‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 46 sur 202 · L'ORTHOGRAPHE NOUVELLE G&GNE DU TERRAIN MÉNAGE, POHET, RICHELET · texte numérisé non relu

L'ORTHOGRAPHE NOUVELLE G&GNE DU TERRAIN MÉNAGE, POHET, RICHELET

Ménage. — J'ignore si les décisions académiques furent dès 1673, connues dans le public. Elles ne pouvaient eu tous cas rester ignorées des gens de lettres et des grammairiens. Mais elles n'arrêtèrent ni ne retardèrent en aucune façon le mouvement.

Les grammairiens les plus autorisés nous apportent, il est vrai, peu de lumières. Le P. Bouhours n'a pas de doctrine bien arrêtée, il est conservateur, mais ne fait point de manifeste; on devine seulement sa pensée à certaines méchancetés qu'il décoche à Ménage, ce qui donne à celui-ci l'occasion de montrer que son adversaire ressemble à beaucoup de partisans de l'orthographe étymologique^ c'est à dire qu'il ignore l'étymologie. Ménage, lui, avait écrit un Traité de l'orthographe, auquel il renvoie plusieurs fois (O., II, 67, 328). Pourquoi l'a-t-il ou supprimé ou négligé d'imprimer? Peut-^tre par faiblesse de caractère ; car, à en juger par les tendances nettement réformatrices qu'il montre h plusieurs endroits de ses œuvres, il était de ceux qui pensaient que : u les lettres ont esté inventées pour représenter le son des paroles » (0., i' éd., 438, sur cet et cesl). Dans te second tome de ses Observations (328), il nous donne des indications très nettes sur ses idées vraies en cette matière : " Je prie mes Lecteurs, dit-il, de ne point juger de mon orthographe par celle de mes livres. Car outre que les Imprimeurs, comme je l'aj dit ailleurs, ne représentent pas l'orthographe de ma copie, je ne suy pas dans ma copie mou orthographe. J'écrj- pour suivre la coustume, beautez, bontez, vous avez, vous aimez, et cette orthographe est tout-a-fait ridicule, comme je le feray voir dans mon Traité de l'Orthographe. Celle de Dieux, deux, animaux, au lieu de Dieus, cieus, animaus, que je suy aussi toujours, pour suivre la coustume, ne l'est pas moins, comme je l'ay fait voir au chapitre 106 de la première partie de ces Observations " '.

I . Uu Canyc lui nvail rappoi'tij c[u<: daiis les manuacrits français qui Boni au-dessus lie 100 ans. il n'y a ^''^ra que ces soiies tlL< mots qui soient dciits par un i (U.,

L OHIUOGHAPUE >OUV£LLE GAGNE Dt3 TERRAIN 113

Ce serait donc un travail assez vain que de ramasser une it une dans tes livres publiés par Ménage les simplifications qu'ils présentent. Didot l'a fait en partie {o. c, 236-7). 11 y a des choses iotéressanles : des suppressions de consonnes étymologiques ou inutiles : savoir (0., 1" éd., 91), J'ai a (fréquent). Mais ce sont les doctrines générales surtout qui importent chez un homme de ce genre. Or ce que nous en devinoos est très significatif. Il y a d'abord le chapitre sur l'abus de x qu'il voudrait réserver pour représenter es ou gs : vexation, exerciee [0., I, 238 et sv.}. ii Ce n'est point un abus d'oster une l » en certains mots : niveler, épeler, npjieler, malgré leur étymologie latine (0., II, 65). « Ceux qui suivent dans l'orthographe la prononciation plustost que l'étymologie écrivent toujours paralelle n. Selon lui, il faut toujours écrire puraUlle (Ib., 6i-S). « Ce n'est point une faute de ne point mettre d'Aen plusieurs mots qui en devraient avoir par leur origine, comme en caos, caractère, Citante » (Ib., II, 309), h II ne peut y avoir d'inconvénient à écrire segond, et segret : car il n'y a personne de ceux qui savent tant soit peu le Latin, qui ne voye que ces mots écrits de la sorte viennent de aecanda», tecretum : et il peut y en avoir à écrire second, secret, acause des Etrangers qui pourroient prononcer ces mots comme ils seroient écrits >i [Ib., II, 307) . Donc, il n'y a point de doute, comme tous les vrais étymologistes, l'auteur des Origine» de la langue françoise était l'adversaire des » lettres étymologiques ».

N.Bëraik. — N. Bérain ne traite point d'autrequestion que celle de 01. auquel il substitue ai, non seulement dans sa théorie, mais en pratique :fc» Français, «(raiï, La Cou /■deaA/o/inaf'es.ye /errais, un Aomme drait. a II ne voit « rien qui s'opose & céte ortographe qu'un ancien usage qui doit blesser la vue et la raison dans l'écriture, comme il Masserait l'oreille, si on l'étendait jusqu'à la prononciation >i (1-7) ^.

Autres kêfohjiatedrs. — Le P. Pomey, dans son Dictionnaire (1676, Avis au lecteur, ^ VIII et IX), est aussi embarrassé. II se déride à mettre à leur place à la fois répondre et respondre, avec leurs semblables. Il a sacrifié le p de dompter et l'A de colère, poisqu' aussi bien on écrit monarqae, logique, etc.. mais en général

1. C'est la première remarque de sou livre : Si l'on peut écrire comme on parte. La notation ai se trouve déjà au xvi* eiécic. Elle est dans l'édition deMaupas, donnée «D tG3g (p. 31 av.). Nous avuna vu que les Précieutes écrivaient : ^dlatl.

On trouve chez Bérain d'autres aimpliBcations : ^fimoiog'ie, tpalts, une bonne eufre, vnbtnf, no(u réméré iront, etc. (p.34-3S). Ces idées sont remarquables chez un homme qui appartenait au Palais.

Hiiloire de la Lëngae françaiit. IV. g

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lU HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

il garde les lettres grecques th, ph, ;/. Ne le croyez pas pour cela ëtymologiste. 11 a ôté le ç de sçavoir, u parce qu'il l'a veu écrit de cette sorte, dans plusieurs livres du temps tres-corrects », et il juge qu'il « seroit à souhaiter qu'on rejettât tous ces ç, qui ne peuvent servir qu'à donner de la peine à ceux qui étudient nôtre Langue ».

En 1681 parut à Paris une œuvre hardie, dont le permis d'imprimer est du 11 nov, 1681, mais le privilège du 20 août 1677 '. Ce livre, que son auteur développait au furet à mesure qu'avançait l'impression, c'est la Grammaire méthodique de D[enis] V [airasse] d'AUais. Les innovations orthographiques y sont assez nombreuses. L'auteur, remontant à la source du mal, la trouve dans la nécessité où furent placés nos ancêtres, obligés de se servir de l'alphabet latin ^. Ce désordre est si grand, qu'après i' de longues et sérieuses méditations », d'AUais s'est persuadé qu'il était impossible d'y remédier sans le secours « d'un nouvel alphabet, plus ample et plus méthodique que le Romain, qui avec si peu de letres ne sauroit représenter les trente sons très simples et très distincts dont les mots de la langue Françoise sont composez » (6).

Et tort de cette conviction, ayant remarqué d'autre part qu'on s'est accoutumé à des changements que tout le monde condamnait d'abord, comme la distinction du y et de l'i, de Vu et du v (p. 8), l'auteur a formé un Alphabet méthodique, qui représente les trente sons du français, sans rien changer à l'étymologie des mots... 11 le propose comme un moyen assuré pour réformer notre orthographe et la rendre facile et raisonnable (6-9) '.

1. Grammaire melliodiqvt contenant en abrégé lei priacipei de cel art... dtm un ordre clairet nataret, avec de noaveltei obtervxtiom et des carncierea noaiieaax pour en faciliter la prononciation, tans rien changer d'ettenliel dam l'orthographe ni dans Vitymologie des mots (Paria, ISai, chez l'Auteur).

3, ■■ Cependant nos Ancfilrea n'ayant point d'Alphabet propre i leur langue naturele furent coatraints de se servir de celui des Romains quand ils commencèrent i écrire en lan^fage vulgaire, mais trouvant dans la suite qu'il ne suffisoit pas pour représenter tous les sons dont la langue Françoixc doit composÉe, ils se servirent de quelques vnyes indirectes pour EU venir au dcraut de l'Alphabet Latin. Ils Brenl servirune seule letrepnurrepresentcr un, deux, trois, et jusque» à quatre sons diffcrenls. et ils se servirent en certaines rencontres de deux, trois, el quelquefoi* de quatre figures dilTerentes pour exprimer un son 1res simple ; et c'est là sans doute la principale source du desordre de notre Orthographe - (p . 5).

3. On remarque parmi les voyelles un a long A càli de a bref ; iin e rcpnSscnte « ouvert, on epsilon accentué figure é termf ; un e italique etgrilc, renversé à g-auche note e féminin ; un e surmonté d'un point marque a nasal (comme dans entendement) .

L'auteur remarque que au, ea sont des voyelles simples, que l'a de homme est intermédiaire entre o cl ou, et pourrait bien former • une dixième voyelle a. Peutêtre même, dit-îL o ferme esl-il distinct de an dans : It se prévaut de l'absence despréeoiti(io-n).

Parmi les consonnes, il s'ingénie A distinguer pur deux caractères h muette et h aspirée, l sèche cl I mouillée, n de re^ne et n {ronflante) de garçon, r douce de oraison et rrudc de r.iùon; cAest flgtiré par un digramnie spécial çh.

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