AVERTISSEMENT
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L'histoire de la Jacquerie est le travail par lequel Siméon Luce, de très regrettée mémoire, a débuté dans la carrière où il obtint de si éclatants et si légitimes succès. Il en recueillit les matériaux pendant qu'il était encore sur les bancs de l'École des chartes. Ce fut la recherche des documents propres à fixer la chronologie des terribles événements de l'année 1358, à révéler les noms et la condition des acteurs ou des comparses, et à délimiter le théâtre de l'action, qui l'amena à dépouiller les registres du Trésor des chartes, et ceux du Parlement, dont il devait, dans la suite, faire un si fructueux usage pour commenter les Chroniques de Froissart et pour peindre l'état de la France au temps de Du Guesclin. Ce fut, d'autre part, le besoin de saisir l'impression laissée sur l'imagination des contemporains par les sinistres épisodes de la Jacquerie qui lui fit lire et comparer les récits des chroniqueurs, et lui fit reconnaître l'importance d'une œuvre, jusqu'alors oubliée, qu'il devait bientôt publier pour la Société de l'histoire de France, sous le titre de « Chronique des quatre premiers Valois. »
Le résultat dépassa les espérances qu'avait pu conce-
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voir le jeune élève de TÉcole des chartes. La thèse qu'il soutint au mois de novembre 1858, pour obtenir le diplôme d'archiviste-paléographe, fut remarquée par les examinateurs. Elle ne tarda pas à être imprimée : présentée sous cette forme à la Faculté des lettres de Paris, avec une dissertation latine sur le poème de Gaidon, elle valut à son auteur le grade de docteur.
Siméon Luce ne s'était pas laissé aveugler par l'accueil que le public éclairé avait fait à son Essai sur l'histoire de la Jacquerie. Il lui sembla que, pour mieux justifier les jugements flatteurs dont ce petit livre avait été l'objet, il devait le reprendre en sous-œuvre, et en développer les différentes parties. Il ne perdit jamais de vue ce projet, et il amassa patiemment les matériaux qui, dans sa pensée, devaient le mettre à même de refondre son travail primitif, et de tracer, dans la maturité de son talent, un tableau de la Jacquerie qui aurait dignement tenu sa place à côté de la Jeunesse de Du Guesclin et de Jeanne d'Arc à Domremy.
La rédaction n'en était pas commencée quand une mort soudaine et prématurée a détruit toutes les espérances que nous étions en droit de fonder sur l'ardeur et l'activité de l'éminent historien.
Il importait cependant de faire jouir le public d'une partie au moins du travail auquel Siméon Luce s'était livré en vue d'une seconde édition de l'Histoire de la Jacquerie. Nous avons dû reproduire le corps de l'ouvrage tel qu'il avait paru en 1859. On y trouvera seulement quelques modifications de détail, dont la plupart avaient été marquées par l'auteur sur les
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marges de son exemplaire; les citations ont été mises en harmonie avec les éditions des Chroniques de Froissart, de la Chronique des quatre premiers Valois, et de la Chronique normande du xiv° siècle, publiées par la Société de l'histoire de France depuis Tapparition de l'Histoire de la Jacquerie. Rien d'essentiel n'a été changé, ni dans le récit des événements, ni dans les jugements portés sur les causes et le caractère des insurrections populaires qui troublèrent si profondément plusieurs de nos provinces au cours de l'année 1358. Mais l'Appendice, qui forme la seconde partie du volume, constitue une œuvre tout à fait nouvelle et dont le germe seul existait dans la première édition. Nous en avons trouvé tous les éléments dans les papiers de Siméon Luce, qui avait copié ou fait copier dans les registres du Trésor des chartes tous les documents se rapportant directement ou indirectement à la Jacquerie. Les plus curieux ont été reproduits textuellement; l'analyse des autres a permis de signaler en détail une foule de petits épisodes de la Jacquerie, qui ont leur place marquée dans les annales de beaucoup de localités de l'Ile-de- France, delà Picardie et delà Champagne. Ces analyses ont été disposées suivant l'ordre alphabétique des noms des villes et villages qu'elles concernent. Elles remplacent une simple nomenclature, qui, sous le titre de « Tableau des principales localités qui furent le. théâtre . des effrois, » occupait quatre pages de la première édition.
A Taide d'une aussi riche collection de textes nouveaux,'que de scènes .curieuses et variées Siméon Luce