LA DISCIPLINE ACADÉMIQUE
ces circonstances, Himerios fut, dit-on, très débonnaire, et ne blâma que bien doucement les coupables ^ D'autres professeurs, notamment le sévère Libaniqs à Antiocbe, prononçaient souvent de mordantes mercuriales contre la mauvaise tenue dans la salle de cours et au dehors, contre les excès des étudiants qui avaient coutume de suivre la ligne de conduite des « Burschen » viveurs de tous les temps et de tous les pays : ils parlaient^ pour des raisons faciles à comprendre, d'un ton bien plus doux contre les folles batailles que se livraient les corporations*. Nous croyons être en Angleterre quand on nous dit que de mauvais devoirs étaient punis niôme par des coups. Et si la discipline académique (qui connut aussi la relegation) n'excluait pas de douloureuses flagellations ordonnées soit par les professeurs, dans les délits graves de violence', soit par le proconsul, il ne faut pas oublier que nous sommes arrivés à une époque dans laquelle se développait cette société cultivée byzantine oii, sans excepter les femmes, la cour et la famille impériale, les coups infligés par punition n'avaient rien de déshonorant.
Mais ce qui donne à la vie athénienne de cette époque son cachet caractéristique, c'est le système des corporations d'étudiants. Nous ne pouvons suivre exactement le développement des origines déjà mentionnées de ce système ; mais dès le commencement du iv" siècle, nous le voyons complètement organisé. Ce qui caractérise essentiellement ces corporations^ appelées chœurs (ypç>o\) et présidées par un senior (ou prostate)*, c'est d'une part qu'elles sont composées de genâ
1) Cf. HiMER., Orat. IV, 9. Orat. XV, 1, 2. Orat. XX, 22, 7. Eclog. XVII et XIX. Wernsdorf, p. lv sqq.
*) Liban., vol. I. p. 203. Sien^ers, Aus dem Leben des Libanios, p. 26.
3) Cf. en général Themist, Orat. XXI, p. 305. 308. Liban., vol. IV, p. 868. Les î[jLâvTô;, paêSot, (xào-Tiyeç, qui étaient en grand usage, nous sont connus surtout par la sévère discipline de Libanios à Antioche : Liban., I, p. 178. II, p. 425. III, p. 253. 436. Epist.i\.\9. Pour Athènes, voy. Himer.*, Om^. XV, 2. EuNAp., p. 73. Liban., vol. I, p. 16. Cf. Bernhardy, Griech. Litt., I, p. 635. 647. Sievers, Aus dem Leben des Libanios, p. 19. 22 sqq. et Li6anios, p. 25 sqq.
*) Liban., vol. I, p. 16. Ces corporations sont aussi appelées « phratries » : Gregor. Nazianz., Carm. de vita sua (T. II), p. 4, v. 215. Le Senior : cf. Liban., Vol. I, p. 16. Dans Olympiodor. fragm. (C. Muller, Fr. Hist. Graec. IV, p. 64, c. xxviii), les prostates sont aussi appelés w ucromiles ».
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d'une province déterminée se réunissant à Athènes (ce qui n'excluait pas en principe les étudiants nés ailleurs), et d'autre part qu'elles s'attachaient comme des clans à un professeur qui généralement appartenait à la corporation par son orig-ine *. A ces institutions se rattachaient des habitudes originales et parfois d'un caractère extrêmement fâcheux. Il s^élait établi une pratique de farces plus ou moins grotesques, dans lesquelles on tourmentait avec plus ou moins d'esprit le « novice » avant de le porter dans le bain purificateur et de le revêtir ensuite du petit manteau de l'étudiant, pour être conduit en joyeuse procession chez le professeur, et de là à un banqueta Ces épreuves étaient quelquefois abrégées sur le désir du professeur^ comme pour Eunape sur la prière de Proœresios"; d'autres fois, des personnalités particulièrement respectées, comme le sévère chrétien Basile, en étaient complètement dispensées*. Ce qu'il y avait de plus fâcheux, c'est que ce système de corporations détruisit toute liberté dans le choix du maître. Les étudiants d'une corporation étaient formellement voués à leur professeur. Ils formaient la garde enthousiaste de leurs maîtres^ leurs claqueurs bruyants dans les exhibitions oratoires et les improvisations des sophistes. Les querelles entre professeurs, les discussions sur la supériorité de tel ou tel maître, la tentative faite par un élève de passer d'une école ou d'une corporation dans une autre, les conflits résultant des brimades, tout cela conduisait à des combats meurtriers entre les corporations, qui ne demandaient ni au duel ni au stylet la réparation d'une offense personnelle, mais
*) Cf. la description dans Ullmann, Gregor vonNazianz, p. 30 sqq. et les rapprochements dans Sievers, Aus dem Leben des Libanios, p. 24 sqq. et Libanios, p. 32 sq.
*) Cf. la description détaillée dans Gregor. Nazianz., Orat. XX, p. 327 sq. avec moins de développement dans Olympiodor. (C. Muller, Fi\ Hist. Grœc, vol.'IV, p. 63 sq.) c. xxviii. Le fait est mentionné brièvement dans EuNAP., p. 75 et 77. Liban., Epist. 1071. 1086. Le manteau réservé aux étudiants : Olympiodor. apud Phot. Bibl. 80, p. 60 b, et C. Muller, Fmgm. Hist. Grœcor.j vol. IV. (Olympiodor. fragm. c. xxviii), p. 63 sq. Liban. (vol. II.) Orat. XLIV init. p. 432. Weber, loc, cit., p. 13. Bernhardy, op. cit., p. 645. Sievers, Libanios, p. 34 sqq.
3) Eunap., Vita Sophist., p. 77.
*) Gregor. Nazianz., (h^at. XX, p. 328.
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s'assommaient en l'honneur du corps, à coups de trique ou de sabre ou de pierres : les professeurs, comme Julien et Himerios, ne s'en tiraient pas toujours sains et saufs, surtout quand une corporation hostile expulsait de force de la salle de cours (publique sans doute) le professeur avec les auditeurs, comme cela arriva à Himerios! D'autres violences, de la nature la plus brutale, ne manquaient pas non plus*. Ala suite de combats comme la bataille des rhéteurs dans le Lycée, où les corporations s'étaient précipitées les unes sur les autres avec toutes leurs troupes^, et notamment à la suite de la bataille déjà citée qui fut livrée par le corps des Lacédémoniens commandé par son senior, l'Athénien Thémistocle (lequel fut plus tard professeur à Constantinople vers le milieu du iv° siècle), en l'honneur de son professeur Apsines, contre les étudiants cappadociens et pontiques du professeur Julien, à la suite de ces combats, disions-nous, le proconsul venait de Corinthe à Athènes ; les intrépides combattants passaient au banc des accusés ; les professeurs reconnaissants accouraient au palais pour assister comme défenseurs leurs courageux vassaux. Dans la guerre contre Apsines, Proaeresios, encore étudiant, avait parlé si brillamment pour sa corporation que même ses adversaires l'applaudirent, ce qui ne les empêcha pas d'être finalement condamnés à la fustigation par le proconsul '.
Mais ce qu'il y avait de plus fâcheux, c'est non seulement que les étudiants des corporations recrutaient dans les différentes parties de la Grèce et d'autres provinces de langue grecque de nouveaux auditeurs pour leurs professeurs, mais que, secondés par des partisans sympathiques pris dans la
1) Liban., vol. I, p. 14. 16 sqq. p. 60. 61. II, p. 433. Eunap., p. 69. WiîRNSDORF, p. 750 sqq. ad Himeh., Orat. XXII, dont le sujet se rattache à des scènes de ce genre; cf. encore Eclog, XXII. Orat. IX et XIX, Autres brutalités, voy. Liban., vol. I, p. 436.
») Liban., vol. I, p. 17 et Epist. 627. Sievers, Aus dem Leben des Libanios, p. 25, rapporte aussi à ce fait Himer., Orat. XIX.
3) Liban., vol. I, p. 16. Eunap., p. 69 sqq. Voy. le récit humoristique de cet épisode dans le charmant petit livre de Th. von Lerber, Professorenj Studenten und Studentenleben vor 4500 Jahren, p. 21 sqq. Sur Thémistocle professeur à Constantinople, voy. encore Sievers, Libanios, p. 60. (Cf. Liban., Epist. 408. 1032. 1175).
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population, ils occupaient systématiquement, à l'époque où arrivaient de nouveaux étudiants, tous les abords de la ville d'Athènes, par terre et par eau, ou établissaient des gardes même à Sounion ou sur des points encore plus éloignés, pour recruter ou capturer par la persuasion ou la violence des « nouveaux » pour leur professeur ou pour Jeur corporation. Lors même qu'un jeune homme arrivait avec des intentions toutes différentes, on le forçait à se vouer au professeur dans la corporation duquel le hasard l'avait fait tomber I C'était d'autant plus facile que les jeunes gens arrivaient au Pirée ou sur un point quelconque de l'Attique épuisés par une navigation pénible dans la saison rude de l'automne, et incapables de résister. Par exemple, lorsque Libanios arriva un soir à Athènes en 336, il avait l'intention de suivre le cours du professeur Aristodemos; mais il tomba entre les mains d'une corporation qui le confisqua au profit de son professeur. Le lendemain matin, il fut arraché à cette corporation par une autre^ celle des Arabes, fourré dans un petit tonneau et retenu prisonnier jusqu'à ce qu'il se fût voué à leur professeur, l'Arabe Diophantos. Il obtint pourtant la permission d'entendre aussi d'autres rhéteurs, et de se tenir éloigné des batailles de la rue ^ Si l'on arrivait à Athènes sans être adulte et si l'on voulait se tracer un plan d'études à sa guise sans entrer en relations avec la masse des étudiants, si l'on voulait suivre les cours de plusieurs professeurs, il fallait déployer une prudence et une ruse extraordinaire pour ne pas tomber dans les mains des « chasseurs de renards ». On s'en tirait le mieux quand on était dans la situation d'Eunape. Lorsque ce jeune homme vint à Athènes de la Lydie, sa patrie, il était accompagné (362) d'une troupe de parents et de compatriotes, parmi lesquels quelques vigoureux gaillards qui voulaient étudier avec Eunape chez Proœresios. Le capitaine du navire était de plus l'hôte et l'ami deProœresios. Lorsqu'on arriva le soir au Pirée, le capitaine forma avec les jeunes étudiants, leur suite et les matelots, une colonne d'as-
*) Cf. Liban., vol. I, p. 16 et Epist. 1071. Eunap., p. 74 sqq. Gregor. Nazianz., Orat. XX, p. 327. Sur Libanios en particulier, voy. Eunap., p. 96. Suidas, s. v., p. 2314. Liban., vol. 1, p. 13 sqq.
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saut défiant toute attaque : aussi les « chasseurs de renards » durent-ils la laisser arriver sans combat à Athènes et à la maison de Proœresios^ Les auditeurs nouveaux, forcés ou volontaires, étaient sûrs d'une chose, c'est que, à quelque heure que ce fut du jour ou de la nuit, ils étaient admis chez le professeur et salués avec effusion par lui. Aussi Eunapc et ses amis étaient-ils certains d'être reçus vers minuit chez Proœrcsios, âgé alors de 87 ans (362), et accueillis par lui avec bienveillance ^
S'il arrivait parfois que le caractère sauvage de la vie des corporations était adouci par des traits de profonde sympathie entre professeurs et étudiants, il est néanmoins hors de doute que le terrorisme par lequel ces corporations avaient rendu si difficile l'exercice de la liberté des étudiants dans le choix de leurs cours était devenu un danger mortel pour la prospérité intérieure de celte université, en corrompant maîtres et élèves mêlés à ces brutales luttes de partis. Car les étudiants prenaient parti pour un maître célèbre, moins à cause de sa valeur scientifique qu^à cause de sa réputation et des légendes qui couraient sur son éloquence, et se laissaient entraîner par la puissance de la mode. D'un côté^ les professeurs, éblouis de plus en plus par le succès d'argent et les acclamations bruyantes de leurs fidèles, s'habituaient à tous les tours de force possibles, montraient une indulgence extrême pour les excès de leur clan et se livraient à une jalousie furieuse vis-àvis de leurs collègues : d'un autre côté, la jeunesse se passionnait de jour en jour davantage pour les luttes de partis et les désordres qui en étaient inséparables. Et cela d'autant plus que la masse des citoyens athéniens, jusqu'aux matelots, aux portefaix et aux ouvriers du port, prenaient une part ardente à ces luttes, comme dans les villes chrétiennes aux dissensions nées de la rivalité des sectes ariennes, monophysites ou monothélites.
Gomme la prospérité de la ville d'Athènes dépendait alors essentiellement de celle de l'Université, les bourgeois suppor-
*) EuNAP., p. 74 sqq. Parmi les modernes, Burckhardt, loc.cit., a raconté tous ces faits avec beaucoup de verve : p. 442 sqq. 2) EuNAP., p. 74. 75.
laient avec beaucoup de patience les vexations et les excès de l'insolente jeunesse studieuse , même les attaques à main armée contre des maisons sans défense \ Naturellement, les meilleurs éléments de cette jeunesse ne se dépensaient pas uniquement dans les jeux de paume, les banquets, les jeux de hasard, le commerce avec le « demi-monde », et les dettes qui en étaient le résultat ^ De nobles et studieuses natures, comme ce Basile souvent cité , organisaient des sociétés d'amis sérieux unis par les mêmes ambitions'; les fidèles enthousiastes de l'antique hellénisme, après avoir étudié les monuments et les antiquités de la ville, par exemple les maisons de Démosthène et de Socrate*, aimaient à visiter les jeux nationaux helléniques et les points de la Grèce les plus intéressants au point de vue historique, artistique ou pittoresque, ainsi que Font fait des étudiants devenus célèbres comme Libanios\ Les études pratiques, la technique si détaillée et le dressage scolastique des rhéteurs^, leur apportaient, à côté d'une culture formelle se rattachant aux traditions des grands hommes de l'antiquité, une masse de connaissances positives : en s'appliquant sérieusement, ils emportaient de l'Université
*) Part prise par les citoyens : Gregor. Nazianz., Orat.XX, p. 327. Les vexations contre les bourgeois et autres excès sont dépeints dans Libanius, vol. I, p. 14-24, et dans le discours u£p\ xoO TauriToç, Vol. III, p. 254.
2) Liban., vol. I, p. 16 et 18.
') Sur Basile, sa vie sérieuse à Athènes, son intimité avec Grégoire de Nazianze, ses coînpagnons d'études, voy. le beau tableau dans Gregor. Nazianz.. Orat. XX, p. 328 cà 332.
*) et. HiMER., Orat. X et XI, \. XVIII, 3.
5) Liban., vol I, p. 18. Cf. Epist. 672 b. D'après Himer., XVIIÎ, 3, on montrait encore à Sparte la soi-disant maison de Lycurgue.
^) Le genre, l'organisation et les spécialités des études rhétorico-humanistes, telles qu'elles se pratiquaient au iv^ siècle, et dont le détail ne peut entrer dans notre récit historique, se trouvent développées plus ou moins dans Bernhardy, Grlech. Litteraturgesch., I,p. 596 sqq. 650. Sievers, Aus dem Leben des Libanios, p. 12 à 31 sqq. et Bas Leben des Libanios, p. 16-42. Voy. encore, Weber, Iog. cit., p. 33 sqq. et les développements détaillés dans l'ouvrage de Th. von Lerber, Professoren, Studenten and Studentenleben vor ioOO Jahren, p. 26 à 41, et Wachsmuth, op. cit., p. 15 sqq. Les grandes vacances avaient lieu en été; cf. Weber, loc. cit., p. 12. Wachsmuth, loc. cit., p. 12. Sievers, Aus dem Leben des Libanios, p. 17 sqq. et Leben des Libanios, p. 23 sqq. Sur l'importance des études rhétoriques pour cette époque, voy. encore l'élégant passage dans Burckhardt, loc. cit., p. 278 sqq.
beaucoup de résultats utiles \ Naturellement le uombre des étudiants était relativement petit, de ceux qui puisaient dans leurs études le désir de se poser en amis ou en rivaux de leurs maîtres, ou de se produire plus tard à leur tour comme professeurs de rhétorique soit à Athènes, soit à Constantinople, soit à Antioche et dans les villes de l'Asie-Mineure*.
Telle se déroula la vie de lUniversité athénienne de cette époque jusqu'au temps de ïhéodose P"", où les renseignements précis commencent à nous faire défaut'. Un album d'Athènes nous montrerait — àcôtéd'Eunape * et descontemporains de Julien que nous avons plusieurs fois mentionnés, et auxquels nous pouvons ajouter encore le Gilicien Celsus" fils d'Hesychios, élève et ami de Libanios, de 352 à 355 à Athènes, plus tard gouverneur de Gilicie sous Julien, et Flavianus de Bithynie \ disciple favori d'Himerios, ainsi que pour la fin du iii« siècle ou pour le commencement du iv'^ le néoplatonicien iEdesios^ — un album d'Athènes, disons-nous, nous montrerait, outre un grand nombre de personnages sans intérêt poumons, tels que Libanios les a connus personnellement comme étudiants ^, une liste très considérable et très variée d'hommes d'Etat, d'épée, de lettres et d'Eglise, qui avaient tous fait leurs études à Athènes.
Notons, pour terminer, un sentiment bien vivant alors et que nous retrouvons de nos jours parce qu'il est inhérent à la
*) Libanios cite l'étudiant carien Eustathios comme un exemple de labeur gigantesque et d'éloignement « philistin » pour la vie bruyante des étudiants (Liban., voL II, p. 432 sqq).
2) Liban., vol. I, p. 21.
3) Cf. ci-dessous notre chapitre final.
*) Cf. EuNAP.. p. 58. 74 sqq. et 92 sq.
S) Cf. ci-dessus, p. 301,5, et voy. Liban., Vol. I, p. 532. 575. III, p. 456 sqq. Ejnst. 84. 648. 1585. Ammian. Marcelijn., XXII, 9, 13, et Sievers, Libanios, p. 61. 62. 90 sq. 294.
^) Sur ce Flavianus, cf. Wernsdorf, p. 207 sqq. ad Himer., Eclog. XIII, et p. 196.
■') C'est ce qu'on peut conclure d'après Eunap., p. 19.
«) Parmi ces derniers, on connaît entre autres Ecdicius (Liiun., Epist. 147. 1529); Dynamios (.^p. 324); Chromatius (Ep. 393); Mygdonios {Ep. 471) ; Ausonios —probablement Lacédémonien {Ep, 1080) — et Severus {Ep. 1145 cf. aussi Ep. 605); Crispinus d'Héraclée dans le Pont (Liban., Vol. I, p. 21).
nature même du cœur humain : c'est l'amour que le monde antique expirant portait à Athènes, amour qui a permis à l'évêque Héliodore de Tricca en Thessalie, né à Émèse, anteur d'un roman très lu à la fin duiv^ siècle, de mettre dans la bouche d'une Athénienne prisonnière chez des brigands ég-yptiens ces paroles : « la haine athénienne même vaut mieux que l'amour des Barbares* » ! Cet amour était surtout ardent dans le cœur des hommes qui avaient vécu là les plus belles années de leur jeunesse et y avaient contracté des amitiés pour la vie. Même le sévère Grégoire de Nazianze ne pense pas sans complaisance aux folies juvéniles des étudiants athéniens *. La tristesse avec laquelle l'étudiant allemand voit pour la dernière fois le soleil disparaître derrière l'Alhambra germanique des bords du JNeckar ou derrière les rochers grotesques de la vallée de la Saale près d'Iéna et le Giebichen* slein; cette même tristesse était ressentie par les jeunes gens grecs et hellénistiques lorsqu'ils devaient s'arracher à leur Athènes chérie", lorsque le navire les emportait loin de leur jeunesse, et que les créneaux de l'acropole et les blanches colonnes de marbre du temple de Sounion s'enfonçaient derrière eux dans les flots bleus de la mer Egée. Nous comprendrons la colère furieuse et l'horreur du monde civilisé lorsque, dans les dernières années du iv° siècle, une nouvelle et épouvantable catastrophe changera l'antique pays des Hellènes en un champ funèbre couvert de ruines fumantes et de cadavres.
*). Heliodor., Aethiojnc.y II, 10 fin.
*) Cf. Gregor. Nazianz., Orat.XX,p. 327 sqq. De même Libanius, Epîst. 10. 627. 876. 881. 1071. 1086. 1511 el ci-dessus, p. 3.?1,8.
») Gregor. Nazianz., Orat. XX, p. 333. XLIII, 14, 15. Cf. (Vol. II.) Carmen de vita sua, p. 4 (v. 242 sqq.) D. sqq.