I-ES VISIGOTHS EN THRACE
lout entier dans ses fondements. On sait que c'est en 371 que la masse des Huns asiatiques avaient commencé sous leur chef Balamer leur mémorable invasion en Europe. Romains et Hellènes apprirent avec un étonnement croissant comment, sous les sabots des chevaux de ces noirs et laids cavaliers de la steppe, s'étaient écroulés dans les plaines arrosées par les grands fleuves de l'Europe qui se déversent dans la mer Noire le royaume des Alains d'abord , ensuite le puissant empire des Ostrogoths en 373 ; comment, en 375, les Yisigoths avaient succombé à leur tour. Bientôt la terrible nouvelle courut par toute la presqu'île du Balkan que la masse totale des Yisig-otbs du duc Fritigern, alliés avec les Romains dès Tannée 372 et en grande partie conquis à Farianisme^ étaient apparus sur le Bas-Danube, pour chercher (à la fin de l'été de 376) auprès des Romains une protection contre les horribles Huns ; parmi eux, deux cent mille guerriers dans la force de l'âge. Bientôt aussi les Romains et les Grecs de l'intérieur apprirent que les honteux forfaits, la perfidie et la sottise des fonctionnaires et généraux romains à la frontière du Danube avaient réussi en peu de temps à amener ce résultat, que ces mêmes Yisigoths, dont l'intelligente politique de Tcmperèur Yalens voulait faire des sujets utiles et des défenseurs de l'empire, étaient devenus de dangereux et furieux ennemis. Dès la fin de 376, entre les Balkans et le Bas-Danube, les Romains ont à se battre avec Fritigern à la tête de ses Yisigoths et de quelques corps ostrogoths qui avaient suivi : c'était l'introduction à un retour des terribles scènes que la génération vivante des Romains et des Grecs ne connaissait que trop bien parles récits des écrivains du iii« siècle. A Constantinople, à Thessalonique, enïhessalie, en Achaïe,en Asie etàAntioche, on apprit bientôt avec un sentiment croissant d'horreur que les masses gothiques franchissaient le Balkan, qu'elles dévastaient partout la plaine par le fer et le feu, que partout les esclaves, les prolétaires, les mécontents, les habitants écrasés d'impôts se rangeaient sous les drapeaux des Goths et aidaient à achever le pillage des florissantes contrées entre le Danube et les côtes du nord de la mer Egée et de la Propontide; que la frontière ouverte du Danube livrait sans cesse passage à de
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nouvelles bandes do Golhs, de Huns, de Sarmates. Peu do temps après, des colonnes do Barbares pénétrèrent en Macédoine, jusqu'aux frontières do la»ïhessalie*.
C'est avec angoisse que, pendant l'été de l'année 377 ot après, on suivit dans les pays grecs les mouvements des troupes romaines qu'on appelait d'Asie ot des auxiliaires de l'Occident, qui s'efforçaient avec peu do succès do localiser la guerre et de retenir au moins les ennemis au pied de l'Haimus. Mais tout sembla perdu lorsque la principale armée romaine d'Orient, sous l'empereur Valons, qui, jalousant les lauriers gagnés par son neveu Gratien, n'avait pas voulu attendre Tarrivée de l'armée d'Occident parvenue déjà à Sardica, essuya le 9 août 378 près d'Andrinople cette terrible défaite dans laquelle l'armée d'Orient fut absolument anéantie'. Ce fut le « Cannes du iv*" siècle ».
Valens lui-même était tombé; il ne restait do troupes romaines orientales pour les pays grecs d'IUyrie et de Thrace que dans les forteresses; Gratien, à la nouvelle du désastre, avait reculé jusqu^à Sirmium. Los bandes de Friligorn purent donc exploiter leur victoire sans être arrêtées. On n'osa pas se risquer contre les remparts d'Andrinople, de Périnthe ot do Constantinople ; mais tout le pays, jusqu'aux Alpes Juliennes, était momentanément ouvert aux Goths et à leurs alliés, ot bientôt une partie des pays grecs devait être entraînée ellemême dans le sanglant tourbillon. Du reste, remporeur Gratien s'était enfin résolu à Sirmium à un grand acte de salut public et avait élevé à la dignité de collègue, comme empereur d'Orient, le 19janvier 379, le jeune et énergique Espagnol Tliéodose do Cauca (né en 246 ap, J.-C), le vaillant fils, souvent éprouvé déjà, du grand général de Tempiro d'Occident, Flavius Theodosius. Par une mesure commandée par les nécessités militaires, une partie do la préfecture d'IUyrie, à
') ZosiM., IV, 20, 10. EvîiAF., Fragm. 42. 46. (C. Muller, Fragm. Hist. Grœc, IV, p. 32. 37. (Dindorf, Hist. Grsec. minor , I. Eunap., Fragm.. 42 eL 46, p. 240. 242). ïheophanes, éd. Bonn., p. 101.
2) On reçut la première nouvelle à Rome par le général Victor, qui s'enfuit en Macédoine et en Tliessalie avec une partie de la cavalerie (Zosim., IV,
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savoir la Macédoine, TÉ pire, la Tliessalie et la Grèce, fat ajoutée au territoire de Théodose \ Mais cette mesure si sage et le g-énie militaire de Théodose ne purent arrêter aussitôt la perte de la presqu'île du Balkan. Théodose, avec son coup d'œil, fit de la grande forteresse centrale de Thessalonique la base de toutes ses opérations ullérieures contre les Goths et leurs alliés*. Mais il ne put recommencer énergiquement la guerre que lorsqu'il eut réussi, par des efforts gigantesques, à créer une armée nouvelle en recrutant des masses de Barbares et de provinciaux, en appelant des légions des parties les plus éloignées de l'empire, en ralliant les débris dispersés de l'armée battue à Andrinople et en s'adjoignant une grande partie des troupes d'Occident : enfin cette nouvelle armée dut s'habituer graduellement à combattre les Goths. Tout cela demanda du temps. Dans l'intervalle, les chefs des Goths trouvèrent de leur côté Toccasion de frapper de nouveaux coups, et cette fois sur les provinces intérieures de Théodose, jusqu'en Epire et en Achaïe.
Ce n'est que dans l'été de l'année 379 que Théodose put procéder sérieusement à l'attaque des bandes ennemies dispersées de tous côtés. La fortune fut dès lors pour quelque temps du côté de ses drapeaux, de sorte que, à la fin de l'année 379, les Goths avaient été obligés de reculer partout devant ses manœuvres jusqu'à l'Haemus. Mais alors Théodose, qui avait déjà amené par une diplomatie habile et heureuse plusieurs chefs goths à son service, fatigué de ses immenses efforts, tomba, sans doute à Thessalonique^ au commencement de 380, dans une maladie dangereuse et longue, qui permit aux Goths de se rassembler sérieusement pour une campagne nouvelle, pour laquelle ils se mirent en marche de la Dardanie^ de la Mœsie supérieure et de la Pannonie méridionale. Les Ostrogoths avec les Huns et les Alains
*) Cf. sur les formes de ce nouveau partap:e : Tillemont, Hist. dei> empereurs, torn. V, A-^o^e XIV sur Gratien. R. Nitzsche, Ber Gothenkrieg unter Valens und Theodosius rf. Gr , p. 12. H. Richter, Bas Westrômische Reich, p. 498 et 692. Schiller, p. 399.
*) ZosiM., IV, 25, 1 ; 27, 2. Cf. Socr\t., V, ôetSozoMEx., VII, 4. Themist.. Orat. XIV. Cf. encore Sievers, Studien zur Geschichte der rômischen Kaiser, p. 295 sqq.