‹ Histoire de la guerre de 1870-1871Chapitre 7 sur 25 · JOURNÉE DU 3L · texte numérisé non relu

JOURNÉE DU 3L

Le maréchal Mac-Mahon et le général Douay se croisèrent dans Sedan. Le maréchal, qui n'avait sans doute pas dormi depuis plusieurs nuits ,

paraissait très -fatigué. Il s'entretînt, pendant quelque temps, avec le commandant du 7* corps, de l'état des troupes et de la situation générale , mais il ne parut pas croire à l'imminence d'une attaque. Le maréchal n'évaluait pas la masse des forces ennemies qu'il avait devant lui, à plus de 60 à 70,000 hommes'.

Les abords de Sedan, du côté du village de Floing, ayant été assignés pour campement aux divisions de son corps d'armée, le général Douay monta sur le plateau de l'Algérie. Là, il visita d'abord les positions de ses troupes ; puis il parcourut ce plateau, de trois à quatre kilomètres de long, qui, sur la gauche, en face de Floing, va en s' abaissant vers la Meuse, et dont la droite se relie, par les bois de la Garenne , à la route de Sedan à Givonne. Il remarqua, en face de lui, deux points particulièrement menaçants : à gauche, un mamelon situé au-dessus de Floing ; à droite, le calvaire d'Illy , clef de la position, situé au nord des bois de la Garenne.

L'effectif de ses troupes mettait le général dans l'impossibilité de s'étendre jusque sur ces deux

* Le marëchal, dans un entretien que j'avais eu avec lui à Slonne, croyait pouvoir porter de 60 à 70,000 hommes la masse totale des forces ennemies « qui pouvaient lui être » opposées de ce côté de la Meuse » • (Rapport du général Lebrun.)

iU SEDAN.

positions. Gonvainca que le moment d'upe lutte sérieuse était proche, il revint à Sedan, avecle général Renson, son chef d'état-major, pour rendre compte au maréchal de ses observations.

Bien que préoccupé de la situation, le maréchal ne parut pas cependant partager les appréhensions du général à un aussi haut degré que lui : tt Je ne vi*ux pas m' enfermer dans des lignes, » lui dit-il , je veux être Ubre de manœuvrer. — » Monsieur le maréchal, lui répondit le commann dant du 7* corps, demain l'ennemi ne vous en n laissera pas le temps. »

Le général remonta à Y Algérie. Pendant ce temps, les armées allemandes manoeuvraient pour refouler l'armée française entre la Meuse et la frontière belge : à droite, le prince royal de Saxe faisait avancer sur Messincourt et Pouru, le corps de la garde qui avait passé le Chiers à Carignan ; sur Douzy, le XIP corps qui avait passé la Meuse à Mouzon ; le long de la rive gauche de la Meuse, le IV* corps ; tandis qu'à gauche, le prince royal de Prusse lançait, sur Bazeilles, le P' Bavarois suivi de près par le IP, et se portait, de sa personne, sur Donchery avec le XP corps. Le V* corps lui servait de réserve; le VP, avec les V* et vr divisions de cavalerie, couvrait son flanc gauche.

L'ennemi avait su mettre le temps à profit et

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se servir du pont de Blagny ' et du pont de Carîgnan, ce dernier demeuré intact après le passage de nos troupes, faute de poudre pour le faire sauter. Il en fut de même de celui de Douzy, que le XIP corps put franchir sans difficultés vers midi, à la suite des troupes du général Duc rot.

En cet instant, un combat des plus vifs avait lieu entre le 12*^ corps (Lebrun) et Favant-garde du P' Bavarois. Le général de Tann s'était avancé jusqu'à Rémilly, et avait établi ses batteries sur la rive gauche de la Meuse. Apercevant de là les colonnes du 12" corps en marche vers Bazeilles et les hauteurs de la Moncelle, il avait ouvert sur elles le feu de son artillerie et s'était hâté d'arriver au pont du chemin de fer de Bazeilles. Comme on ne l'avait pas fait sauter, il donna l'ordre à son infanterie de l'aborder, et il tenta d'enlever Bazeilles, que le général Lebrun avait fait occuper, dès le début, par la brigade Cambriels (division Grandchamp), et qu'il fit appuyer, bientôt après, par la brigade Martin des Pallières (division Vassoignes). Cette brigade repoussa brillamment l'attaque des Bavarois et les empêcha d'entrer dans Bazeilles. Toutefois, l'ennemi resta maître du pont du chemin de fer, et s'y retrancha solide-

* Le pont de Blagny est situé à 2 kilomèti-es en amont de Garig[nan.

njent, en attendant que le prince royal de Saxe pût entrer sérieusement en ligne.

Pendant ce temps, le général Ducrot, dont quelques batteries avaient pris part à la lutte de cette journée, était arrivé à Franche val et gagnait lentement lUy, en marchant en colonnes par échelons. Mais, vers cinq heures, près du village de Givonne, il fut rappelé par un ordre du maréchal qui lui prescrivait de venir prendre position entre Balan et Bazeilles, et d'envover son chef d'état-major recevoir des instructions.

A cinq heures et demie, se trouvaient réunis dans le cabinet du maréchal, le général de Wimpffen, arrivé de Paris la veille, et qui avait remplacé, le matin, le général de Failly dans le commandement du 5* corps ; le général Lebrun ; le général Robert, chef d'état-major du 1*' corps, et le chef d'escadrons d'état-major Seigland, aide de camp du général Douay.

Après que chacun des officiers généraux présents eut fait connaître au maréchal les incidents de la journée et les positions sur lesquelles leurs troupes se trouvaient établies, que celui-ci eut assigné au 1*' corps les hauteurs de Givonne et de Daigny, le commandant Seigland rendit compte de sa mission. Il donna quelques détails sur les faits signalés par le général Douay, au maréchal, dans un billet apporté, peu auparavant, par le ca-

pitaîne de Fayet. Vers quatre heures, un ancien militaire, habitant du pays, était venu informer le général Douay que l'ennemi se préparait à passer la Meuse à Donchery , et « qu'il y avait là toute une armée » . Nous avions, en efifet, distingué au loin, sur la rive gauche de la Meuse, les colonnes prussiennes se dirigeant sur ce point. Alors, le général s'était décidé à faire lever son camp établi sur le plateau de Y Algérie, pour le transporter en face de Floing et d'Illy, sur des positions qu'il pressentait devoir être attaquées le lendemain, et il se hâtait de prévenir le maréchal de ses nouvelles dispositions. Toutefois , U faisait observer au commandant en chef de l'armée, que sa !'• division étant fort réduite (par suite de la participation qu'elle avait eue à la journée du 30, et de la fausse direction suivie, depuis, par deux de ses bataillons), le 7* corps allait avoir à occuper une bien grande étendue de terrain pour se relier au reste de l'armée.

Le maréchal répondit qu'il ne pouvait pas envoyer de troupes au 7* corps, et que le général Douay devait prendre ses mesures pour occuper tout le plateau, y compris les bois situés au nordest. Au surplus, il laissait au général toute liberté de se retrancher dans ses positions. « Telle est n l'intention du général, dît l'aide de camp, et s'il fi n'a pas fait commencer plus tôt les travaux né-

itS SEDAN.

» cessaires , c*est que ses troupes sont aiTivées le w matin , exténuées par les marches incessantes » des jours précédents et de cette nuit. »

Le maréchal réfléchit alors pendant un instant, puis, s'adressant au général de WimpfFen dont le corps devait être tenu en réserve sous les murs de Sedan , il lui demanda s'il ne pouvait pas disposer de quelques troupes.

Sur la réponse affirmative du général, il fut décidé que la 1" brigade de la division l'Abadie serait envoyée le lendemain matin, pour relier solidement la droite du T corps à là gauche du l*'.

On levait la séance quand arriva un colonel d'infanterie de marine. Son régiment occupait Bazeilles, et il venait demander s'il fallait faire sauter le pont.

« Certainement , et tout de suite » , s'écria le maréchal. Alors fut soulevée la question de savoir si les fourneaux de mine avaient ou non été chargés. Le colonel crut pouvoir assurer qu'ils ne l'étaient pas. Le maréchal dit qu'il en avait donné l'ordre formel et qu'on lui avait rendu compte que tout était prêt. Le général Lebrun affirma qu'on lui avait rapporté le contraire.

Bref, le maréchal congédia le colonel en lui répétant qu'il fallait, absolument, faire sauterie pont.

Soit que les fourneaux de mine ne fussent pas

chargés, soit que les chasseurs bavarois eussent rendu impossible l'exécution de cet ordre , le pont de Bazeilles ne fut pas détruit.

Voici quelles étaient, autour de Sedan, les positions sur lesquelles l'armée française et l'armée prussienne étaient établies le 31 au soir :

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