‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 11 sur 202 · LES GHAHHAIRIEMS ET LA GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

LES GHAHHAIRIEMS ET LA GRAMMAIRE

« Réflexions ». Ces ouvrages sont de caractère dogmatique ; cependant Andry a pris scinde défendre les auteurs jansénistes des traités de morale que le P. Bouhours avait si fort attaqués ; ce qui lui valut une réplique de la part de Vichard de Saint-Réal, dans son livre De taCrilique (Lyon, Anisson, (691). Andry nous apprend moins ffu'Alemand sur la pratique des auteurs, mais il a de très bonnes remarques qui ne sont que cbez lui seul, La Touche, qui était bon juge, pensait déjà qu'il avait fait d'assez bonnes découvertes (Art de bien parler, Av' de la 2" partie), et il s'en est servi à plusieurs endroits. Quiconque voudra étudier cette époque devra le faire aussi.

Chevreau < . — Il est impossible aussi de négliger Chevreau dont j'ai eu souvent l'occasion de citer le nom dans le volume préeédeat. Il a cultivé tous les genres, mais sans jamais abandonner la grammaire dont ses OEavres mêlées parlent fréquemment. C'est un des puristes les plus rigoureux que le xvn" siècle ait connus.

Autres GHAH1MA1HIEN8. — Je ne m'arrêterai pas à la masse des grammairiens d'occasion qui voulurent profiter de l'attention qu'on donnait au langage pour en dire à leur tour leur sentiment, et essayèrent de marcher sur les traces des maîtres. On en trouvera la liste dans l'Appendice bibliographique qui suit ce chapitre. Un des plus connus est ce Nicolas Bérain, dont la première remarque, relative à la substitution de aià oi, là où on prononçait è, est restée célèbre ^. La partie dogmatique de son livre n'est qu'un amas de préceptes tout à fait élémentaires relatifs à la forme des mots et à l'orthographe.

Alcîde de Saint-Maurice est bien supérieur à Bérain, qu'il précède d'un an (1674). Il y a dans ses « Remarques » peu^de nouveauté, mais un effort réel pour mettre en ordre les règles de la nouvelle grammaire, et plusieurs chapitres, en particulier celui du verbe, se lisent avec fruit.

Marguerite Buffet, dont on recherche encore le petit livre (1668), n'a fait à peu près que compiler Vaugelas, Elle enseignait aux dames; elle a pris un soin particulier de recueillir les décisions concernant la chasteté du langage. Madelon et Cathos eussent encore appris quelque chose à son école. Bary (1676),d'Aiay (1683),

t. II était né A Loudun en IS13, il est mon en 1701. Sa vie et ses œuvres ont élé étudiées par M. G. BoUaière en un gros volume, publié à NiorI en 1909. On doit encore ù H. Boissièreune précieuse publication d'un manuscrit jusqu'i *ar Malherbe, qui est Toi't différent de l'édition de 1660, <

orance qui rappelle PËriun. Il tire gUdiui.et garant de nator. etcroi ion, qu'il n'était que le sinire.

13 HiaTOIHE DE LA LANGUE FRANÇAISE

ne sont non plus que des copistes. Rien de bien original dans la Manière de parler la langue française selon ses diferens styles, par André Renaud. C'est une poétique et une rhétorique, suivies de quelques appréciations sur les ouvrages relatifs à la langue. L'auteur n'a pas de doctrine propre. En réalité toutes les publications de cette sorte peuvent être négligées ici ; elles ont été sans autorité et sans influence.

GHAPITKE II

POURQUOI LA FRANCE N'A PAS EU SA GRAMMAIRE OmCIEUE DE L'ACAUÉHIE COMME L'ESPAGNE '.

On a remarqué que, de tous les livres cités au chapitre précédeot, aucun n'est à proprement parler une grammaire. C'est que le privilège d'en rédiger une appartenait à l'Académie française. Elle ' ne l'a point donnée, quoique ses statuts lui en fissent une obligation. Ce n'est ni méconnaissance de ses devoirs, ni mauvaise volonté, mais impuissance. La Compagnie avait pris le goût des débets de grammaire, elle n'eut jamais la cohésion, la netteté de doctrine, l'assurance dans la méthode, ni, il faut le dire, la hardiesse nécessaire pour faire « un ouvrage desvstème ».

Il s'agissait avant tout pour elle d'achever le Dictionnaire. Une fois qu'il eut paru, tout à la fin du siècle, on s'occupa d'organiser des discussions et des délibérations grammaticales qui permissent de publier des remarques et des décisions. Les bureaux furent constitués en espèces de commissions permanentes -. Le désir d'aboutir semblait général. I«s membres s'étaient offerts, on avait trouvé des secrétaires, bref, le travail était ordonné.

Néanmoins, le résultat ne fut pas celui qu'on espérait. Le bureau, auquel « MM. Charpentier, Perrault, Corneille, et MM. les Abbez de Dangeau et de Choisy avaient promis assiduité », examina en conscience les « doutes » qu'on lui proposait, et d'autres questions encore, qui pouvaient plus tard servir de fondement à une grammaire '. L'abbé de Choisy y tint fidèlement la plume, mais finalement, quand il s'agit d'aboutir, l'Académie ne jugea pas à propos d'ordonner l'impression des décisions ; ce n'était pas qu'elle en désa-

1. Voir A. François, L« Grammaire du purisme, Introd. 1.1 et Chap. i".

3. • On a proposé que dans chacun des deux bureaux, il y cul quatre ou cinq de Messieurs qui ne changeassent point pendant Lout un quartier ; Mrs. Boyer, de Fonlenelle, Tourreil el Dacier oiTrïrent de travailler avec M. I'abb£ Ri^nierau 1" bureau ; Mrs. Charpentier, Perrnut, Corneille et l'afabf de Dangeau a'olTrirent pareillement au second bureau. Et d'autant que daus ce second bureau il esloit besoin de voir qui rfdigeroit les délibérations qui s'y fcroient, M. l'abbé de Choisi s'est oflerl de servir pour cet effet de secrétaire pendant le reste du quartier; et M. l'abbé Taiieinanl s'est ofTert en mesmc temps d'en servir au mcsme bureau, lorscjuc le présent quartier aeruit fini « [Reg., I, 33S-10).

3. ■ On y agite des questions, qui nous serviront exlrf'memcnl, quand nous li'availlerons tout de bon â la Grammaire ■ (Choisy, Joura., ^HK).

vouât le contenu, seulement le secrétaire <i l'avoit écrit de ce style g;aî, libre, dont il a écrit son Voyage de Siam » (D'Olivet, Hist. de l'A., 1730, 62) '. Nous avons conservé néanmoins l'opuscule, que d'Olivet a publié ^. Et il estdes plus curieux. Aucun ne donne mieux une idée des discussions auxquelles la plus simple phrase pouvait prêter, surtout quand elle devait servir à exprimer les relations entre gens de ce monde si soucieux des distinctions de classes et des délicatesses de formes. On y aperçoit même la division entre les gens de lettres ou de goût qui n'avaient que leur instinct, et les théoriciens qui faisaient de l'analyse. Plusieurs fois, sans doute, il y eut rencontre et cboc des deux méthodes. A chaque instant les premiers renoncent à suivre les seconds dans la discussion, faute de connaissances techniques ; ils ne comprennent plus ^.

La rédaction de Tallemant ne donna pas lieu à des objections du même genre. Pourtant, on ne voulut point non plus l'avouer officiellement. L'abbé nous dit bien que son livre n'est que le procèsverbal des discussions académiques . Il reçut néanmoins l'ordre de se nommer et d'en prendre la responsabilité.

Après ces essais malheureux, il fallut bien convenir que des observations de ce genre n'arriveraient jamais à remplacer la grammaire promise, œuvre collective du corps tout entier. Pourtant jusqu'en 1700, rien d'essentiel ne fut résolu, on revisait \e Dictionnaire ; mais cette année-là fut décisive. Le 27 mars, l'abbé Tallemant, alors direc-

I. Cr. B«g., J, 349. ■ Quant auxdouleB qui avoienlealé propoBez el résolus dans le necond bureau, ceux qui les avoicnt resdigcz par cscril pourroieul lee Taire imprimer si bon leur sembloit, main seulement sous li'ur nom -.

3. Opatc, lur t» L. Fnnç. par divers Aradémicieru, Paris, Bernard Brunct, iibi,

i. ■ Mais, Monsieur, a repris quelqu'un, si pour juger de la bonlë d'une phrase, il est nâceasaire d'examiner, comme viennent de faire ces Messieurs, eL les verbes et leurs ré^mes, si c'est un participe, ou un géi-ondir, où en serons-nous? J'ai bien peur que ces Messieurs qui raisonnent tant, ne trouvent moyen de nous roumir aujourd'hui des raisons pour une opinion, et demain d'autres raisons aussi bonnes, peut-être meilleures, pour le sentiment contraire » [Opaie. div, Acâd-, 311-313).

1 Après avoir portii notre premier jugement, et avoir dit, Cette manière de parler me plaît, ou me dëplalt, nous rentrons un peu en nous-mêmes, et nous nous disons : Voyons un peu cequi rend cette manière de parler vtcieusej voyons ce qui la rend bonne. Alors ayant recours à nos participes, A nns régimes, A nos ^^rondifs, et A tout cet attirail, que vous avez peur qui ne vienne du pays Latin, nous tâchons de di^couvrir les raisons de notre premier goûl, at nous sommes quelquefois assez hardis pour faire quelques petites règles générales, à l'occasion d'un sentiment particulier. Un homme voit un bâtiment : du premier coup d'œil il dit, cela me plaît, cela me déplaît. Il y a tel homme de bon goût, qui par le grand usage qu'il a d'avoir va des maisons, d'avoir connu celles qui plaisent et celles qui déplaisent aux connoisseurs, dit fort A propos : Cela me plaît, cela me déptalt. Demandez- lui en la raison, il ne sauroit vous la dire. Mais faites venir M. Perrault: aussi -tôt Vitruve en campagne, les cinq ordre* d'Architecture, et tout ce qu'il sait par sa méditation jointe A un grand usa^ des bàlimens <• {/il., 313-3(3).

POURQUOI LA FRANCE N A PAS EU SA GRAMMAIRE OFFICIELLE l^i

leur, posa la question. Allait-on faire une grammaire, et comment? « Après avoir touché quelque chose de la difliculté qu'il y avoit que la Compagnie en corps travaillast h une Grammaire, il demanda si à l'avenir, elle ne feroit pas bien de se partager en deux bureaux, pour travailler dans l'un à résoudre des doutes sur la laa^e, et dans l'autre à l'examen des ouvrages de quelques autheurs ».

H Les choses ayant esté discutées quelque temps, tous les avis se réduisirent à résoudre : que l'Académie devoit faire son capital du travail de la grammaire auquel elle sembloit engagée par son inslituticHi, mais comme c'est un ouvrage où une compagnie ne peut pas travailler en corps, M. l'abbé Régnier, secrétaire, seroit prié de s'en charger, pour commumquer ensuite son travail à la CompagDie»{/îc^., 1,355-6).

Visiblement, une partie de l'Académie, instruite par l'expérience du Dictionnaire, et lidèle à son instinct, qui la dirigeait fort bien, sentait que le Corps, très propre à un travail de détail, était à peu près incapable d'une œuvre d'ensemble. Les controverses sur un mot et sur un tour, où la Bnesse, la justesse, le goût, un peu d'esprit même remplaçaient les connaissances techniques, lui convenaient mieux, surtout à une époque où les hommes du métier eux-mêmes avaient jusqu'ici travaillé de la sorte. Puisque Régnier Desmarais était occupé à un vaste corps de doctrine, un accommodement avec lui arrangerait tout, et le 27 mars 1700, on convint que " pour remplir les vuides du temps nécessaire à un travail de cette nature, l'Académie s'occuperoit désormais dans le premier bureau eux doutes sur la langue, et principalement à ceux qui nuroient le plus de rapport au travail de la Grammaire, dans le second à l'examen de quelques ouvrages des meilleurs autheurs comme Malherbe, Balzac, Vaugelas, d'Ablancourt et autres » [Beg., 1, 355-6), Le 1" juillet il fut encore entendu « qu'on continueroit à travailler sur les doutes de langue qui seroient proposez par celuy de Messieurs qui en auroit îi proposer » (/A,, 358 ; cf. 17 juillet, Ib., 359).

Pendant tout un quartier, Dangeau, Perrault, Valincour, le Président Cousin, Dacier, prirent part assidûment à ces joutes, qui se succédèrent presque sans interruption. On serait curieux de connaître avec précision la cause de cette lièvre inaccoutumée. Voulaiton achever de convaincre et d'entraîner ceux qui eussent préféré un travail plus suivi et plus méthodique ? S'agissait-il de montrer seulement qu'on pouvait ainsi travailler sur une matière originale, et qu'il n'y avait pas besoin de prendre pour base l'oeuvre de Vauge-

16 HISTOIRE DE LA LANGUE FKAMÇAiat:

las? En tout cas, dès le l"" juillet, la Compagnie entrevit la nëcessité de se réduire à une simple refonte des Remarques de Vaugelas. Comme pis aller, on se résigna à refaire une édition mise à jour de ce célèbre recueil, et la délibération du 1" fut contirmée le 17 <. Toutefois, après les vacations, les partisans de la première manière n'abandonnent pas encore la partie. A chaque séance, et elles sont fréquentes, on examine des doutes ^. Vaugelas est provisoirement laissé de côté.

Mais au commencemeat de décembre paraît s'être produite une crise dernière. On avait pu jusque-là espérer que Régnier Desmarais communiquerait le manuscrit de sa Grummaire, et qu'ainsi se réaliserait l'ouvrage dont il avait encore été reparlé en séance du 8 et du 25 novembre. L<:< 29, il est acquis qu'il refuse.

Rien n'eût pressé malgré cela en temps ordinaire, seulement il est très vraisemblable qu'on avait entendu dès lors parler d'une intervention imminente du Roi. Elle ne tarda pas en effet. M. de Pontcbartrain fit demander à Régnier par l'abbé Bignon des nouvelles du travail de l'Académie. Nous ne savons malheureusement pas à quelle date précise ; nous savons du moins que Régnier soumit le 20 décembre à la Compagnie la réponse qu'il avait préparée. Ainsi s'expliquent les diverses résolutions prises.

Dès le 2 décembre, on résout d'orgauiseruntravailcoUectif en vue d'une grammaire, auquel on conviera ceux qui sont absents de la séance -*. Le 9, même délibération, avec des conclusions peu nettes, mais dans le même sens ''. Entre temps on négociait vraisemblablement pour faire revenir Régnier sur sa décision, mais il

t. • Au deftaul de doutes, on s'atlacherojt à lire les Remarques de M. de VauK<^tas, affln que chacun de Messieurs y peusl faire ses observations, lesquelle« scroienl recueillies par M. Corneille pour les donner ensuile au public, si la Compagnie te jugeoit à propos " {Heg-, I. 3*8).

17 juillet 1700.. .• la lecture des Remarques de M. de Vaugelas feroit le sujet du Iravail de la Compagnie suivant ce qui avoit est^ arresté le 1« de juillet ■ {Ib.. 3b9).

2. Voir les Regialrei 30 août, 1. i, 0. 9 et 13 sept. 1700 (I, 361) ; IS, 10, 33, 3S, 27, 30Bept.et 5oct. (/ij.,38ï}; 4, 7, H ocl. (/fi.. 363); S7 ocl. (W., 361); 30 oct. (Jt., 38S) : i nov. (Ib., 386) ; 13 et 15 nov. (/fi., 367) ; 35 nov. (Ib., 370) ; 13 déc. {[b., 373).

3. ■ La Compagnie a résolu de travailler k la grammaire par parties, qu'elle distribuera a ceu:i de Mrs qui voudront bien s'en charger, et M. l'abhé Tallemant a promi» d'aporter lefl diffcrentcB divisions et subdivisions des parties de l'oraison, et après qu'on en aura eu la IccLure, chacun prendra sa portion de l'ouvrage. Il a été résolu d'avertir ceux de Mrs qui sont absens de la présente délibération, aQn qu'ils soient receufl à travailler comme les autres ■■ (Reg., I, 371-î).

4. • On a délibéré... et résolu qu'on Iravailleroit à la grammaire toute» les fois que M. le Secrétaire auroit quelque chose é communiquer j.

A la première de ces séances il y a treize membres présents, à la seconde douze. Presque tous sont grammairiens, ou s'intéressent à la grammaire : Charpentier, Valincour. Tallemanl, Corneille, Cousin, Choisy, Régnier.

POURQUOI LA FRANCE fl A PAS BU SA GRAMMAIRE OFFIQELLE 47

maintÎDt fermement ses prétentions à l'indépendance ; et jusque dans la réponse qu'il fit au Roi, il était facile de voir que l'accord avec lui était impossible '. Dès lors, comme on ne voulut ni lui donner carte blanche, ni travailler en corps à une grammaire avant f{a'il eût produit la sienne, l'ouvrage fut abandonné provisoirement. Du moins les procès-verbaux que nous avons n'en parlent plus.

Il s'agissait donc pour l'Académie de trouver le moyen de publier une œuvre grammaticale; et le plus court comme le plus honorable parut être définitivement de se mettre à l'examen des Remarques de Vaugelas. Il avait commencé le 13 décembre. Les « Doutes i> furent abandonnés aussitôt, et on poussa le travail avec une faàte fébrile '-.

On voulait tenir la promesse faite au Roi. Dès février 1701,

I. 1 Ce qui en demande encore d'avanUge (du temps) c'est une Grammaire fraiiçoisc que te Public semble cstrc en droit d'exiger de l'Académie.

On s'est assembla diverses Tois pour délibérer des moyens de satisrairc A cette oblîgalioQ, et l'Académie auroit bien voulu s'en acquitter en y travaillant en corps. Hais enfin ayant considerû qu'un ouvrage de système et de méthode, comme une Grammaire Françoise ne peut guère eslre entrepris et conduit que par une personne

seule elle a jugé qu'il falloit en donner le soin A quelque Académicien qui,

communicant ensuite son travail A la Compagnie, prolitast si bien des avis qu'il en recevroit, que par ce moyen l'ouvrage, quayque d'un particulier peust avoir dans le Public rauthorilé de tout le corps.

Il est arrivé en conséquence de cela que la Compagnie ayant plus d'égard à ma char^ de Secrétaire et 4 mon lele qu'à toute autre chose, a souhaité que je m'engageasse A travailler & la Grammaire Françoise, et je m'y suis engagé A condition que comme on ne peut travailler que suivant ses propres idées, je scrois quitte de cet engagement, si la Compagnie, lorsque je luy ferai voir les commencements de mon ouvrage, n'approuve pas celles sur lesquelles je l'aurai establi et le plan que je me

Je n'oublierai rien, Monseigneur, pour rac bien acquiter de la commission qu'on m'a donnée ■ (fley., I,37<].

3. Voirles»éBncesdesl6,lfl, 30, 33,31, 39, 30 décembre ITOO, et ensuite du i janvier 1101, puis des 5. B, 13, la, 17, 10, 31,14 du même mois. Jusqu'en septembre, on travaille plus que régulièrement :1T, 30, 31,31 Janvier; 3, 7,10, 13, 14, 19,21,36, 38 Février; 3, S, 10, 13, 14, 10, SI, 33, 30, 31 Mars ; &, 18, 18, 31, 35, 30 Avril ; 3, 4, 7, 9, 14, 18, 19. 31, 33, sa, 38, 30 Mai ; 1", 4, 6, 11,13, IB, 30, :a, 37, 30 Juin ; 30 Juillet; 1", 4, 6,8, 13, J7 Août; 5, 7,10, 17, 19, 33, 34, 36, 38 Septembre.

Voir la suite de la lettre de Régnier du 20 décembre 1700: • Cependant l'Académie, pour avoir dequoy s'occuper tejour de ses assemblées, s'est proposé d'y examiner soigneusement les Remarques de M. de Vaugelas sur la langue, pour les faire ensuite imprimer avec les observations qu'elle y aura faites. M. Corneille qui en u déjA fait de Ires bonnes sur le mesme sujet, et qui est très capable de bien rédiger celles que la Compagnie fera A chaque séance, s'est chargé de les recueillir toutes, et quand elles seront rassemblées, cela pourra faire un ouvrage très utile en ce genre pour le Public «(fleg., 1.375).

Cf. ■ Rien n'estoit plus nécessaire que de revoir exactement les Remarques de Vaugelas... Le sçavanl et laborieux Académicien {M. de Corneille) qui de son chef avoitdesjafait surce livre des notes Ires-judicieuses qui ont esté imprimées... ayant esté prié de rédiger par escrit les Observations de l'Académie sur cet ouvrage de Vaugelas, en a fait un recueil que l'on donnera incessamment au Public. (Suite du Diicoitr* de Jf. Vabbi Gatlo^t en retpoiue aa Ûiscoars de U, de ChamitUrl, 7 septembre 1703, Rtg., I, 41Ï-13, note).

HUtoire de U Langue fnnçtUe. IV. 3

Tli. Corneille, qui avait déjà publié ses observations personnelles su r les Remarques, était chargé de recueillir celles de la Compagnie (12 février 1701, Beg,, I, 380). Le 18 août, il apporte son manuscrit, dont on commence la lecture [Ib., 395). Cette lecture se continue pendant les mois d'août et de septembre. Nous ne savons rien de la suite, mais, en décembre 1701, l'ouvrage était terminé et imprimé. Il avait été fait en quatre ans. Ce fut lui qui provisoirement remplaça tant bien que mal la Grammaire attendue.

La Compagnie, en » réimprimant un ouvrage né dans son sein », voulait, disait-elle, « marquer les changements arrivez depuis cinquante ans ». Bien de bien original ni de nouveau dans la méthode, c'est toujours, comme si Vaugelas eût encore été présent, l'usage qui règne en maître ; la logique, qui jouera bientôt si grand rôle, lui est encore résolument sacrifiée, et on voit revenir de temps et) temps le refrain de Vaugelas : « Il faut avouer qu'on ne peut gueres donner de raison de l'usage ». Encore est-il qu'on se sert, pour constater cet usage, d'une méthode bien singulière. Elle consiste à recueillir les voix.. Je n'insiste pas sur l'ignorance grammaticale de certains de ces grammairiens jurés, quoique les deux livres, surtout celui de Tallemant, en fassent voir des exemples surprenants. Mais, même si tous ceux qu'on appelait ii voter eussent été compétents, comment la seule présence d'une minorité qui doutait n'avertissait-elle pas que ce qu'on condamnait était, sinon bon, au moins tolérable ? Quelquefois, il est vrai, l'opposition de quelques-uns a amené la compagnie à dire qu'elle approuvait ceci sans blâmer cela *. Et c'est par là sans doute que s'explique ce libéralisme relatif que l'Académie montre dans ses décisions. Mais sa supériorité sur les grammairiens, ù cet égard, eût pu et dû être beaucoup plus grande. Le remarqueur isolé était constamment exposé à prendre pour loi ses propres préférences, et à croire que ceux-là parlaient mal, qui parlaient autrement que lui et que ses connaissances, tandis que la Compagnie constituait une société, aux réunions de laquelle on venait peu nombreux, c'est vrai, assez nombreux cependant pour qu'il n'y eût pas toujours unanimité.

Les livres de l'Académie ont, en outre, le grave défaut d'être, même réunis, très incomplets. Dans le troisième, dont Vaugelas est la base, ne sont naturellement traitées que des questions déjà posées par le célèbre grammairien. Le premier, le seul qui ait été publié à l'époque : les Remarques et Décisions, est un mince opuscule de 171 pages,

eux cl ce >onJ eux. Cf. les Obteroationi

POUBQLOl LA FRANCE N i PAS EU SA GRAMMAIRE OFnClELLE 19

d'une grosse impression et d'uD très petit format. Une partie de la place y est prise aussi par ces mêmes questions '. Le bureau eu a examiné d'autres, relatives à toutes les parties de la grammaire, dont plusieurs sont tout k fait intéressantes, mais elles sont en petit nombre. Evidemment nous n'avons ià que des fragments. Les registres perdus renfermaient une foule de discussions qui eussent été bien curieuses pour nous -.

Regnieh Desharais. ^ L'ouvrage personnel dont l'Académie n'avait pas voulu prendre la responsabilité sans avoir le droit de l'examiner, et que l'auteur avait tenu au contraire à exécuter en pleineliberté, parut enlïn en 1706. Ace Traité de ta grammaire française, Régnier Desmarais avait employé, suivant ses propres expressions, tout ce qu'il avait pu acquérir par cinquante ans de réflexions sur la langue, par quelque connaissance des langues voisines, et par trente-quatre ans d'assiduité dans les assemblées de l'Académie, où il avait presque toujours tenu la plume. Son premier volume devait être suivi de trois autres, dont deux tout grammaticaux. L'auteur se proposait d'y faire voir de quelle sorte « il faut lier ensemble toutes les parties du Discours pour en faire une construction régulière », ensuite de parcourir les différentes façons de parler que l'usage a afFrancbies des règles de la grammaire. Mais les suites promises ne parurent pas. Le Traité de Régnier Desmarais, pour épais qu'il soit, est donc très incomplet. La première partie, la moins considérable (p. 1 à 136), étudie la prononciation et l'ortbi^^phe ; la seconde (p. 137 à 746) est « divisée en autant de Traitez qu'il y a de parties d'Oraison » ; dans chaque traité, l'auteur, a après qu'il a examiné la nature et les propriétés de chaque partie d'Oraison, entre dans le détail de tout ce qui en regarde l'employ, soit par rapport aux règles de la Grammaire, soit par rapport à l'usage m (p. 2-3). Dans toute cette étude des parties du discours, dont Régnier s'efforce de pénétrer et de définir la nature, l'inspiration de Port-Royal est très sensible ^ ; mais l'analyste a manqué de profondeur et d'origi-

1. Voir, p. n, sur ; c'est an dei plat grandi parleart qui fut jamaU ; p. 8S, »ur ; ont-iU pai fait ; p. '0, but : rtcoavert et recourra : p. 83, sur : veiqail ou vetcal ; p. M, sur les parLicipea; p. 106, sur : lar» de, etc.

1. Alors que laut le monde lol licite l'Académie de donner une grammaire, on entend une voii discordante. L'auteur des Sentime/u critiqaet lar les Caraelerei s'indigne ■tu'oaaitpu féliciter l'Académie de se livrer i un travail de ce i^enre: 'ilyatantde thows à dire en Taveur de l'Académie, que je ne pardonne pas à un Orateur de placer la Grammaire dans un discours où il pouvoit s'étendre sur les avantages de l'histoire. Il noblesse de la poésie, la perfection de nôtre langue, etc. • (&Si). L'apologi8t« de La Hnijére défend avec vigueur la Grammaire (Apol., 1S3).

1. Régnier critique cependant son modËle, p. 341 et suiv. Cf. p. 2S1, éd. i\

nalitë, quelquefois même de justesse d'esprit. Il eût, en outre, pu g:agner beaucoup de place en supprimant une foule de rapprochements inutiles : il s'embarrasse de vieilles classifications qui n'ont point de lieu en français, comme celle des cas des noms ; il revient sur des sujets déjà traités; s'égaie dans des digressions anecdotiques, comme l'histoire de la princesse Mai^ot, s'attarde dans des discussions, pour conclure ensuite lui-même qu'elles sont plus curieuses qu'utiles, et que la langue n'y peut être intéressée (p. 246, 4") '. Bref, je ne serais point étonné que Fénelon ait surtout pensé à lui, quand il demandait qu'on se bornât à une méthode courte et facile. L'inconvénient le plus grave de ce développement, c'est qu'il est inégal. Dans le traité du verbe, les formes sont à peu près étudiées seules, la syntaxe étant réservée au livre de la construction, qui n'a pas été achevé. En somme, il est certain qu'on a dit. à la suite du P. Buflier, trop de mal de l'œuvre de Régnier, dont certains chapitres, celui des pronoms, celui des prépositions, par exemple, sont très substantiels. Mais telle qu'elle était, elle ne réalisait pas le dessein qu'on s'était proposé. Après comme avant elle, une grammaire complète de la langue restait à faire. Malgré tant de théoriciens on n'avait pas abouti, et c'était fâcheux. Car on avait si fort poussé aux subtilités qu'il devenait souhaitable qu'un travail d'ensemble fixât officiellement celles qu'on acceptait, de fai,-on i» arrêter ceux qui seraient tentés d'en chercher d'autres.

La grammauie et les « occupations de l'Acadëmiii: ». — Les Registres de l'Académie, pour les années 1705 et 1706, ne sont malheureusement guère autre chose que des feuilles de présence. De l'emploi des séances, pas un mot. C'est aussi par ailleurs que nous savons comment en octobre 1712, on recommença à délibérer sur les occupations de la Compagnie. Le discours prononcé à ce sujet par l'abbé de Saint-Pierre, a été retrouvé et signalé -.

Le 12 janvier 1713, on délibère sur le travail commun. Le jeudi 23 novembre, la discussion reprend encore, mais cette foi.s il est ordonné que « chacun de Messieurs envoyera son projet, les pnsents pour le i" de janvier 1714, les absents pour le 1" d'avril •» ■. La suite est bien connue, grâce aux recherches de M, l'abbé Urbain et de M. A, François. On finit par accorder un délai jusqu'au 1"" juin

1. Voir d'aulreK excuses 4 la fin du chapitre (Icb pronoms, p. 340.

3. Reg., 1,549. lIcBtA la B. N. bous la cote X.'3ate. En ce qui concerne la grammaire, l'autcurdéclarait qu'il préférait des obaervationa sur Icslextes. On en Irouveru l'analyse dans A. François, £> Grammaîredu purùme, saelsuiv.

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