‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 88 sur 202 · BuHs. Rab.. Corr.. IV, M · texte numérisé non relu

BuHs. Rab.. Corr.. IV, M

b. • Ce n'est pas en cette occasion seulement où il prend le parti de ces derniers contre les autres, ce qui luy a attire la raillerie qu'on luy a faite d'être un peu trop familier avec Jodeile, Rabelais, et Coquillard. Il est vray que ses observations sont un peu trop remplies de ces aulhorilés surannées, sur lesquelles aussi il se fonde «m peu trop, ne prenant pas garde que Ronsard. Uubartas et Marot sont de mauvais garens de nôtre usage moderne, puis qu'il suffit presque de dire qu'ils «e sont servie d'un mol pour faire présumer qu'il n'est icuercs bon prescntemenL. ou pcul-f Ire qu'il ne vaut rien du tout, tant il est vray que l'usage, ce maître des langues, change tous les jours m [Gaer. civ., i-i).

6. Ménage répondait dédaigneusement : " Il n'y a que les Coquillsrds de ce temsciqui puissent me reprocher d'avoir lu les Coq u illard s d'un autre siècle «[tfenajfiaoa, 1, 371-3751,

a Je pourrais faire voir par cent exemples qu'on a remis en usage une in&nîté de mots qui semblaient avoir été proscrits ; et il faut nécessairement pour empêcher notre langue de périr, que, puisqu'on retranche plupieur» mots nouveaux, on en rappelle plusieurs anciens. Je voudrai» pouvoir prouver qu'il y a des mots qui ont vieilli, et qui sont pourtant asseï: agréables pour mériter d'être rappelés, et il me semble qu'on ferait moins de violence A notre langue en cela, qu'en y introduisant, comme on l'a fait, des mots nouveaux et tirés des langues étrangères, comme on fait moins de violence aux lois et é, la nature en rendant le droit de bourgeoisie t des

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chements de vieux mots. Suivant lui « les mots changent dans une langue tant que l'on voudra, la beauté sera toujours la même tant que l'atrangement des mots ne chan^ra pas » {Menagiana, II, 342).

Andry de Boisrcgard, c'est une justice à lui rendre, s'est fait aussi quelques réflesions sur «ne sévérité qu'il jugeait excessive : " On peut se servir quelquefois de vieux mots, dit-il, pourvu qu'on en uss sobrement, ils donnent aux discours une force et une noblesse que les nouveaux n'y sçauroient donner »(Préf.). Cf. 21-22 : i< S'il falloit ne garder que les meilleurs mots, et abolir tous les autres, on se verroit bientost réduit à des redites continuelles. On appauvriroit nostre Langue, et l'on ne pourroit plus s'exprimer que par des circonlocutions, ce qui est le plus grand défaut d'une Langue. » '

Mais Bouhours ne distingue pas archaïsme et néologisme. Faire revivre des mots qui sont sortis de la langue ou en créer de nouveaux, c'est tout un. « Je ne voy pas, dit-il, de différence entre faire un mot, et en renouveller un qui ne se dit plus, et qui est à nostre égard comme s'il n'avoit jamais esté » {/>., 13, cf. 33). Et tout le monde à peu près partage sa façon de voir. De Callières ne tolère les mots vieux qu'en matière de plaisanterie : « Les mots qui ont vieilli ne sont pas propres à être employez dans les discours ordinaires et sérieux ; mais on peut s'en servir par forme de raillerie dans les conversations libres et enjouées » [Bon et mauv. us. , 1 39) ~.

Renaud, fidèle disciple de Bouhours, flétrit l'archaïsme comme une des sources empoisonnées de la corruption de notre langue. « On s'atacbe, dit-il, ^ aux anciens Auteurs avec une déférence aveugle, et on prétend sur le mérite de leur autorité passée, pouvoir renouveler de nos jours lès vieilles locutions dont ils se sont servis, cependant les Ouvrages qui ont été autrefois les délices et l'admiration de la vieille Cour, sont aujourd'hui le rebut des Provinces et du Peuple, selon le destin des Langues vivantes. Les mots et les phrases de ce tems-là sont comme ces habits antiques dont on ne se sert guéres que dans le Carnaval, ou sur un Théâtre pour faire

clloyeni exilés qu'en l'accordant k des étrangers ■ îSuppl. au Men*giMUi, Jacquel, Vill. de proB., lOj).

1. Il voudrait faire revivre ou conserver batiUr. déiassurer, êhonté, ire, jadU, Hpience, etc.

1. Biissj' s'amuse quelquefois ècejcu: » iléloitencoro un chevalier bien fourni de beaux el aomés mots, et qui fut tenu de son temps l'un des plus sages, plajsans et courtois chevalier qui fût en BourgOjtne, ne que l'on sût nulle pari " (Corr., IV, loi).

3. Jtfan. de parler, 608-513. De ce qui peutcorromprclapuretëdelalanguerrançoise.

rire . , . Comme nôtre Langue s'est beaucoup puriliée, ainsi qu'un ruisseau, en s'éloignaatdt; ses sources, et qu'elle ne tient guéres plus du Gaulois, du Latin et du Thudesque, dont le mélange faisott sa corruption plutôt que sa beauté, nous avons des obligations infinies soit aux ancieas Maîtres comme Alain Cbartier, Joachim du Bellay, Amiot et Ronsard qui eurent le plus de part à ce changement, soit à ceux qui sont venus après eux, comme Déportes, Malherbe, Duperron, Coiffeteau, qui ont ajouté de beaux traits à ce que leurs Prédécesseurs n'avoieut fait qu'ébaucher, mais qui n'ont pas laissé d'être reformés et éfacés eux-mêmes avec beaucoup d'honeur pour nôtre Langue par Vaugelas, d'Ablancourt, Patru, Bouhours, et par un petit nombre d'autres qui ont ce caractère de politesse et d'exactitude. La vieillesse donne du prix, selon Alfonse Roi d'Arragon, au bois, au cheval, au vin, aux livres, et selon le Proverbe, aux amis, aux écus, aux poissons ; elle relève aussi la beauté de ce que nous apelons l'Antique, mais en fait de Langue vivante, comme en matière de beauté corporelle, la vieillesse n'a point d'autorité ».

Il n'y a guère pour juger la méthode un peu sévère que des hommes qui voient les choses de loin, ce qui est quelquefois presque la même chose que les voir de haut. Ainsi Petit, ou Leclerc. Le premier, dans ses Dialogues fait converser moult avec la Grammaire ', et il résulte clairement de l'entretien qu'on n'a pas plus de raison de chasser moult sous prétexte qu'il est vieux qu'on n'en aurait de chasser y'aime, Tous deux ne sont que du latin écorché. Les mêmes conclusions, et d'autres encore, se dégagent de la discussion entre Cléante et Léonce. Cléante est fort sceptique sur les perfectionnements que croient apporter les rafftneurs -. Un passage de Monstrelet que j'ai cité p. 61 lui fournit

1. ■ Moult : Si In vieilcs^ie de mots est un crime di^nc du bannisnement. il faloJL, condamner tous ceux de mon ape qu'on a retenus, comme Mail, Pour. Pur, et une inllnilé d'autres. En quoi suie-je coupable plus que ceux-ci ! F]ii vcntiSIc procédé îiijustedc vos Maîtres cric vangeancc. Pour ce qui regarde le Latin écorchA, que la Langue Françoise s'en tmse accroire tant qu'il lui plaira, elle ne Fui et ne sera jamais aussi autre chose. Mailum, est mon Père, comme Amocal celuy de j'aimt. Ou est la justice de lui faire ^ace, el de me condamnera l'exil ? (irammaire, si les Romains revcnoienl au monde, n'auroient-ils pas raison de se plaindre que les François ont formé une Langue qu'ils appellent Françoise, mais qui dans le vra.v. n'est autre choae qu'un I.alin coiTumpii '?

« Im Grammaire : J'ay souvent dit ces raisons A Mcssicui-s du Pais de bel F^prit. mnis ils n'ont .jamais voulu les écouter. Quand vous leur presse?, l'arpiiment. ils vous repoodeiiL en souverains, ai'nii le voulons, et noui plaiit » (Pclit, Dial. lal. et nior., 131-3).

3, Voir en particulier, p. 116-117 : • Jene suis pas encore a en faire la comparaison, et je la trouve beaucoup plus pauvre aujourd'lioy. Combien a-l-clle perdu de sa ridiesso par la quantité de mots qu'on liiy a osiez, sans parlerde ceux qu'on liiy osle encore tous les jours ? Cependant ces mois ne sonnent pas moins bien d l'oreille, et

matière à une jolie étude, où les réflexions profondes ne manquent pas *.

Leclerc, lui, déplore l'appauvrissement de la lan^e. « Ceux qui écrivent, dit-il, s'apperçoivent souvent qu'ils auroient besoin de ces mots qui ont vieilli, ou qui vieillissent, quoi que dans la conversation on De s'en apperçoive point, parce qu'on ne fait pas difficulté de redire plusieurs fois le même mot ». 11 avoue « que nous en avons que l'usage a introduits depuis quelques années » mais << ces mots sont en très-petit nombre, en comparaison de ceux que nous avons perdus o ; on le voit ii en comparant un de nos vieux Dictionnaires avec les nouveaux^ ». Saint-Evremond ne reconnaît pas à Messieurs de l'Académie « le Droit de régler nôtre Langue comme il leur plaît. 11 ne dépend pas des Auteurs d'abolir de vieux Termes par dégoût et d'en introduire de nouveaux par fantaisie * .i. Bayle, surtout, dans une note développée de l'article Goumay, dit nettement ce qu'il pense du régime auquel on soumet la langue. « Tout bien considéré, dit-il, cette Demoiselle n'avoit pas autant de

n'expriment pas moini nettement ce qu'ils signîtlent, que quelques uns qu'on leur a substituei.etque ceux que l'on a laissez dans son Trésor •. — A quoi Léonce répond du reste : • Elle fait le même gain i cette perte que font les Coquilles ; et les Pierres précieuses, quand on les dépouille de celte épsisseur raboteuse qui leur dérobe leur éclat >.

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