BATAILLE DE FORBACH
bronn. Un hasard singulier le fait, à son tour, tomber presque à l'endroit qu'il a vanté.
En même temps que les canons du Prince Royal tonnent là-bas à Wœrth, la division Kamecke franchit les ponts intacts de la Sarre. Son chef a pris le léger recul de Frossard pour une retraite, et va donner droit dans la division Laveaucoupet, établie sur le Rothberg, et dans la division Vergé, à Stiring. Il paye son audace, est écrasé à demi. Mais déjà voici les renforts, pas essoufflés des bataillons, galop des chevaux, trains à toute vapeur. C'est la même aventure qu'à Wœrth, les avant-gardes prussiennes trop hardies, le gros volant au canon, avec une solidarité exemplaire.
Frossard n'aurait qu'à se lancer, culbuter dans la Sarre ces masses qui accourent une à une. C'est, par malheur, un officier du génie, un spécialiste des plus savants. Il s'est couvert de renommée à Sébastopol, dans les tranchées. Excellent ingé- frossard.
nieur, il est tacticien médiocre. Il ne bouge pas. En vain Laveaucoupet, Vergé, Bataille qui le renforcent, luttent-ils, depuis midi, pied à pied. Forbach est tourné sur la gauche, le flot ennemi monte toujours, bat sauvagement ces falaises escarpées et ces bois où nos soldats se font tuer. Quand la nuit tombe, la marée victorieuse couronne les hauteurs ; son assaut acharné, grossi d'heure en heure, jusqu'à 70000 hommes, i fini par enfoncer, précipiter à la dérive les 29000 hommes et les canons du 2" corps.
Quant à Bazaine et à ses quatre divisionnaires, qui sont tout près, ils n'ont pas bronché, ou si peu que rien.
On entend garder pour soi ses propres forces ; on n'aime pas non plus « le maître d'école »... Frossard tient sa bataille, c'est bon, qu'il y ramasse seul son bâton de maréchal ! « Puisqu'il est si savant, — dit l'un qui entend le canon, attend l'arme au pied, — qu'il s'en tire ! » Egoïste et criminelle inertie, que le contraste du dévouement ennemi fait plus pénible encore.
5 Kil.
Français. Allemands.
BATAILLE DE SPICKEREN OU DE FORBACH (6 aOÛt).
Positions des deux armées vers 5 heures du soir.
Certes, 223 officiers et 4648 soldats allemands tués ou blessés attestaient une laborieuse victoire. Mais Frossard perdait de son côté plus de 4000 hommes, 1 900 prisonniers, trois camps de tentes, tous ses bagages. Et le plus rude c'était, moins encore ce cruel bilan, que la défaite en soi, les autres corps rojetés sur Metz en contrecoup, cl par toute la France, le prolongement sinistre. A