Maccau., 5, 9, et Joseph., Anl.t XII, 4, 10. XIII, 5, 8, avec lesquels un des prédécesseurs de Jean Hyrcan,rA8monéen Jonalhan, a renouvelé un ancien traité vers 144 av. J.-C, cf. EwALD, ibid.j p. 277 sqq., ;^1 — l'identité, dis-je, de ces Spartiates avec les Lacédémoniens a été contestée parHiTzio, qui, dans la Zeiischriftd. deutsch. morgenl. Gesellsch., vol. IX, 1855, fasc. IV, p. 731-737, entend par la Sparte en question une « Sparte lycienne » ou Patara [v. aussi le passage intéressant I Maccab. 15, 23, concernant les rapports des Romains avec Délos et Sicyone, Samos, l'île de Crète, Rhodes, Halicarnasse, Myndos et Cnide].
* Je ne puis pa^i. quant à présent, dire exactement quand Xénoch>s, mentionne par Weschkh el FoucABT, Inscriptions de Delphes, p. 27.1, n« 4i4, lig. 3 et 4 (cr. E. CuRrius, GfjfU. Gel. Anz. .\achricht o. d. K. Gei, d, Wiis ' 1864, p. 170) oxer^«i ses fonctions.
l\02 SOl'LfcVEMENT A DYME
répo^iue suivante, (jauii seul événein<»iil dans l'existence des Grecs d'Achaïe auquel ceux-ci aient pris une part active. En effet, une inscription, qui malheureusement n'est complétée en aucune façon par d'autres renseignements, nous apprend que (probablement en H5 av. J.-C) un soulèvement démocratique eut lieu dans la ville achéenne de Dyme à la tête du- (|uel se trouvèrent trois hommes- considérables ; Sosos, fils de Tauromène — le damiorge Phormiscos, lils d'Échesthëne — et Timothéos, fils de Nicias. Nous n'en connaissons ni la cause, ni les péripéties; nous ne savons comment il fut étouffé. Nous savons seulement que ce soulèvement, pendant lequel on se rendit sans doute coupable de violences criminelles envers le parti romain, avait d'une part un caractère social et démocratique et visait à la destruction des livres de créances, et eut pour résultat, d'autre part, le renversement de la constitution limocratique établie par les Romains à Dyme après la destruction de Corinthe. L'édifice où se réunissait le Conseil devînt la proie des flammes, ainsi que les archives. Nous ne savons pas au juste si ce mouvement fut complètement étouffé par les seules forces du reste des confédérés *, ou s'il ne le fut que par la coopération des troupes du proconsul de Macédoine — qui était à l'époque Q. Fabius Maximus Eburnus (p. 297), — ni si, par suite de ces événements, la condition politique de la ville de Dyme devint plus mauvaise (v. plus bas). Par contre, nous apprenons que Sosos et Phormiscos, condamnés à mort par le proconsul Fabius, furent graciés, puis relégués, déportés ou sévèrement bannis (nous ne savons pas où). Quant à Timo- Ihéos, moins gravement compromis, il fut interné à Rome pour un temps indéfini et mis à la disposition du prœtor pere^
Bien que l'histoire ne nous apprenne que peu de chose sur les Grecs d'Europe, de 143 à 89 av. J.-C, il n'est pas tout à fait
•) Toutefois, je ne sais pas au juste si Cyllanios avec ses synèdres, nommés dans la 5" ligne de l'inscription à citer, ont été fonctionnaires de Dyme ou fonctionnaires de la confédération.
*) V. celte inscription importante dans Bùckh, C. J. 6ïr., vol. 1, p. 712 sqq., n" 1543. Les développements que nous donnons dans le texte ont pour base l'étude de K. F. Heumann, Defens. disput.^ etc., p. 5 sqq. Cf. aussi Clh- Tius, Pelop,f vol. I, p. 425, et Zuiipx, op. ciï, p. 167 sqq.
LA SITUATION KT l'ÉTAT DES KSPKITS EN liBÈCK .*Ul3
impossible de se faire une idée upproxiinalive de Tétai de Ih nation hellénique pendant cetlepériode. On peut admettre avec quelque certitude que les Grecs, et spécialement les Pélopounésiens, se soumirent tranquillement à leur destin dès qu'ils se furent relevés jusqu'à un certain point des désastres deleur malheureuse guerre contre Rome. Les Romains, nous Tavons montré plus haut, n'avaient nullement l'intention d'écraser la malheureuse nation hellénique comme les ('arthaginois et d*agiràleur égard comme ils avaient agi et agissaient toujours encore dans leurs luttes contre les « Barbares » celtes, sardes ou espagnols. Les Hellènes eux-mêmes avaient très bien compris que la courte durée de la guerre contre Rome avait du moins préservé la Grèce d'une ruine complète, et le digne Polybe, étant donnée la situation, pouvait contempler l'étal de la Grèce après la réorganisation de la péninsule avec un sentiment de profonde résignation, il est vrai, mais avec une satisfaction manifeste ^ Il fallait bien avouer en tout cas que {^anéantissement de toute politique grecque indépendante avait du moins mis un terme aux luttes désastreuses entre les divers cantons. II est vrai que les antipathies réciproques des cantons n'ont pas cessé après la ruine de la Ligue achéenne ; elles ont, au contraire, survécu longtemps à la République romaine ellnmème et déterminé à plusieurs reprises, jusqu'à la bataille d'Aclium, l'attitude des diverses cités grecques à l'égard des partis politiques de Rome ou de ceux qui avaient le pouvoir en main^ dans les occasions où elles pouvaient librement prendre une décision (voy. ci-après). Cependant la Grèce jouissait de nouveau d'un certain calme et les Hellènes pouvaient songer sérieusement à prendre soin de leurs intérêts matériels, à se remettre peu à peu des suites des terribles désastres causés par les nombreuses guerres qui avaient eu lieu entre 220 et 14() av. J.-C, et notamment à remédier au désordre économique '
') Cf. PoLYB,, LX, 10, 3 sqq., 13, 1-3; voy. aussi La Roche, CharakU'^ ristik des Polybius, p. 103 sqq. Markhaiser, Polf/bius, p. 65 sqq, qui ci le aussi des passages comme Polyb., H, 37. IV, 32, 9 et 10, 7i, 8.
•) Polyb., II, 62, 1 et 4, évalue à 6,000 talents à peine (53.364.OOU fr.) la valeur totale de tous les biens, meubles et immeubles, du Péloponnèse tout entier (est-ce avant la ruine de Corinthe, ou, ce qui est plus probable, à Tépoque relativement prospère dont nous parlons dans le texte?)
301 LA SITl ATION KT l'ÉTAT DES ESPRITS EX GRÈCE
el à payer les dettes qui les accablaient et dont j*ai dû parler plus haut à diverses reprises. A cet égard, le Péloponnèse notamment semble avoir fait pendant quelque temps des progrès assez considérables*. Seulement, il ne faut pas oublier que Tépuisement complet des sources de prospérité qui dépendaient de l'existence de la brillante Corinthe, que l'extension de la grande propriété autorisée de nouveau par les Romains avec tous ses inconvénients, que Texploitation do la Grèce par les négociants romains, enfin que le goût croissant de Témigration (ci-après, p. 306 sqq.) empêchaient cette contrée aussi de résister à la longue à Tépuisement dont souffraient partout les pays de la Grèce d'Europe Par contre, les événements ultérieurs, el surtout l'attitude des Grecs pendant la guerre contre Mithradate, nous montrent que les peuples helléniques n'étaient pas près de se soumettre sans arrière-pensée ù la domination romaine. Nous ne savons pas si, à cette époque déjà, comme plus tard* la Grèce eut à souffrir des exactions, des empiétements et des violences des fonctionnaires romains, comme en souffraient alors beaucoup d*autres parties de l'empire romain et entre autres la Macédoine •; nous savons seulement qu'à Athènes,
') Cf. ZoNAR., IX. 31 (peut-iMre aussi Polyb., II, 62, 4); el Curtiis Pehp.t vol. I, p. 79. M0MM8E.N, h. G., vol. II, p. 50.
^) Cf. les pi lintes des Macédoniens au sujet des exactions du préteur (ci-dessus, p. 'J97 en note) D. Junius Siianus Manlianus en 141 ou en 140 av. J.-C. dans Liv., Epit. lib, LIV. (lie , ho. fin., I, 7. Valer. Max., V, 8, 3; ei au suj«*t des exactions du consul OaiusPorcius Cato, qui y commandait CM 114, voy. Vell., II, «.Cic, In W^rr, Act. Il, lib. IIÏ, c. 80, 184; lib. IV, c. 10, 2'1, ZuMPT, op. r.U.y p. 170. — Les odieuses violences donl s«.> rendil coupable le consul romain P. Licinius Crassus Mucianus pendant la guerro de iVrgame (pi. bas) contre Arislonicos (en 131) envers un fonctionnaire d'une ville grecque (Gell., A\ A., I, 13, 11) se rapportent, suivant Hehmann, Ih'fens.y p. 8, à ciiuse i\u moi Éialensiuitijk Elatée en Phocide. Meikk, par contre, Peryumen, Heivh, p. 418, considère, et sans doute avec raison, la forme Ehvensium comme plus juste, et pense à la ville d*Ela?a en Asie-Mineure, près de Pitane et de Slyrina. Mommsen, il. 6., vol. H, p. 65 sqq., dit que c'est à Mylasa que ces faits ont eu lieu (c'est par erreur que Jean de Salisbury, Pnlicvat. s. dr nugis furial., VI, 12 [éd. Lugdun., 1639 p. 356] met cette histoire sur le compte d*un fonctionnaire athénien el du célèbre Crassus, qui a vécu plus tard; cf. IIermann, ibid., et Ellissen, Zur (icsch. AthenSy p. 22 sqq.). Du fait que Mithradate, Appian., Mithrid,^ c.l6, en faisant ses préparatifs contre Rome, comptait beaucoup sur les sympathies des Grecs, on peut conclure que la (îrèce était fortement irritée contre Home, du [moins peu avant la première guerre contre Mithradate.
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LA SITIATION KT L KTAT DKS KSPHITS EN lillKr.K 305
sans parler des évéïionients complMcniciil isolos qui eurent lieu à Dyme en Ho, le démos continuait à ressentir péniblement les restrictions et, en général, la sévère discipline que lui imposaient les Romains*. D'ailleurs, il nous est difficile do croire que la plupart des Hellènes, dès que la génération dont la force avait été brisée à Scarpheia, h Leucopétra etàCorinthe eut disparu et qu'une nouvelle génération qui ne possédait pas la sagesse de Polybe eut grandi, ne ressentit pas avec une profonde douleur et ne vît pas avec peine que la vie politique de la Grèce était anéantie. Los anciennes formes de la vie politique subsistaient sans doute encore dans bien des parties de la Grèce ; mais cette vie là ne pouvait satisfaire aucune ambition politique ou militaire d'un ordre élevé. Non seulement la volonté invariable du Sénat pesait partout lourdement sur la démocratie, excepté à Athènes, mais il était maintenant complètement indilTérent au point de vue politique que ce fût tel plutôt que tel autre qui exertjàt les fonctions de chef de la Ligue chez les Achéens, les Phocidiens ou les Béotiens, ou que Ton confiât à tel ou tel une des nombreuses fonctions cantonales ou municipales. Partout la volonté de la puissante aristocratie romaine régnait en souveraine; la Grèce ne comptait plus pour rien dans la politique d'alors. Partout en Grèce régnait alors le calme d'une province romaine; le vigouniux mouvement politique de la première moitié de ce siècle avait réellement fait place à une idylle communale. Cette Grèce si cultivée à cette époque, ces Hellènes auxquels l'histoire avait ironiquement rendu le nom d'Achéens, autrefois si glorieux et maintenant si humble, ils voyaient revenir les temps et les circonstances tels qu'ils avaient été des siècles auparavant, avant l'apparition des grands tyrans de la première période, mais sans cette conscience d'une force juvénile, cet 0spoir, cette ardeur passionnée pour Taction et le progrès, qui animaient les Grecs des premiers temps. Quant à une union intime avec Rome, une sphère d'activité où les meilleurs et les plus ambitieux des Hellènes eussent pu servir directement la République, les antiques principes de la politique romaine les rendaient impossibles ; la paix qui régnait en
•) Cf. ci-après, p. 328 sqq.
306 LA SITUATION ET l'ÉTAT DES ESPRITS EN GRÈCE
Grèce, l'éloignemenl de ce pays de toute frontière ennemie (excepté tout au plus, au Nord, de celle des contrées barbares de la Dalmatie et de la Thrace), empêchaient même en général, jusqu'aux jours de la guerre contre Mithradate et des guerres civiles des Romains, la jeunesse belliqueuse, qui ne trouvait plus que de temps à autre l'occasion de se battre au service de TAsie ', de s'enrôler en grand nombre comme auxiliaires des Romains et de se couvrir a'nsi de lauriers'.
Un pareil état de choses, un pareil engourdissement de la vie politique en Grèce sous Tétreinte de fer de la domination romaine, devait remplir les Hellènes d*une profonde douleur; elle ne satisfaisait, selon toute apparence, que le nombre restreint des grands propriétaires et des citoyens riches qui, peu ambitieux, se contentaient du soin exclusif de leurs intérêts matériels et de ladministration paisible de leur cité. Mais le temps n'était pas encore venu où le plus grand nombre des Grecs actifs et bien doués trouveraient uniquementdans l'étude, dans la contemplation savante de leur passé, ou dans l'importance plus grande, pour ne pas dire exclusive, qu'il s attachaient à la célébration de leur fêtes, dans la culture des arts ou de leur intelligence, dans la composition d'adresses pompeuses en rhonneur des empereurs romains ou des membres de leur famille, dans le soin enfin qu'il prenaient de leurs gymnases, une compensation suffisante pour la vie publique qui faisait djàfaut. La profonde irritation que faisait naître l'état de la patrie se manifesta alors et bien longtemps encore par deux sortes de phénomènes d'une nature bien différente. En effet, d'une part, nous voyons commencer avec la ruine de l'indépendance hellénique une nouvelle émigration des Grecs d'Europe, qui, cette fois, se dirige vers l'Ouest, surtout' vers l'Italie, vers Rome et les grands ports de mer de cette contrée, notamment
') Cf. Strabon, X, c. 4, 10, p. 731 (477).
*) Des troupes auxiliaires grecques, — quelques centaines de soldats thessaliens et acarnaniens — furent employées par le préteur L, Licinius Lucullus, lorsqu'il combattit, en 103, le dangereux chef d'esclaves sicilien Atliénion(Diodor., XXXVI, 8, 1).
^) Nous apprenons par Diodore, XXXIV et XXXV, 35, que le roi de Numidie, Micipsa (148-118 av. J.-C.) aimait aussi à attirer à sa cour et à voir autour de lui un grand nombre de savants grecs.