‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 2)Chapitre 6 sur 43 · LES CAUSES DE LA. GUERRE · texte numérisé non relu

LES CAUSES DE LA. GUERRE

prétendait que le territoire c|ue les Chiliens commençaient à peupler, était compris dans ses limites, d'après le principe" de rUtipossidelû de iSiO.

Le Chili répondit à ces réclamations d'un ton è la fois ferme et modéré, en évitant scrupuleusement les provocations belliqueuses. Chaque partie produisit ses documents historiques, et l'une et l'autre montrait la confiance la plus absolue, dans la légitimité de ses titres. Il y eut un onoment où cette discussion fut sur le point de se changer en une rupture armée.

Le 5 juin 1863, l'assemblée législative de la Bolivie vota une loi conçue en ces termes : « Le pouvoir exécutif est autorisé à déclarer la guerre au gouvernement de la république du Chili, si, après avoir épuisé les moyens de conciliation par voie diplomatique, il n'obtient pas la restitution du territoire usurpé, ou au moins une solution pacifique, compatible avec la dignité nationale. »

Le gouverneme]^ du Chili écouta avec calme, et pour ainsi dire avec indiflérencc, cette provocation si inopportune et si contraire aiix règles. Et, malgré les exigences d'une partie de la presse et de quelques députés qui voulaient suspendre toute négociation avec la Bolivie à moins que cette déclaration ne fût retirée, il continua à négocier, et il reçut même à Santiago UB nouveau ministre plénipotentiaire de ce pays.

Tout d'abord, ces négociations ne conduisirent à aucun ré- . Bultat pratique; mais enfin, le 10 août 1866, on signa un traité qui paraissait devoir mettre un terme à toutes ces questions, Dansl'intérètdelapaixetdelabonne harmonie entre deux Étals voisins, le Chili limitait sa souveraineté effective au 24° degré de latitude sud. Mais en compensation, il fut convenu que le produit des dépôts et des droits de douanes à percevoir sur l'exportation des minéraux extraits du territoire entre le 23° et le iH" degré, seraient répartis par moitié entre les deux gouvernements. U fut stipulé, en outre, que les deux Etats payeraient également par moitié une indemnité de 80,000 piastres (400,000 francs), qui était due à divers particuliers.

AQn de faire mieux comprendre l'esprit de cette stipulation, nous devons dire que toutes les industries établies dans le territoire compris entre le 23* et le 25° degré, étaient exploitées par des citoyens et des capitaux chiliens.

Y eut-i) là une faute de la part du gouvernement chilien? Le temps est venu démontrer bien vite l'erreur qu'il avait commise, en comptant qu'un pacte de cette nature pouvait raffermir la paix entre les deux États. Pour qu'un semblable traité produisit les résultats qu'on en espérait, il aurait fallu que les parties contractantes eussent pu compter sur des gouvernements stables, sérieux et animés d'un égal respect pour les stipulations établies. Il aurait fallu que l'on eût eu de part et d'autre, et au même degré, la ferme intention de remplir loyalement les engagements financiers qu'on avait contractés.

Sous tous les points de vue, le Chili avait mis ses intérêts en péril par le traité de 1866.

En effet, il commença par payer les 40,000 piastres (200,000 francs), que les stipulations du traité avaient mises à sa charge. Pour la Bolivie, elle oublia complètement cet engagement. Le Chili était expressément autorisé à nommer des contrôleurs dans les bureaux de douanes du territoire en question; et cela en vertu de l'article 3 du traité, qui dit textuellement ce qui suit ; « Le gouvernement du Chili pourra nommer un t ou plusieurs employés qui, investis d'un droit parfait de « surveillance, pourront vérifier le compte des entrées de la n douane, et percevoir dans le même établissement, directe- « ment et par trimestre, la part de bénéfices qui correspond au « Chili. ..

Malgré une prescription aussi formelle, non seulement la Bolivie n'a jamais payé un centime au Chili, pour la part qui lui revenait des droits de douane qu'elle avait perçus, mais encore, sous prétexte que le droit d'intervention de la part du Chili limitait sa souveraineté nationale, elle arrêta l'action des employés de ce pays, et s'opposa à l'inspection des comptes. Une pareille conduite, qui constituai! une violation flagrante d'un pacte solennel, ne peut trouver son explication que dans le fait suivant, consigné dans les documents officiels de la Bolivie : Jusqu'au commencement de 1873, on n'avait aucun livre de comptabilité dans les douanes d'Ântofagasta et de Mejillones, les seules existantes dans le territoire exploité en commun. Les bureaux de douane avaient perçu des sommes très considérables à titre de droits fiscaux , dont la moitié appartenait au Chili, et l'autre à la Bolivie. Mais il n'y avait pas

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un seul livre, un seul papier qui constatât le chiflre auquel s'élevaient ces entrées, et bien moins la destination qu'on leur avait donnée. Il y avait seulement deux faits réels, indiscutables : la caisse était vide et le Chili n'avait pas reçu un centime.

Cette situation anormale devint encore plus intolérable, quand les industries chiliennes, établies sur ce territoire, prirent une plus grande extension. De 1866 à 1868, deux citoyens chiliens découvrirent dans ces contrées de vastes dépôts de nitrate de soude et de borax. Ils sollicitèrent et obtinrent du gouvernement bolivien la concession de divers terrains salpétriens aux conditions suivantes : Les concessionnaires devaient payer h. l'État une patente de 10,000 piastres (50,000 francs). Ils devaient construire à leurs frais un môle dans le port d' Antofagasta ; ils devaient ouvrir vers l'intérieur vingt-cinq lieues de chemin carrossable, et enfin établir, également à leurs frais, des dépôts d'eau et des abris pour les voyageurs.

Ces conditions furent remplies et au delà par les concessionnaires. Une société anonyme s'organisa au Chili pour l'exploitation des salpélrières, et les capitaux chiliens affluèrent dans ces parages, La compagnie paya ponctuellement la patente de 30,000 francs, elle construisit le mâle à Antofagasta, elle établit les dépôts d'eau et les auberges dans les endroits indiqués et, enfin, au lieu de la route carrossable qu'elle s'était obligée à ouvrir, elle construisit un chemin de fer. Les dépenses de ces divers travaux et des constructions nécessaires à l'exploitation, montèrent à 6.000,000 de piastres (30.000,000 de francs).

A la même époque, en 1870, un autre fils du Chili, non moins entreprenant^ s'enfonçait dans le désert d'Atacama. Après des fatigues sans nombre, il pénétra dans des montagnes arides et inhospitalières qu'un pied humain n'avait peutêtre jamais foulées, et là, un peu au sud du S!3° degré de latilude sud, il découvritles riches mines d'argent de Caracoles. A cette nouvelle les capitaux chiliens ne se firent pas attendre. Sans se laisser arrêter par les difficultés d'une entreprise si colossale, on apporta de l'eau, des vivres et des fourrages; on y transporta des bois pour la construction des maisons. Ces hardis travailleurs bravaient avec un égal courage, pendant le jour, l'ardeur du soleil des tropiques, et pendant la nuit le

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froid intense de ces déserts au climat Inégal et extrême. Lc9 infatigables industriels du Chili y bAltrent une ville, qui acquit en peu de temps une certaine importance. Le commerce se développa rapidement dans cet endroit, et Caracoles, ainsi que le port d'AntofagasIa devinrent le centre de grandes spéculation» industrielles et commerciales. Les droits perçus depuis tors par les bureauiL de douanes établis dans le territoire compris entre le 23' et le 25' degré, furent plus considérables et, par conséquent, plus flagrante encore la violation du traité de 1866; celle violation privait le Chili de la moitié qui lui revenait sur ces contributions.

Sur ces entrefaites, il éclata une nouvelle révolution en Bolivie. Le gouvernement qui avait signé ce pacte fut renversé en 187J, La nouvelle administration, comme toutes celles qui naissent d'un mouvement révolutionnaire, déclara que le gouvernement déchu avait laissé des souvenirs funestes dans le pays, et que, pour cette raison, elle avait l'intention d'annuler tous ses actes, même ceux qui provenaient d'un pacte international, ou d'un contrat constituant une propriété acquise à titre onéreux.

Deux ingénieurs, l'un nommé par le Chili, l'autre parla Bolivie, avaient tracé la ligne de démarcation en vertu du traité de 1866. C'était un acte sanctionné et consommé. On prétendit en Bolivie que ce tracé était mal fait, et qu'il fallait le refaire. Le gouvernement du Chili ne perdit pas son calme au milieu de ces dlfiicultés et de la négation de ses droits, et, au lieu de prendre une attitude résolue et belliqueuse, il préféra ouvrir de nouvelles négociations. La compagnie d'Antoff^asta, pour sa part, se résigna à soumettre son contrat à l'approbation du nouveau gouvernement de Bolivie.

Cependant les négociations diplomatiques ne marchaient pas avec la rapidité que le Chili aurait voulu leur imprimer. Les fréquentes révolutions survenues en Bolivie venaient paralyser à chaque pas les travaux pacifiques de la diplomatie. Un jour le président dissout à main armée rassemblée législative de Bolivie. Trois jours après, ce même président, à la soriie d'un festin dans lequel il avait accablé d'injures quelques-uns des chefs militaires, tomba mort, le corps percé de sept balles. Malgré ces faits déplorables, le réprésentant

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du Chili continua à négocier avec une persévérance digne d'un meilleur sort; et enfin, le 6 décembre 1872, il signa à la Paz, capitale de la Bolivie, un traité, en neuf articles, destiné à résoudre, confonnément aux dispositione du pacte de 1865, i( les questions accidentelles » qui avaient pu surgir.

Cette convention était de la part du Chili une nouvelle concession en faveur de la paix. L'article 6 stipulait qu'avant de payer la moitié lui revenant pour sa part dans les droits d'exportation dea minéraux exploités, dans le territoire compris entre le 23' et le 23' degré, la Bolivie mettrait de côté la somme qu'elle croirait nécessaire pour payer les employés qu'elle aurait à entretenir dans cette région. Cette république pouvait donc assigner les traitements et gralifications qu'elle voudrait, et fixer comme il lui plairait le nombre de ces employés, dans la confiance que le Chili payerait la moitié, mais la moitié seulement des dites sommes, en supposant qu'on procédât avec une loyauté que les antécédents de cette affaire ne permettaient guère d'espérer.

Au Chili, la presse et les chambres reconnurent les graves inconvénients de cette convention, qui obligeait la république à payer des employés à la nomination desquels elle n'avait aucune participation ; cependant, dans son désir d'éviter toute cause de conflit, le congrès approuva la convention complémentaire, le 8 janvier 1873.

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