‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 169 sur 235 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Conduilo des trois puissances copartageantes envers la Pologne de 181 ri à 1830 — liillucnce des révolutions de Paris et de Bruxelles en 1830 sur la révolution de Warsovie du 2!) novembre. — Les Polonais sauvent la France et la

Beljîique en brisant la coalition de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche.

Manifeste do la diète de Pologne du 20 décembre 1830.

Kn créant ce simulacre de royaume de Pologne, en l'auiicxant / incorporant à jamais ii l'empire russe, du consentement des cabinets européens , Alexandre avait atteint le but suprême de sa politique. Mais si dans les relations extérieures il ajoutait ii son titre d'empereur celui de rui de Pologne, a l'intérieur il s'en défendait se nommait seulement Izar de Pologne, et dans l'énuméralion officielle de tous SCS litres, celui de roi de Pologne élail placé en troisième ligne, c'est-à-dire après les Izarats de Kasan , d'Astrakhan , et suivis des Izarats de Sibérie et de Khersoiièse-Taurique. Et rFiirope laissa faire!...

Si les traités de Vienne relatifs à la Pologne avaient été exécutés loyalement par la Russie, la Prusse et l'Autriche , ce pays aurait pu encore espérer dans l'avenir; mais, malgré les promesses ofiicielles des trois puissances copartageantes, ces traités ont été violés dès les premiers jours de l'année 181C. Quant à Alexandre, il confia le pouvoir discrétionnaire des provinces polonaises à Nicolas Novossiitzuff, l'un des hommes les jdtis pervers, et au grand-duc Constantin Pavlovilsch, dont l'arbitraire monstrueux est connu de l'univers. Sous l'action délétère d'un pareil gouvernement, les Polonais donnaient au mon Je l'exemple de la comorde , de l'union el de la résignation, espérant que le jour de la réparation viendrait, cl qu'ils puniraient les forfaits des tzars el leurs violations des promesses pour le maintien de leur nationalité. Os espérances qui germaient dans les cœurs des Polonais devinrent tout à coup plus vives par les révolutions de Paris et de Bruxelles qui éclalèrent en ISoO. Mais bienlôt ils apprirriit que Nicolas préparait une nouvelle coalition contre la France et contre la Belgique , et qu'à cet clïel il faisait venir en Pologne des miinilions de guerre, el donnait ordre à la banque de Warsovie dt; tenir prèles des sommes considérables. Malgré ces préparatifs belliqueux , Nicolas était dans la ji^rplcxilé : l'armée polonaise élail forte de 10,000 hommes; mais pouvait-il la lancer contre les deux pays en révidution , ou devait-il la laisser en Pologne pendant que la Russie, la Prusse cl l'Autriche se dirigeraient vers le Rhin el l'Eicaut? Le Izar se trouvait entre deux écueils également dangereux : ou de voir les Polonais passer du côté des Français, ou de voir la Pologne se soulever derrière lui; il fut donc décidé qu'on disséminerait l'armée polonaise parmi les troupes de la coalition. Après cette résolution, Nicolas ordonna à Diebitscli d'exécuter cette mesure pour le I5 décembre 18:iO; mais le désespoir des Polonais devança cet ordre, et le 29 novembre 1830 la révolution éclata à Warsovie. NovossiltzolT et Conslantin se sauvèrent lâchement. La jeunesse civile cl militaire accomplit celle grande a'uvre, et laissa aux plus expérimentés la diriclioii de la révolution. Peu de jours après, la dièle se réunit, déclara la révolution nationale , et dressa le 20 décembre I8:i0 un maiiireslc.

Nous donnons cette pièce remarquable, comme suite des manifestes précédî'nis , à comnuncer par celui d'iùienne Batoiy, de 1579. Si quelques illusions restaient encore sur les intenlions de la Russie, tlles ne seraicn: ]dus possibles à la lecture de ces actes. Mais si la \oloii!é (lu mal est immuable chez les tzars, le patriotisme des Polonais est impérissable, et on les trouve toujours sur la brèche pour la défense de leurs droits! Voici le manifeste du 2i) décembre lS3o :

Il Lorsqu'une nation, jadis libre el puissante, se voit forcée, par l'excès de ses maux, d'avoir recours au dernier de ses droits, au droit de repousser l'oppression par la force , elle se doit à elle-même, elle doit au monde de divulguer les motifs qui l'ont amenée à soutenir, les armes à la main , la plus sainte des causes. Les chambres de la diète ont senti cette nécessité , et, en adoptant l'esprit de la révolution du 2!) novembre, en la reconnaissant nationale, elles ont résolu de justifier celle mesure aux yeux de l'Europe.

)) On ne connaît que trop les infâmes machinations, les viles calomnies, les violences ouvertes et les trahisons secrètes qui ont accompagné les trois démembrements de ranciennc Pologne; l'histoire, dont ils sont devenus la propriété, les a llélris du sceau du crime politique. Le deuil solennel que cette violence a répandu dans tout le pays a élé religieusement gardé sans inlerruplion , l'étendard sans lâche n'a jamais cesse de flotter à la tête de la vaillante armée; el, dans son émigration militaire, le Polonais, transportant de pays en pays ses dieux pénates, criait vengeance contre leur violation, se laissant bercer par celte noble illusion qui, comme chaque grande pensée , n'a pas été déçue; il croyait, en corr.batlant pour la cause de la liberié, combattre aussi pour sa propre patrie.

11 Elle s'est relevée , celle patrie; et, quoique restreinte dans ses limites étroites, la Pologne a reçu des mains du héros du siècle sa langue , ses droits, ses libertés , dons précieux relevés encore par de plus grandes espérances. Depuis ce momen', sa cause est devenue la

HISTOIRK D|-, POLOGNE.

nôtre , notre saui; est devenu sa propriété; et lorsque ses alliés et le ciel même l'abandonncrent, persévérants dans leur fulélité, les Polonais partagèrent les désastres du héros, et cette chute commune d'un grand homme et d'une nation mallicurcuse arracha l'estime involontaire aux vainijueurs eux-mêmes.

» Ce sentiment avait produit une impression trop vive, les souverains de l'Europe avaient prouiis , au milieu des combats, d'une manière trop solennelle, de donner au monde une paix durable, pour qu'eu se part.igeant encore une fois nos dépouilles, le congrès de Vienne ne lit au moins en sorte d'adoucir les nouveaux outrages faits aux Polonais. Une nationalité et une liberté de commerce réciproque furent garanties à toutes les parties de l'ancienne Pologne, et celle que la lutte européenne avait trouvée indépendante, morcelée de trois côtés, reçut le titre de royaume, et fut mise sous la domination immédiate de l'empereur Alexandre, avec une charte séparée et la faculté d'être agrandie. En exécution de ces stipulations, il donna une constitution libérale au royaume, et lit entrevoir aux Polonais soumis à la domination russe l'espérance de se voir réunis sous peu à leurs frères. Ces dons , toutefois , n'étaient pas gratuits : il avait contracté des obligations antérieures envers nous; de notre côté, nous avions fait des sacrifices. Avant et durant la lutte décisive, les brillantes promesses faites aux Polonais soumis au sceptre d'Alexandre et les soupçons élevés sur les intentions de Napoléon avaient empêché plus d'un Polonais de se prononcer en sa faveur. En se proclaniani roi Pologne, l'empereur de Russie avait été seulement lidèle ii ses promesses. Mais celte nationalité, ces libertés qui devaient être le garant de la paix de l'Europe, on nous les a fait aclicler ju prix de notre indépendance, cette première condition de l'existence politique des nations , cojniue si une paix durable pouvait reposer sur l'asservissement d'une population de seize millions d'habitants; comme si les annales du monde ne nous apprenaient pas qu'après des siècles d'interxalle, les nations soumises parviennent à recouvrer l'indépendance à laquelle le Créateur Suprême les a appelées de tout temps, en les séparant des autres nations par leur langue et leurs coutumes ; comme si cette leçon était perdue pour les gouvernements, que les peuples opprimés deviennent les alliés naturels de quiconque s'élève contre leurs oppresseurs.

>i iMais ces conditions imposées arbitrairement n'ont pas même été remplies; les Polonais n'ont pas lardé à se convaincre que cette nationalité et ce titre de Pologne donné au royaume par l'empereur de Russie n'étaient qu'une amorce jetée à leurs frères, soumis à d'autres Etats, qu'une arme offensive contre ces mêmes Etats, et qu'une vaine chimère pour ceux auxquels ils avaient été garantis. Ils se sont convaincus qu'à l'abri de ces noms sacrés, on voulait réduire la nation à un abaissement, à une dégradation servile, et faire peser sur elle tous les fléaux qu'entraînent un long despotisme et la perte de la dignité de l'homme. Les mesures prises contre l'armée ont dévoilé pour la première fois ce plan mystérieux. Les outrages les plis sensildcs, les peines les plus infamantes, les persécutions les plus recherchées, ordonnées par le commandant en chef sous prétexte de mainienir la discipline, tout avait pour but de détruire ce noble sentiment d'honneur, cette dignité nationale qui caractérisaient nos troupes. Les fautes les plus légères comme les plus graves , la seule prévention de culpabilité, considérées comme des crimes contre la discipline, et l'influence arbitraire du commandant en chef sur les conseils de guerre, rendaient ce dernier maître absolu de la vie et de l'honneur de chaque militaire. La nation a vu avec indignation des arrêts de ce conseil cassés plusieurs fois, jusqu'.i ce qu'enfin ils eussent atteint le degré de sévérité qu'on leur avait tracé. Beaucoup ont donné leur démission ; beaucoup, insultés personnellement par le commandant en chef, ont lavé dans leur propre sang l'outrage qu'on leur avait fait, pour montrer que ce n'était pas le manque de courage, mais bien la crainte de compromettre l'avenir de la patrie, qui avait retenu leur bras vengeur.

» La première diète du royaume, et le rençuvellement solennel de de la promesse que les bienfaits de notre constitution s'étendraient à nos frères, qui devaient être réunis ii nous, réveillèrent les espérances éteintes, et firent régner dans les chambres la nu)dération, but unique de ces promesses. La liberté de la presse, la publicité des délibérations, ne furent tolérées que tant que se firent entendre les hymnes de reconnaissance élevés par un peuple subjugué en l'honneur de son puissant conquérant ; mais lorsque après la diète ou se livra dans les journaux à l'examen et ;i la discussion des alVaires publiques, on introduisit aussitôt la censure la plus sévère; et, après la diète suivante , qui s'était proposé le même but que la première, on persécuta les représentants de la nation pour les opinions ([u'ils avaient émises dans les chambres. Les Etats constitutionnels de l'Europe s'étonneront, lorsqu'ils apprendront des circonstances qu'on leur a soigneusement cachées ; lorsqu'ils verront, d'une pari, l'usage modéré qu'ont fait les Polonais de leur liberté , la vénération qu'ils avaient pour leur souverain, sa religion, ses coutumes, toujours respectées dans leurs discours; et, de l'autre, la mauvaise foi d'une autorité qui , non contente de les dépouiller de leurs droits, ose encore imputer l'horreur de celte violation 'a la liberté cfl'rénéc d'un peuple malheureux.

1) La réunion sur une seule tête des couronnes d'autocrate et de roi constitutionnel était une de ces monstruosités politiques qui ne peuvent exister longtemps. Chacun prévoyait que le royaume de Polopue devait être pour la l'iussie un germe d'institutions libérales, ou succomber sous la main de fer de ses despotes. Cette question fut bientôt résolue. Il parait que l'empereur Alexandre avait cru un moment pouvoir concilier toute l'étendue de son pouvoir despotique avec la popularité de nos lois libérales, et s'assurer par là une nouvelle influence sur les affaires de l'Europe. Mais il se convainquit bientôt que la liberté ne saurait jamais s'avilir jusqu'à devenir l'instrument aveugle du despotisme, et dès lors, au lieu d'en être le défenseur, il en devint le persécuteur. La Bussie perdit toute espérance de voir un jour alléger, par son souverain, le joug qui pesait sur elle et la Pologne devait être successivement dépouillée de tous ses priviléces. On ne tarda pas à mettre ce dessein à exécution. L'instruction publique fut corrompue : on organisa un système d'obscurantisme; on enleva .lu peuple tout moyen d'instruction; à un i)alatinat entier, sa représenlation dans le conseil; aux chambres, la faculté de voter pour le budget; on imposa de nouvelles charges, on créa des monopoles propres à tarir la source des richesses nationales; et le trésor, prossi par ces mesures, devint la pâture d'une valetaille salariée, d'infâmes agents provocateurs et de vils espions. Au lieu des épargnes que la nation avait si souvent sollicitées, on augmentait continuellement d'une manière scandaleuse les pensions des employés, on y ajoutait d'énormes gratifications, on créait de nouvelles places,' le tout dans l'unique but d'augmenter le nombre des satrapes du gouvernement.

1) La calomnie, l'espionnage avaient pénétré jusque dans l'intérieur des familles, y avaient infecté de leur venin la liberté de la vie domestique, et l'antique hospitalité des Polonais était devenue un piège pour l'innocence. La liberté individuelle, solennellement garantie, était violée; les prisons encombrées; des conseils de guerre, nommés pour prononcer dans des cas civils, soumettaient à des peines infamantes des citoyens dont toute la faute était d'avoir voulu soustraire à la corruption l'esprit et le caraclère de la nation. C'est en vain que quelques autorités, et les représentants du peuple traçaient au roi le tableau des abus commis en son nom ; non-seulement ces abus n'étaient point réprimés, mais encore la responsabilité des ministres et des autorités administratives était paralysée par l'action immédiate du frère de l'empereur, et par l'elïet du pouvoir discrétionnaire qui lui était confié. Cette autorité monstrueuse, source des plus (Taiids abus qui puissent blesser la dignité personnelle de chaque individu, était devenue si frénétique, qu'elle osùt faire comparaître devant'elle, pour les accabler d'outrages, des citoyens de toutes conditions, et 'qu'elle ''H'iit même jusqu'à les assujettir publiquement à des tra'vaux déshonorants et réservés aux forçats ; comme si la Providence en lui permettant de mettre le comble aux outrages faits à la nation, destinait celte même autorité à être l'instrument de notre soulèvement. ....

>) Après tant d'affronts, après une violation si manifeste des garanties jurées, violation qu'aucun gouvernement légitime, dans aucun pays civilisé, ne se serait permise impunément, et qui, à plus forte raison, peut justifier notre soulèvement contre une autorité imposée par la force, qui ne pensera que cette autorité a rompu toute alliance avec la nation, qu'elle a fait peser sur elle le joug de l'esclavage, qu'elle lui a donné le droit de rompre à chaque instant ses chaînes et d'en fori'cr des armes ? Le tableau de nos désastres et de ceux de nos frères peut être superflu; mais la vérité nous défend de l'omettre.

)> Les provinces anciennement incorporées à la Russie non-seulement ne furent point réunies au royaume, non-sculcnunt nos anciens frères n'ont point été admis à la jouissance des institutions libérales stipulées par le congrès de Vienne ; bien au contraire, les souvenirs nationaux éveillés en eux, d'abord par des promesses, par des encouragements, puis par une longue attente, devinrent un crime d'Etat, et^le roi de Pologne fit poursuivre, dans les anciennes provinces de cet Etat des Polonais qui avaient osé s'appeler Polonais. — La jeunesse des écoles fut particulièrement en butte aux perscculions : on arrachait de jeunes enfants du sein de leurs mercs, on Iransporlait en Sibérie les rejetons des premières familles, ou bien on les faisait entrer dans les ranps d'une soldatesque corrompue. Dans les actes i.lministratifs et dans l'instruction publique , la langue polonaise fut ui.primée • des oukases anéanti-ssaicnt les tribunaux et le droit civil polonais ; les abus de l'administration réduisaienl à la misère les promiétiircs fonciers, et, depuis l'avcncmcnt de Nicolas au trône, cet état de choses avait été toujours en empirant : et riiilolérance mettait tout en œuvre pour extirper le rit grec uni, et subjuguer de plus en plus le catholicisme. , ,-, • • ,

« Dans le royaume, bien qu'aucune des libertés garanties par la constitution ne fût observée, ces libertés supprimées de fait n'existaient pas moins de droit ; c'était justement cette existence de droit qu'il fallait saper. Alors on vit paraître cet article additionnel a la constitution qui, aflichant une sollicitude spécieuse pour le maintien de la charte détruisait une de ses principales dispositions, en enlevant aux chambres la publicité de leurs délibérations et l'appui de l'opinion publique, et (lui devait surtout consacrer le principe qu il

IIISTOIUE DE l'()LO(;\E.

L'sl permis «le morceler à son gré le pacte fondamental, et par cela même d'abolir en entier la charte, comme il en avait aboli un article. C'est sons ces auspices (jiie fut convoquée la <lii'te de I8î5, d'oii l'on cheroba, par tous les moyens, à écarter les plus intrépides défenseurs de nos libertés. Un nonce, ([ui venait prendre part à nos délibérations, l'ut enlevé de vive force, et, entouré de jjenilarmcs, il fut retenu captif pendant cinq ans, jusqu'au moment oii la révolution a éclaté. — Privée de ses forces, close, menacée de perdre la clinrlo, séduite par les nouvelles promesses qu'on lui fit de réunir au rovauniè les anciennes provinces jjolonaises, la diète de ISV5 suivit l'exemple de celle de 18I8 ; mais ces promesses resicrent encore sans effet, et les pétitions qui sollicitaient le recouvrement de nos libertés fur'cnl repoussées.

» L'iiidignation (jénérale des gens de bien, l'exaspération de la nation entière amenaient depuis longtemps l'orage, dont l'approche commençait il se manifester, lorsque la mort d'Alexandre, l'avènement de iNicolas au trône et le serment qu'il lit de maintenir la constitution, semblèrent nous promettre la cessation des abus et le retour de nos libertés. Celte espérance fut bientôt déçue ; car non-seulement les choses restèrent dans leur ancien élat, mais même la révolution de Pétersbouri; servit de prétexte pour emprisonner et soumettre à des enquêtes les citoyens les i)lus distingués du sénat, de la chambre des nonces, de l'armée et des autres classes. En jicu de temps, les prisons de la capitale furent encombrées ; tous les jours de nouveaux édilices étaient destinés ii recevoir des milliers de victimes, transportées de toutes les parties de l'ancienne Pologne, de celles même soumises aux gouvernements étrangers. — Sur le sol natal de la liberté on introduisit des tortures qui font frémir l'humanité, et la mort ou le suicide diminuait toujours le nombre des malheureuses victimes, quelquefois oubliées dans des cachots étroits et humides. Au mépris de toutes les lois, on créa un comi(e d'enqudf composé de Russes et de Polonais, en grande partie militaires, qui , par la prolongation des tortures, par des promesses de pardon et des interrogatoires insidieux, ne cherchaient qu'à arracher aux jirévenus l'aveu d'un crime imaginaire. — Ce ne fut qu'après une détention d'un an et demi que fut établie la haute cour nationale; car, puisque au mépris de toutes les lois on avait commis le crime de proloni>er les emprisonnements, au point que plusieurs victimes y avaient trouvé la mort, i! fallait nécessairement rendre cette mesure légale. La conscience du sénat trompa cette attente, et les prévenus qm pémissaient depuis deux ans dans les cachots, furent presque à l'unanimité reconnus innocents du crime d'Etat. Cet arrêt fit disparaître dès lors toute diflërence entre les prévenus et les juges ; les premiers, malgré la sentence qui proclamait leur innocence, loin d'être élarpisi furent transférés ii Saint-Pélcrsbourg, où ils eurent à gémir dans^les cachots des forteresses, et jusqu'ici ils ne sont pas tous rendus à leurs familles ; les seconds furent retenus pendant près d'une année ii Warsovie, pour s'être montrés juges indépendants. Un arrêta la publication et l'exécution de la semence, qu'on soumit k lexainen des autorités administratives; et quand enhn, par un reste d'égards pour l'Europe , on se vit forcé de la publier , un ministre porta l'audace jusqu'à dégrader la majesté nationale en réprimandant, au nom du souverain , la plus haute magistrature de l'Etat dans l'exercice de sa plus haute attribution.

» C'est après de tels actes que l'empereur Mcolas résolut de se faire couronner roi de Pologne. Les représentants de la nation, convoques, furent les témoins muets de cette cérémonie et des nouveaux serments qui furent bientôt encore violés ; car aucun abus ne fut supprime, pas même le pouvoir discrétionnaire. — Le jour même du couronnement, le sénat fut rempli de nouveaux membres qui ne possédaient point ks qualités requises par la constitution, unique Garantie de l'indépendance de leurs votes. Un emprunt illégal et Tahénation des domaines nationaux avaient pour but de mobiïiser et de rendre disponibles les immenses propriétés foncières de l'Etat ; mais la Providence a voulu que les sommes considérables provenant de l'exécution partielle de ce plan, fussent soustraites h la dilapidation pour servir aujourd'hui à l'armement de notre nation.

» Enhn, la dernière consolation qui, sous le règne d'Alexandre, aux Polonais leur infortune , l'espérance de se voir

faisait supporter ;

reunis a leurs frères leur fut enlevée par l'empereur iNicolas. Dès ce moment, tous les liens furent rompus; le feu sacré qu'il était défendu depuis longtemps d'allumer sur les autels de la patrie couvait secrètement dans les cœurs des gens de bien. Une seule pensée leur était commune : qu'il ne leur convenait pas de supporter plus lonrtenips un tel asservissement! .liais ccst l'autorité elle-même qui a rapproché le moment de l'explosion. — A la suite de bruits qui se conlinnaient > e plus en plus au sujet d'une guerre contre la liberté des peuples des ordres furent donnés pour mettre sur pied de guerre l'armée polonaise destinée à une marche prochaine, et, à sa place, les armées russes devaient inonder le pays; les sommes considérables provenant de 1 emprunt et de l'aliénation des domaines nationaux, mises en dépot a la banque de Warsovie, devaient couvrir les frais de cette g.ierre meurtrière pour la liberté. Les arrestations recommencèrent; Chaque moment était précieux; il y allait de notre armée , de notre trésor, de nos ressources, de notre honneur national, qui se refusait

il porter aux autres peuples des fers dont il a lui-même horreur, et à combattre contre la liberté de ses anciens compagnons d'armes. Chacun pariagcait ce senlinient, mais le cœur de là nation, le foyer de l'enthousiasme, cette intrépide jeunesse de l'école militaire cl de l'université, ainsi qu'une grande partie de la brave garnison de \Varsovie et beaucoup de citoyens , résolurent de donner le signal du soulèvement. Une étincelle électrique embrasa dans un moment l'armée, la capitale, tout le pays. La nuit du 29 novembre fut éclairée par les feux de la liberlé; dans un seul jour la capitale délivrée; dans quelques jours toutes les divisions de l'armée unies par la même pensée ; les forteresses occupées, la nation armée, le frère de l'empereur se reposant avec les troupes russes sur la générosité des Polonais, et ne devant son salut qu'à cette seule mesure : voilà les actes héroïques de celte révolution , noble et pure comme l'enthousiasine de la jeunesse qui l'a enfantée.

>) La nation polonaise s'est relevée de son abaissement et de sa dégradation avec la ferme résolution de ne plus se courber sous le joug de fer qu'elle vient de briser, et de ne déposer les armes de ses ancêtres qu'après avoir reconquis son indépendance et sa puissance, seule garantie de ses libertés; qu'après s'être assuré la jouissance de ces mêmes libertés, qu'elle réclame par un double droit comme un héritage honorable de ses pères, comme un besoin pressant du siècle; enfin, qu'après s'être réunie à ses frères, soumis au joug du cabinet de Pétersbourg, les avoir délivrés et les avoir fait participer à ses libertés et à son indépendance.

Il >ous n'avons été influencés j)ar aucune haine nationale contre les Uusses, qui, comme nous, sont d'origine slave ; au contraire, dans les premiers moments, nous nous plaisions à nous consoler de la perte de notre indépendance, en pensant que, bien que notre réunion sous un même sceptre fût nuisible à nos intérêts, elle pourrait néanmoins faire participer une population de quarante millions d'hommes à la jouissance des libertés constitutionnelles, qui, dans tout le inonde civilisé, étaient également devenues un besoin pour les gouvernants comme pour les gouvernés.

>> Convaincus que notre liberté et notre indépendance, loin d'avoir jamais été hostiles vis-à-vis des Etats limitrophes, ont au contraire serx'i, dans tous les temps, d'équilibre et de bouclier à l'Europe, et peuvent lui être aujourd'hui plus utiles que jamais, nous comparaissons en présence des souverains et des nations, avec la eerlitude que la voix de la politique et de l'humanité se feront également entendre en notre faveur.

>> Si même, dans cette lutte, dont nous ne nous dissimulons pas les dangers, nous devions combattre seuls pour l'intérêt de tous , pleins de confiance en la sainteté de notre cause, eu notre propre valeur et en l'assistance de l'Eternel, nous combattrons jusqu'au dernier soupir pour la liberté ! — Et si la Providence a destiné celle terre à un asservissement perpétuel, si, dans cette dernière lutte, la liberlé de la Pologne doit succomber sous les ruines de ses villes et les cadavres de ses défenseurs, notre ennemi ne régnera que sur des déserts, et tout bon Polonais emportera en mourant celle consolation, que, si le Ciel ne lui a pas permis de sauver sa propre patrie, il a du moiiis, par ce combat à mort, mis à couvert pour un moment les libertés de l'Europe menacée. »

Les vérités prophétiques du manifeste rappelaient les mots des antiques victimes menées aux cirques de l\ome et qui disaient aux Césars : Moriluri te satutant : ceux qui xout mourir te saluent! Les senlimenls des Polonais furent compris des nations de l'Europe, mais les cabinets qui auraient dû scconderla Pologne restèrent sourds à l'appel d'un peu]ile ami.

Pendant que le tzar Nicolas repoussait tout accommodement et se refusait à toute concession, les cabinets européens, pour couvrir leur pusillanimité, disaient aux Polonais qu'il n'y avait pas moyen de les secourir, car on ne pouvait pas négocier avec une nation en puissance d'un roi qui en mêuie temps était empereur de lîussic; mais que, si la Pologr»c devenait indépendante, sa position serait plus nette, et qu'alors on pourrait intervenir. En conséquence du refus de .Xicnlas et des encouragements venus de l'Occident, les Polonais déclarèrent la déchéance des tzars du trône de Pologne , et cette auguste et nationale résolution fut proclamée par la diète tout entière ; composée de sénateurs-palatins, sénateurs-castellans, évcques-sénateurs , nonces terriens des districts , et députés des villes et arrondissements de chaque palatiuat.

Voici l'acte de cette déchéance, sanctionné k Warsovie, dans la séance du 55 janvier 1831 :

a Les conventions les plus sacrées sont autant inviolables qu'elles 11 sont mutuellement et fidèlement observées par les deux parties. u >fos longues souffrances sont connues du monde entier. Les fran- » chiscs jurées par deux souverains, violées tant de fois, délient en )) ce jour la nation polonaise de la fidélité qu'elle devait au 1110- » narque régnant. Les paroles de l'empereur INicolas disent que le 11 premier coup de canon que nous tirerons sera le signal de la des- » truction totale de la Pologne. Ces paroles, en nous ôlant tout es- I) poir d'obtenir justice, ne nous laissent qu'un noble désespoir.

u En conséquence, le peuple polonais, représenté parla diète, déu clarc : qu'il est indépendant et qu'il a le droit de disposer de la

HISTOIRE DE POLOGNE

>i couronne en faveur de celui qu'il jugera diijne de la porter, et qui » lui préienlera les garanties les plus solennelles et les plus reliu cieuses pour le maintien de la foi et du pacte jurés.

Adam-Georges CZARTORYSKI, ^Vladislas-Ra^^icz OSTRO^VSKI,

Si^na'eur-palaHn , président du nonce rfc l'iotrhoir , du pilati- Sénat. nat de h'ali^z, marèclml de la

chambre des nonces.

.lulien-Ursiii INiemceuicz, séno- Xavier Ci\R\or.kit député de Slaieur-C'istellan , secrétaire du se- nislatroir, du palatinat de Manat. zovie, secrétaire de la chambre

des nonces.

Ai'GiSTOwsKi Jean, nonce de Dombrowa, du palatinat d'Augus-

tow.

Bacz^-nski Cyprien, nonce de Sandomir, pal. de Sandomir. Bartochowski Kasimir, nonce d'Ostrzoszow, pal. de Kalisz. Barzvkdwski Stanislas, nonce d'Ostrolenka, pal.de Plork. Bernatowicz Alexandre, nonce de Jampol, pjl. de Podolie. BiBDBZYf.Ki Xavier, député de Piotrkow, pal de Kalisz. BiBLiNSKi Jeau-\\ ladislas, sénateur-castellan. BiELSKi Ignace, nonce de Krasnostaw, pal. de Lublin. BiExiEÇKi Louis, nonce de ^\ engrow, pal. de Podlaquie. BiENKowsKi Antoine, sénateur-caslellan.

BiERXAÇKi Aloïs, député de Siéradz, pal. de Kalisz. Bmnski Alexandre, sénateur-castellan.

Brez.i Eugène, nonce de Slonim, pal. de Grodno. Brikken Joseph, député de ^\ arsovie, pal. de Mazovic. Bbomkowsm Adam, sénateur-castellan.

BuKowsKi Jean, nonce d'OIkusz, pal. de Krakovie. BïKowsKi Antoine, nonce de Lomza, pal. d'Augustoxv. CitARZEWSKi Jean, député de \\ arsovie, pal. de Slazovie. CiiELMicsi Vincent, nonce de Prasnysz, pal. de Plork. Cmobrzïnski Albert, députe d'Ostrolenka, pal. de Ploçk. CiioDECKi Albert, député dé Lenczyça, pal. de Mazovie. CiioMENTowshi Frauçois, député de Sandomir, pal. de Sandomir. CiiRZA.NowsKi Josepli. nonce de Tomaszovv, pal-, de Lublin. CiESZKOwsKi Paul, député de Krasnystaw, pal. de Lublin. CissowsKi .MariaHj noiiCe de Lipno, pal. die Ploçk» De.mbowski Léon, sénaleiif-Castellan.

Dembowski Ignace-Ielita, député de Ploçk, pal. de Plôçk. Deskur André, nonce dé Kozienice, pal. de Sandomir. Doi.iNSKi Félix, nonce de Krasnik, pal. de Lublin. IJoMBRowsM François, nonce de Lenczyça, pal. de MaïOvie. DziENCiELShj Marcellin, évèque de Lublin, sénateur. Faltz Ernest, député de Kalisz, pal. de Kalisz; Floryaxovvk.z Jean, député de Maryampol, pal. d'Augustow . Frytscii Adam, député de Lublin, pal. de Lu1>lin. Gawronski Vincent, iionce de Kalwavy, pal. d'AugUstow. Gliszcz\nski Antoine, sénatcur-castcllarii Guszczïvshi Jean->ep'jmuç, nonce de Kotiiii, pal. dé KaÙllz. G'JDEbski Xavier, nonce de Lnçk, pal. de \N olynle. GoLVNSKi Hyacinthe, nonce de Katûieiiitç, jkiK de Poilolie. GosTKowsKi Alichel, nonce de Stolsuiça^ jwl. de KraknVic. Grabowski François, sénateur-palalih.

Gbatkovvski Jean, nonce de Konskié, pal. de Sandomir. Grombczewski Paul, nonce de Pultusk, pal. de Ploçk. Glmowski Féli.x, député de Lukoxr, pal. «le Podlaquie. Hi.iszMEvvicz Antoine, nouée de Boryszuw, pal. de .Minsk. Jablo.nowski Joseph, nonce de Lubaiiow , pal. de Lublin. Jablo.\o\vsm -'Maximilieu, sénateur-palatin. Jakszewicz Antoine, député de Kalisz, pal. de Kalisz. Jasinski Théodore, nonce de ^Moda\va, pal. de Poiilaquie. Jei.oxvicki Alexandre, nonce do llayssyn. pal. de Podolie. Jeziebski Constantin, nonce de Blonié, pal. de Ma/.ovie. Jeziebski Stanislas , nonce de Sienniça , pal. de Mazovie. Kaczkow SKI Stanislas, nonce de Sieradz, pal. de Kalisz. Karwowski Jcan-Joacbini, nonce de lîialytok, pal. de Bialysiok. Kaszyç Joseph , nonce de iVoxvogrodck, p;il. de Grodno. Kiemewicz Félix , nonce de ."Mozyr, pal. de !Minsk. KisiELMÇKi François, nonce de Isiebrza, pal. d'Augustov. KuMONTOXvicz Jacques, député d'Auguslow, pal. d'Auguslow. KociiAXOwsKi ^lichel, sénateur castellau.

KoLisKO Adam, nonce d'Upita, pal. de \A ilno. KozLow.sKi Gaétan, député de Ploçk, pal. de Ploçk. kozxiiA.x Gaétan, sénateur castellan.

Krasisski Joseph, sénateur castellan.

Krktkowski Joseph, nonce de Kowal, pal. de ;\Iazovie. Kruszewski .\ntoine, député de Lomza , pal. d'Auguslow. Krlszeusm Vincent, député de Seyuy, pal. d'Augustow. KnvsiMSM Dominique, député de Warsovic, pal. de Mazovic. KiczEvvski Jean, député de Lublin, pal. de Lublin. Lkdociiowski Jean, nonce de Jendr^cï^^v, pal. de Krakovie. Lkdocuowski Joseph, nonce de Staszow, pal. de Sandomir. LfeLEWBL Joachini, iioncc de Zelcchow , pal. de Podlaquie,

Lempiçki Louis, sénateur castellan.

Lewisski François-Xavier, sénateur castellan.

LiBUiZEWSKr Antoine, nonce d'Opatoxv, pal. ds Sandomir.

LopAciNSKi Alexandre, nonce de Uzisna, pal. de Minsk.

Llbienski Pierre, sénateur-castellan.

LuBiExsKi Thomas, sénateur-castellan. .

LuBOMiRSKi Joseph, sénateur-caslellan"

Lu.MKWSKi Victor, nonce de Szydloxv, pal. de Krakovie.

Llszczewski Adam, nonce de Sochacztw, pal. de Mazovie.

LcTosTANSKi Louis, député de Warsovie, pal. de Mazovie.

Malaciiowski Gustave, nonce de Szydlowieç, pal. de Sandomir.

Malaciiowsm Joseph, nonce de Radzyn, pal. de Podlaquie.

-Mal.\ciiow3ki Louis, sénateur-castellan.

Malaciiowski Stanislas, sénateur-castellan.

Maiinowski Jacques, nonce de Uadomysl, pal. de Kiiovie.

3L\MGiE\x'icz Nicolas, évèque d'Augustoxv, sénateur.

Markowsr! Félix, nonce de Siedlcé, pal. de Podlaquie.

Mazirkiexvicz André, député de Zaniosç, pal. de Lublin.

Mencinski Albert, sénateur-caslellan.

Mierzeïewski Caliste, député de Biala, pal. de Podlaquie.

Mionczynski Ignace, sénateur-palatin.

^IioNczYNSKi Stanislas, député de Konin, pal. de Kalisz.

MoDLiNSKi Joseph, nonce de Radzieioxv, pal. de Mazovie.

3IoRA\vsKi Théophile, nonce de Kalisz, pal. de Kalisz.

MoRAWSKi Théodore, député de Kalisz, pal. de Kalisz.

MoRozKxvicz Caliste, nonce de Lublin, pal. de Lublin.

MoBZKowsKi Augustin, député de Rawa, pal. de Mazox'ie.

^loRZKOwsKi Ignace, nonce de Radomsko, pal. de Kalisz.

-^losTowsKi Thadé, sénateur-palatin.

JMozAisKi Jean-Kanly, député de Kieice, pal. de Krakovie.

Xakwaski François, sénateur-castellan.

Xakwaski Henri, nonce de Braçlaw, pal. de Podolie.

XiE.MCEWicz Charles-Ursin , nonce de Brzesc-Lilexvski , pal. de

Grodno-.

IViEMoioWski Ronavenlure, nonce de Warla, pal. de Kali.sz. NiEsiiiLott^Ki Xavier, sénateur-castellan.

J\o\v\RowsKi Stanislas, nonce de Stobniça, pal. de Krakovie. Opmsm François, député de Siedlcé, pal. de Podlaquie. Okeni:k1 Jacques , nonce de Ra« a, pal. de Mazovie. 0!,i)'\R Xarcisse, sénaleur-castellan.

OsTRDxvsK! Albert, sénateur-castellan.

OsrlinxvsKl Aninine-Raxvicz, sénaleur-castellaii-. Paç Louis, sébateUr-castellan.

PiETKiEwicz Louis, iionce de Wilkomierz, |)al. dfe ^yilno. PiRrKiE-vviz Valérien , nonce de Sluçk, pal. de .Aliiisk. PiniRinvsKl Jacqui>s, député de ^^ arsovie, pal. de .Mazovie. PinvRoxvsKi iilichel, député de VA'arsovie, pal. de Mozovie. Pi.ATFR Louis, séuateurcaslcllali.

PiATER (;ésar, nonce de Wilno, pal. de \Vilno. Pi.ATER \\ ladislas, nonce de ^\ ileyka, pal. de Jiinsk. PiiciiTA Antoine , nonce de Brzeziny, pal. de ;\lazovie. PoiETvLLo Aloïs, nonce de (Ihelm, pal. de Lublin. PoLETYLio Jean, sénalcur-castellan.

PosTVBZYtsK! JéSti, déjluté de Radom , pal. de Sandomir. Poloi m Hefman-PilaM ita, nonce de Machno« ka, pal. de Kiiovie. PoTocKi Joseph, nonce de Bielsk, pal. de Bialysiok. PoToçKi Michel, sénateur-caslellan.

Prazmowski Adam , évèque de Ploçk, sénateur. pRZEciszEvvsKi Anloiue , nonce de Rosienié, pal. de ^\ iluo. Pstrokonski Raphaël , nonce de Szadek, pal. de Kalisz. PcszTYMKA Jean , député de Radom , pal. de Sandomir. Radoxski Martin, nonce de Pyzdry, pal. de Kalisz. RiDziwiLL Michel, sénateur-palatin.

Rembielixsri \ iclor, sénateur-castellan.

l^EMBowsKi Antoine , député de Kalisz, pal. de Kalisz. RosTwoRovvsKi Jean-iNepomuç, nonce de (Jzersk, pal. de Mazovie. RnzE-NWERTn Joseph , nonce de ïaniogrod. pal. de Lublin. Riii.iKowsKi Vincent, sénatenr-caslellan.

Sabbatin Xavier, nonce d'Olgopol, pal. de Podolie. SiKRAKowsKi Gaétan , sénaleur-ea.stellan. Skorkovtski Charles-Sarius, évèque de Krakovie, sénateur. Slaski Théodore, nonce de Kieicé, pal. de Krakovie. Si.bBiçKi Augrislin, sénateur-caslellan.

Slubiçki Eugène, nonce de Brzesc-Kuïawski, pal. de iVtazovie. Sni.TVK François, sénateur-castellan.

SoLTYK Romain, nonce de Konskié, pal. de .Sandomir. SoLTVK Stanislas, sénateur-caslellan.

SnLTYK Wladislas, député de Miechow, pal. de Krakovie. Starzexski Joseph , nonce de rykocin, pal. d'Auguslow. Starzy-Xski Ignace, nonce deZiçierz, pal. de Mazovic. Stoiowski Jean, nonce de Lelow , pal. de Krakovie. SicuEÇKi Florian , nome de Wiéluii , pal. de Kalisz. SuciiODoi.sKi Anloiue, nonce dcSolec, palatin de Sandomir. SwiDZixsu Constantin, nonce d'Opoczno, pal, de Sandomir. SwiMvnsKi Etien'ie, nonce de Slanislawow, pal. de Mazovie.

HISTOIRE DE POI.OGAE

SwiRSM .loscpli, iiniicL- (il' llriibics/.o\v, pal. «le l.ulWin.

Szamei;ki Jean-OIncli, doimlcdc Stoltnica, pal. de Krakovie.

SZVMANOW.SM Ale\andrc, nonce de \\ arsovie, pal. de Mazovic.

SzïM(:zvKiEMii:z Jean, nonce de l'iliia, pal. de Krakovie.

SzvMONSKr Sébastien, dépiilé de Pistrkow, pal. de Kalisz.

TARNO>vsh[ Jean-Amor, séiiateur-castellan.

TciiaRZF.wsKi Daniel, nonce de Ilunian, pal. de Kiiovie.

ToMAszEWSKi .loscph-Boncza , nonce de Lipowier, pal. de Kiiovie.

Trzcixski François, nonce d'Orlow , pal. <lc ÎMazovIe.

Ti-iiSKi Jean, nonce de l'Ioçk, pal. de l'Iock.

Tymowski TIjomas-Kanlerbury, nonce de Czcnstorliow , pal. do Kalisz.

TïSZKiF.wicz Tliadc, sénateur-caslellan.

TïSZKiEvvicz ^ incent, nonce de Skwira, pal. de Kiiovie.

Walciinowski .Vndrc, nonce deSzydlow, pal. de Krakovie.

VValewski Ferdinand-Kolonna, nonce de iMiccliovv , pal. de Krakovie.

Z,Ai.E.sM François, nonce de Lukow, pal. de Podlaquie. Z,AMiiiizu-K! Louis, nonce de Brasiaw, pal. de Wilno. ZvmzvNSKi Aimé, nonce de Winniça, pal. de Podolie. ZvuAiizKr Antoine, député de Socliiiczew, pal. de Mazovie. ZiWVAiizKi Wladislas. nonce de Biala, pal. de Poillaquie. y.F.uysKi Jgnace, député de Sandoinir, pal. de Sandomir. ZiKMiRxçKi Josepli, député de W iélun, pal. de Kalisz. Zpiri.vKnwicz Jose|)li, nonce d'Oszniiana, pal. de Wilno. 'A\\A\ \ alentiii, député de Gostyuin, pal. de Mazovic. Z.U iiRKowsM \ alcnlin, député de Warsovie, pal. de .Alazovie.

Ces noms, que nous avons ranjjés par ordre aljdiahélique, couticnuenl les siijuatures ou les adhésions a cet acte. Les treize membres qui se sont abstenus de signer ou d'adliérer sont :

GosTKowsKi Joseph, noucc de Krakovie, palatinjt de Krakovie. Grahowski Stanislas, sénateur-palatin.

GBAiiovvsKi Thomas, sénatcur-castellan.

fiS^^i

Déchéance du tzar Nicolas I" du Irône de Pologne , à la scanco de la diète du 25 janvier 4 831 à Warsovie.

Walewski Michel-Kolonna , nonce de Skalraierz, pal. de Krakovie.

VVaszkiewicz Vincent, député de Brzesc-Kuïawski, paL de Mazovie.

WEvr.LijiSKi Albert, député de Ilrubieszow, pal. de Lublin.

We.vgrzecki Stanislas, senateur-castellan.

We^zïk François, senateur-castellan.

Wenzïk Ignace, nonce de Losiça, pal. de Podlaquie.

VViciiLixsKi Pierre, senateur-castellan.

\ViELOci.owsM Gaspard, senateur-castellan.

VN lELOPOLSKi Alexandre, nonce de Grodno, pal. de Grodno.

■WiEszczYÇKi Hodolphe, nonce de Gostynin, pal. de ^lazovie.

W ISZMEVVSKI Simon, senateur-castellan.

AViszMEVNSM Joseph, député de Kaiwary, pal. il'Augustow.

■VViTKowsKi Clément, député de Mlawa, pal. de Ploçk.

A\ tTKOvvsKi Constantin, nonce de .'\Ilawa, pal. de Ploçk.

WoDzicKi Stanislas, sénateur-palatin.

WoDziNSKi Mathias, sénateui-castellan.

\\oU)\vsKi François, député de Warsovie, pal. de ^lazovie.

■Woiii:Er,i. Stanislas-Gabriel, nonce de l\owno, pal. de Wolynic.

WozMÇKi Michel, sénatcur-castellan.

Wksz^sski Thomas, nonce de Zamosc, pal.de Lublin.

Zaleski Bogdan, nonce de Taraszcza, pal. de Kiiovie.

GuTKOwsKi Jean-ÎMarcel, évèque de Podlaquie, sénateur.

Jabi.onski François, député d'Olkusz, pal. de Krakovie.

Jezierski Jean, nonce de Garwolin, pal. de Podlaquie.

Kr\si\ski Vincent, sénateur-palatin.

PoToçhi Alexandre, senateur-castellan.

SoRoLEWSKi Valentin, sénateur-palatin.

Stabzynski Ignace, nonce de Zgierz, pal. de Mazovic.

Waikvvski Alexandre, senateur-castellan.

A\ iEi.OPoi.SKi Jean, senateur-castellan.

Zamoïski Stanislas, sénateur-palatin, président du sénat.

Par un rapprochement étrange , le nombre treize se retrouve aux époques marquées par l'influence directe de la Russie en Pologne. Ainsi, lors de la factieuse élection d'Auguste II, à Warsovie, en 1697, treize sénateurs portèrent les votes sur le protégé du tzar Pierre I''^. Lors de l'élection d'Auguste 111, à Praga, en 1733, treize sénateurs seulement donnèrent leurs voix à l'élu de la tzarine Anna-Yvanovna. En 17(;4 , les plus actifs partisans de Stanislas-Auguste , l'élu de la Izarine Catherine, étaient aussi au nombre de treize. A la séance de la diète du :i mai 1791 , les principaux opposants à la constitution étaient au nombre de treize sénateurs ou nonces. Le premier noyau de la confédération de Targowiça , en 1792, se composait aussi de /re/ze individus. En 1794, ii l'époque de la révolution, il y eut, tant

HISTOIRE DE POLOGNE

à Wilno qu'à Warsovie, treize exécutions d'hommes politiques, coupables de leur dévouement à la Russie.

L'acte de la déchéance de I 83 1 l'ut communique auv cabinets de l'Occident; il n'y avait donc aucunpréte\te à temporiserai hésiter; alors ces cabinets prétendirent qu'ils entendaient par intervention, intervention purement diplomatique, que c'était tous leurs moyens d'action auprès de la cour de Pélersbourg ; mais que cette voie de conciliation leur était fermée , puisque les Polonais avaient prononcé la déchéance des tzars !...

Malgré les mécomptes, malgré l'absence de tout secours, malgré les hostilités plus ou moins jiatentes de la Prusse et de l'Autriclie, les Polonais soutinrent une lutte victorieuse pendant dix mois consécutifs ; ils prouvaient au monde qu'ils méritaient l'aide et la protection des puissances amies. Abandonnés de tous, ils allaient triompher après des combats sanglants, quand la Russie effrayée pensa que le moment était venu d'entamer des négociations qui avaient pour but de promettre, de tromper et de trahir. Ainsi la Pologne ne

de reconquérir leur patrie. En 1833 et en 1846 ils tentèrent de nouvelles insurrections; il y eut des victimes et des martyrs. En 1848, la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la république à Paris semblaient ouvrir une nouvelle ère à la nationalité polonaise. Les Polonais se dévouèrent encore une fois; mais la république du 24 février abandonna les peuples qu'elle avait surtvcités.

Au grand parlement de Francfort, les Allemands semblaient d'abord être favorables à la Pologne. Les Polonais du pays et ceux de l'cmigratiou en France y envoyèrent des représentants pour plaider la cause de leur patrie. Parmi les premiers, \^ ladislas >iegolewski se fit remarquer par ses talents, son patriotisme et son activité; il parvint il attirer l'attention de l'Allemagne sur la question polonaise en la faisant voir sous sou véritable jour, et il mérita le titre honorable d'advocatus patriiT ; mais le parti libéral allemand dut s'elïacer sous les c'.Vortsdela réaction, contraire auv intérêts de la Pologne.

Ailleurs, c'csl-ii-dire en Italie, en Hongrie et eu Transylvanie, les Polonais défendirent les peuples opprimés contre la soldatesque des

Murt ilu général Joseph Sowinski à Wola , près Warsovie, le 7 sepleoibre 4 831.

succomba pas sous les forces militaires de la Russie, mais sous la triple action de la diplomatie moskovite. Eu effet, lorsqu'cn septembre 1831, la Pologne tombait, elle avait SO.OOn hommes de troupes et un trésor considérable, tandis que la Russie n'avait que 100,000 hommes et un trésor épuisé !...

A l'attaque de ^Yarsovie les Russes eurent près de trente mille hommes hors de combat ; on voit donc que cette capitale aurait pu se défendre si le généralissime polonais n'eût commandé la retraite pour faire régner l'ordre à Varsovie! Ainsi la trahison était consommée !

Parmi les traits de courage qui se multiplièrent dans la révolution du 29 novembre, un des plus beaux faits est cerlaiiicment la mort héroïque du général Joseph Sowinski. Quand le fort de Wola fut enlevé par les Russes , Sowinski se relira dans la chapelle, s'adossa au maitre-autel et se défendit avec un fusil, mais bientôt il succomba sous les baïonnettes moskovites. Cet illustre vétéran des guerres de Aapoléon avait perdu une jambe à la bataille de la Jloskova, ;i Borodino, le 7 septembre 18|2, et il mourut glorieusement dix-huit ans après, jour pour jour, en défendant la plus sainte des causes.

Depuis 1832 le tzar INicolas n'eut plus qu'une pensée : dénationaliser d'abord, cl ensuite assimiler la Pologne ii l'empire russe. L'émifjralion fut la conséquence de ces menaces, et les Polonais se répandirent sur tout le globe pour protester et pour attendre le moment

deux puissances copartageantes. Pendant que la légion polonaise combattait vaillamment en Hongrie, le général Joseph Bem acquérait en Transylvanie une réputation européenne, et son nom seul était la terreur diés Autrichiens et des Russes. Le tzar mit sa tète à prix sans l'obtenir, lorsqu'à la suite de la trahison, la Hongrie succomba, et Bem fut obligé de chercher asile en Turquie, et lorsque la Russie exigeait son extradition, le sullan déclara que Bem s'élanl fait musulman, ne pouvait plus ctrre livré à la Russie. Bem n'était devenu musulman que de nom, et pour calmer les susceptibilités de Nicolas, le sultan consentit à assigner à ce général, Alep pour résidence. A ce moment le tzar élaborait déjà ses projets envahissants contre la Turquie; il redoutait que Bem ne reparût sur le Danube; il cherchait donc à paralyser l'action future d'un ennemi plus redoutable qu'une armée, quand tout à coup le monde apprit que le héros polonais était mort subitement dans la journée du lil décembre l86o!

Dans ce tableau de la Pologne politique, civile et militaire, nous ne pouvons pas oublier comme complément la Pologne industrielle , c'est-à-dire les aptitudes, les richesses et le rôle que la force des choses assigne à ce pays, à l'Exposition universelle actuelle de Paris. A cet effet, nous reproduisons l'article dû à la plume patriotique de M. Christin Ostrowski, article inséré dans le Siècle, journal dévoué

IIISTOlHi; HE J'OLOGiVE.

à 1.1 défonsc de la cause polonaise, par l*orfj;*ne de M. Li Ilaviii, •lirecteiir imliliquc, et .M. Lifoii Plt'c, i--5(lacteur en chef. M. i.i'on Pléi' s'est ili'ji altir(? la reconnaissance de la Poloijne ilans un ouvraj-e inliljk' le /'««.v d'un grand peu/j/e, publié en 1S47, et qui est rriupli (les plus nobles et des plus généreuses sympathies. Kous diiiinons ilc ce livre un passage rcniarquablc , qui porte le caractère d'une prophétie accomplie :

.: ... (^)u'est-ce au fond que l'empire russe? (^'est l'ancien et vague empire des Scythes, pas davantage ! (^yrus a trouvé le terme de ses expéditions dans ce dernier, I\apoléon dans le premier. Les choses n'ont pas changé. La Scythic ne peut pas être conquise. Mais, à peine de mourir, l'Occident ne doit pas supporter qu'elle déborde sur clic.

» l)él)Orde-I-elle, oui ou non? Ou'cst-ce qui la sépare de l'Occident? Uieli. Elle louche à l'Allemagne; elle convoite Constanlinoplc : el:e va peser par deux points sur les pays civilisés; clic va nous envahir sur deux lignes immenses. Est-ce vrai, oui ou non? Est-ce vrai en Euroiie, est-ce vrai en Asie, oii clic touche aux possessioris de la Oarlliage moderne? Est-ce vrai en Amérique , oii elle s'avance et va trouver aussi la race anglaise, l'ossède-l-clle, oui ou non, la plus forte part du globe? Demandez à tous les précis de géographie. Est-elle amliilicuse, est-elle modérée ? demandez à son passé. Portet-elle avec soi la civilisation ? demandez à la Pologne.

u Une (|uestion de vie ou de mort se dresse donc pour l'Europe occidentale, pour l'Europe civilisée. L'attenlai de 18 4G sur krakovic n'a pas fait faire de progrès à cette iiueslion. U a fixé l'attention sur elle : il s'agit d'être ou ne pas être ; non pas demain, après-demain, dans un siècle, mais à un jour qui vient, qui viendra si on ne l'éloigné indéfiniment.

>. La nécessité mettra donc les armes aux mains de l'Europe occidcnlalc, et fera ce que n'auront pu faire les grandes idées. Le premier soin de l'ICuropc occidentale, en prenant les armes, sera de relever la Pologne; le premier soin de la Scythic, en se préparant pour la défense, ce sera d'essayer de se faire des alliés de ses esclaves d'aujourd'hui, eu brisant leurs chaînes.

)' Or, la victoire peut-elle être douteuse? L'Angleterre, l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, la catholicisme, la civilisation, le droit, la justice, l'ordre, l'Iiuinatillé, la («tiilosophie , la liberté se laisseront-elles battre par la Scythie ?

.) Par la raison que lions sommés thrétiélis, et dans notre bon sen?, nous ne le croyons pas.

» Emigrés polonais, vous pouvé?, donc espérer comme vous espérez, sentir votre patrie comme vous la sentez, la loucher du regard et du cœur comme vous la touchez. N ous pouvez préparer la reconstruction du temple et le renouvellement des anciens livres, car la nécessité, le aahfi fuprema hx esio, veulent que le temple soit reconstruit, que les livres ne soient jllus un souvenir. Entre vous et la Scylhie, entre être ou ne pas être. l'Europe, qui sera appelée à décider, choisira nécessairement pour elle et pour vous. Que dis-je ? Elle a choisi, et si la guerre contre les ennemis de l'Occident n'a pas encore fait entendre la voix terrible du canon, elle n'en existe pas moins sourde et implacable. La Pologne esl rétablie dans tous les cœurs justes, libres et sensés. Encore un pas, lelle le sera sut: ce territoire, dont chaque place a été marquée par un sacrifice au devoir cl à la liberté. »

^ oici maintenant les principaux passag-es de l'arllclc dé M. Ctiristin Oslroxvski sur \'exp«^ithin pulunahe .

rt (Jnclque modeste que soit le contingplil fourni par l'industrie polonaise à l'exposition de Paris, nous devous cependant y constater sa présence, soit que ses produits portent la désignation autrichienne, pour la Galicie, ou la désignation prussienne, pour le gnind-duclié de PoscM. La Uussie seule, parmi tous les Etats de l'Europe, a brillé par sou absence complète à ce grand concours de la civilisation moderne, el la malheureuse proviiicc, échue depuis 1RI5 à sa tutelle, c'esl-ii-dire au moins les trois quarts de la Pologne démembrée, a liù nécissairemeiil s'abstenir à l'exemple de la métropole, (.'c n'est donc que pour une portion très-minime de son territoire , que la Pologne a pu se faire représenter, et encore sous un nom apocryphe qui lui est tout aussi étranger cl peu sympathique que celui de la llussie. Ajoulons-y que les circonstances actuelles, dont le poids se fiit ressentir dans toute son étendue, ont considérablement amoindri son mouvement industriel, en l'excluant presque tout entière de ce concours fraternel des nations; que ses grandes fabriques, fondées durant sa période d'indépendance restreinte, de 1815 à 1830, sont pour la plupart tombées ou même fatalement anéanties : comme par exemple la ville de Zgierz, nag-uère florissante, qui envoyait des draps polonais jusqu'aux frontières ile la Chine, aujourd'hui ruinée, dépeuplée ; car le tzar a fait déporter tous les f-ibricanls dans l'intérieur de la Uussie, et enrôler tous les ouvriers dans les régiments du Kaukase... Quant aux draps de prix, les bures grossières fab.iqilfcs par les mnugiks lui sufliront amplement pour vêlir ses soldats et ses officiers. Il en est de même des fabriques de drap d'Ozorkoxi , de TomaszoM , de Uawa; des usines de Bobrza , de Bialogon, de Kielcé, etc.

Il ne faut donc pas s'étonner si ce pays, jadis un des plus pioduc-

tifs du mohde entier, désigné dès le xV siècle du nom de grenier de l'Europe , n'ait pu révéler sou existence que par quelques échantillons attestant sa grandeur déchue et sa fécondité tarie par l'esclavage. La Pologne entière, unie, ne se trouve pas parmi les peuples de l'Europe, elle ne peut donc se trouver à l'exposition universelle. Quoi (|u'il en soit, recueillons avec soin, avec dévotion, celle étincelle de sa vie inextinguible, comme un indice certain de ce qu'elle deviendra dans l'avenir, dès qu'elle sera rendue à la liberté ;i la civilisation, a elle-même; dès qu'elle aura cessé d'enfanter pour la mort, de nourrir ses ennemis, d'enrichir ses spoliateurs et ses bourreaux...

» JNous Voyons d'abord les magnifiques échantillons envoyés par les deux provinces de Galicie et de Posen, el que nous regrettons de ne pjM Voir assemblés en faisceau, cominé on l'a fait pour les produits de l'Algérie, afin de pouxoir apprécier d'un coup-d'œil leurs qualités et les comparer avec ceux des autres contrées. Kous les réunirons toutefois dans celle rajûde énuméralion.

» Ce sont d'abord les minerais de fer, les fontes et les fers forges de l'est des Karpates, envoyés par la chambre de commerce de Léupol; le soufre brul et raffiné des mines de Swoszoxvicé, près de Krakovie: le naplite, le goudron et l'asphalte de E'ustanoxiicé ; le bois d'orme de la Sociélé d'économie rurale de Léopol : la térébenthine de llzcmien , près de ïarnoxv; celle de Milkoxv, près de Zolkiew; les fèves, le chènevis et les grains de tréUc de Bolozoxvicé , près de StanisIa«ox\ ; le tabac de semence hollandaise de Chomiakowka, près de Gznrlkow, la laine fine de la Sociclé rurale de Léupol ; le miel et la cire de Brtryszkowicé, près de O.ortkow; les liqueurs de Léopol; le lin de liorki. Puis, eu fait de produits manufacturés, l'appareil pour l'évaporation du jUs de sucre par retour de la vapeur de Uolaiuski, à \ ieiiUCs les machines agricoles et l'affût pour marine d'Et-itest Bludoxvski ; les fils de laine teints et non teints de Lisoxvicé, près de (]zorkoxV ; les treillis à sacs de Przeworsk, près de Rzcszoxi , el enfin tts vêtements, qiii allireul à la fois nos regards et nos cceurt, désignés daUs le catalogue sous le numéro i5tG , comme suit : « lia bit >) national de paysan dil sukmâna l'ait de drap ordinaire de (jalieic. » Drap ordinaire, si l'on veut, mais quel merveilleux traxail! quel luxe debi-oderiesen ruban de laine colorée sur fond blahcoubrun foncé!...

Remarquons que la Iranclie méridionale de la Galicie, celle qui longe les Kiirpate», a exposé bien plus de prodiiits que l'autre, avoisinanl la W islulé el le San, cort\me si le souille empesté de la Russie inculte el déseilfe tarissait jusque chez ses voisins les sources de la production, secondée J>ar Ife travail et l'intelligence humaine; • Oii mon cheval a passé, l'herbe cesse de croître, les champs deviennent stériles! » disait Attila ; et le barbare avait trois fois raison. Le despotisme russe iifenl en même ien)|« du simoun du Sahal-a et de l'hiver de Sibérie : il renverse les villes^ tue les habitants el pétrifie les cadavres.

u Les pi-odnlts du grand-duché de Posen, sans doute à cause de la siiualion narliculière de la Prusse en face des puissances de l'Occiden" . sont beaucoup moins nombreux et moins variés que ceux de la (ialicie; il serait difficile de les classer dans un ordre systématique : on les croirait plu'.ôt jetés au hasard et à la dérobée sur les étalages de l'Exposition comme les épax'cs d'Uh naufrage. Signalons toutefois les douves de chêne de Posen . le fromenl blanc , les laines brutes el lavées de Laszyzywiee, le sulfate d'ammoniaque extrait de la tourbe, el le gilano Je "7Vftl , extrait des cheveux, de la corne, des cuirs, des cliilVons, etc., ctfe'.} la bière d'orge de I>anzig, les pontons portatifs de toile à voile gommée de F. Oswiccimski » h Berlin; les soies grèges et dévidées de Paradyz près de M'edzvrzee JMeserilz); les tapis de pelleterie de Leszno (Lissa), el enfin l'ambre jaune de Danzig, travaillé en bijoux, colliers, bouquins et autres objets dont nos villageoises font un si grand cas...

» Les arts d'agrément n'ont pas été non plus oubliés : beaucoup d'excellent» Jiiânos, signés par dés facteurs polonais, ont été envoyés à l'exposition. Citons en première lighe celui de AViszniexvski jeune, de Danzig...

» Yoilà pour les produits des deux provinces polonaises, énnnlél-és d'une manière toute sommaire et nécessairement incomplète. Ajoutons-y que les faux polonaises, qui occupent le sommet de la pyramide des instruments aratoires dans l'annexe, quoique les plus Courtes, sont réputées les meilleures; que les farines, les blés en gerbes, et surtout les laines provenant de noire industrie agricole, sont, de l'aveu de tous, de premier ordre, el ne souffrent aucune comparaisôb.

» A côté de ces cnxois de la Pologne elle-même se trouvent les produits exposés par les réfugiés établis sur tous les points de l'Europe , et qui n'ont pas voulu rester étrangers à son mouvement iuduslriel. O sbnl d'abord les pianos de M. Jaslrzembsld , facteur du roi des Belges, pariui lesquels nous avons remarqué un piano droit transpositeiir en palissandre, de six octaves trois quarts, richenieiil sculpté cl garni de bronzes d'un goiit exquis, et qui lui à déjà Valu la price-medal à l'exposition de Londres.

)) L'horlogerie de Palek, de Genève, est digue dc sa réputation européenne. Ses montres microscopiques pour lorgnons, bracelcis, colliers et flîcoiis dc senteur, sont des chefs-d'œuvre de précision , de délicatesse el de bon goût. Ses chronomètres de poche ont toute la régularité des grandes montres de marine.

HISTOIRE DE POLOGÎN'E.

I) M. IVctrebski, ancien élève de l'école centrale de Paris, a inventé une machine à vapeur à cylindre mobile et oscillant d'une simplicité remarquable.

)) Les modèles d'estampes, de gravures sur bois, d'imprimés et de lithographies sur papier non préparé de l'invention d'Adam Pililiski, à Paris, sont, pour la composition comme pour le lini, dighés des jdils grands éloges, ainsi que les dessins de LubiensUi pour impressioiis sur élofTes. La verrière de madame Hermanowska, de Troyes, peinte en émail, est d'un dessin irréprochable.

11 Parmi les produits de l'Algérie, les oranges, les fèves, les pavots, les farines de blé tendre et dur, etc., de M. K.aczanowski4 frappent tous les yeux par leur magnificence, leur éclat, leur maturité. Un lils d'agriculteur polonais ne pouvait plus noblement employer son temps.

son activité, son iiitelligéucc, que d'olTrir en hommage à la France des fruits tirés du sein île celle terre conquise sur le désert et fécondée aussi par le sang polonais.

1) Citons encore pour ménioire le plan de drainage de Koscieski , au Bois-le-Houx; le compteur ii l'usage des usines de ^L Gaiewski , » (^orbcil; les tissus ittiperméables et les mesures linéaires sur rubans de ^1. Dybowski, à Charonne; les impressions sur châles, mérinos, foulards, crêpes de Chine, de Stanowicz, à Paris ; les chocolats et dragées de Lemanski, à Reims; les fils de laine, draps de castors et cuirs de Wilkowski, k Vire; les armures, coffres et ornements anciens, reproduits en fer et en acier par ^Vendeski ; les papiers de luxe et de bureau, les étiquettes gaufrées de F. Appelt, et enfin les machines ingénieuses à compter de M. Joseph Baranoxvski, à Paris. »

DV-NASTIE lies LECHS.

Lech I".

biO-'ào

\A izimir 1'^''.

XII Palatins.

Page 1