Voir à la suite «lu Dictionnaire îles rimes de W.Hi
6. Deimier, Acad. de l'art poélitiue, 132. Cf. Hal/.ac, II. TdJ. In des ridieults dr son Harbon est de croire que l'enthousiasme de la poésie française a cessé depuis qu'on ne dit plus : la terre porle-minsson, le viel porle-flambeaux. Cf. A ce sujet Meunier, (Composés qui lontiennent un verbe à un mode personnel en Ijitin, en fran çaii, en italien et en espai/nol, Paris, IH75. On y trouvera «les listes 1res con>pléte> Ajoutez Clément, //. E$l., 375-376.
dois cependant signaler en passant le développement considérable de mots excentriques qu on remarque au xvi" siècle. Rabelais n"a pas inventé ces sortes de jeux, puisque avant le Pantagruel, Tory se plaint avec vivacité des « plaisanteurs » dont les calembours déchiquètent le langage, autant que l'argot des jargonneurs le corrompt '. Mais les exemples si nombreux où sa gaieté contorsionne les mots ont séduit tous ceux qui, après lui, ont cultivé un genre analogue au sien. Ses ieii n est-ce, et ses ianspill hommes ont été imités par d'autres rieurs. De même ses desincornifîstibuler et emhurelucocffuer. Le danger n'était point grand : esperruquancluzelubelouzerilelu . morderegrippipictabirofreluchamburelurecoquelurintimpanement et leurs semblables avaient peu de chance d'entrer dans le lexique courant.
Il en est tout autrement des composés anomaux faits par redoublement de la première syllabe. On les croit généralement propres à Du Bartas. En fait, cette idée de répéter l'initiale « pour augmenter la signification, ou représenter plus au vif la chose » n'est pas de lui, il l'a prise aux maîtres de la Pléiade : ba-battre est dans l'ode de Ronsard à Michel de l'Hospital ; flo-flotter se lit ailleurs dans son œuvre II, 429, M.-L. ). Cet usage barbare, malgré d'illustres parrains, ne s'est néanmoins pas répandu.
I. Champfleurif. Avis au lecteur. Les mots de circonstance abondent : le curé s'en va minuf/tei Nie. de Tr.. Par.. 1 i) : les missoliers Calv.. liv. IV. cli. 18, sect. 4); bestial et non pas forlial Gello. Circé. 179 , etc. Henri Estienne en fournit à lui seul une bonne moisson dans IWpologie. La plupart disparurent avec les luttes relijîieuses. 11 serait du reste intéressant de recueillir le-; éléments de cette satire verbale dans les polémistes.
. — ITALIAMSMK ET HISPANISME
L'iTALiANisMK. — Toutes es lecherches qui se poursuivent sur le développement de la culture franco-aise à l'époque de la Renaissance et pendant le siècle qui a suivi, aboutissent presque régulièrement à découvrir, chez ceux qui v ont pris une part marquée, quelque inspiration directe ou indirecte d'Italie.
On sait ce que les écrivains les plus divers, depuis Crélin et Lemaire de Belges jusqu'à Régnier, les grands et les petits, Marot, Marguerite de Navarre, Rabelais, Des Périers, Bouchet, Magny, Scève, Ronsard. Baïf, Du Bellay, Jodelle, Pelletier, Ch. Fontaine, Pontus de Tyard, Desportes, Montaigne. Amyot. Brantôme, Carloix. Du Bartas, doivent aux modèles d'outre-monts. Mais ce serait singulièrement restreindie l'influence italienne que de la considérer comme purement littéraire : les savants français n'ont pas moins d'obligation envers les Cardan et les Tartaglia que les poètes envers Pétrarque, ou les conteurs envers Boccace. .\ dire vrai, tous ceux qui ont pensé, tous ceux qui ont écrit se sont mis, pendant ces cent cinquante ans — qui j)his, <|ui moins, suivant les périodes, — à l'école de nos voisins.
Or, la plupart des modèles qu'on imitait s'étaient servis, non du latin, mais de leur vulgaire italien. Pétrarque humaniste avait sans doute une école, Pétiarque poète des Hune en avait une aussi nombreuse. On apprenait la langue italienne pour avoir « la comnninication des bons auteurs italicjues » : mais après un contact un peu long avec les étrangers, il est bien diflicile de se retirer complètement, comme le voulait Ron.sard, «< sous son en.seigne ». Sans doute l'italien n'eut jamais sur les hommes de lettres un ascendant égal à celui du latin. C'était un parler vivant, qu'on ne pouvait donc mettre au rang des langues vénérables de lanticjuité. En outre, une jalousie nationale, qui parut de bonne heure, empêcha de reconnaître sa supériorité; c'était l;i proclamer que de sembler hii devoir Irop : la lendance à r«'iupriiiil l'ut très
KMPRINTS AUX ALTRKS LANGLKS lyy
sérieusement contrariée par le désir de ne pas avoir lair trop barbares et trop pauvres.
Mais si ces pudeurs étaient de nature à arrêter des gens instruits, d'autres causes amenèrent un développement de Titalianisme auquel les écrivains ne pouvaient rien, car il eut lieu en dehors d eux. On sait quel long- séjour, souvent pacitîque, les Français avaient fait en Italie ; le contact entre les armées qu'ils v ont conduites et les populations a souvent été fort intime : et si nombre d'Italiens, dans ces circonstances, ont appris le français, de leur côté les Français — dont quantité étaient du Midi, et parlaient un idiome assez voisin de celui du Milanais — se teintèrent au moins d'italien. Le très g'rand nombre de mots relatifs à la guerre qui ont alors pris place dans notre vocabulaire fait voir assez que lintluence exercée sur nous de ce côté a été très considérable.
Ensuite, comme si tout conspirait à ce moment à multiplier les contacts, à Lvon, dont Fimprimerie avait fait, sinon le centre intellectuel du royaume, du moins un second Paris, des colonies italiennes riches, prospères, lettrées. étal)lies à demeure, une ioule de marchands venus grâce au privilège des foires franches, répandaient, dès le commencement du siècle, la culture et la langue italiennes. Enfin, quand la politique eut amené à Paris une reine de la famille des Médicis. et à sa suite toute une « petite Italie ». ce fut au cœur même de la France que le mal — si c'était un mal — fut porté : le langage, comme les habits, ne manqua pas de sen ressentir.
On a pu essayer de marquer des phases dans cette pénétration de l'italianisme. M. Rathery en compte deux au xvi'' siècle, l'une qui va de 1 oOO environ à la lin du règne de François F' . lautre qui commence aux environs de looO et se prolonge pendant une trentaine d'années. A vrai dire, on remarque en effet des périodes où Finfluence italienne s'accentue davantage, par exemple celle qui dure de la régence de Catherine de Médicis (I06O) à 1580: mais je ne crois pas qu'on puisse mettre à part cette vingtaine d'années: Catherine était en France depuis ITi^S. et quoiqu'elle y ait longtemps joué un rôle elî.ici . ^on intluenee n'avait pas laissé, dès l'origine, de se faire sentir '. — I-!ii outre, si l'on arrivait à lixer des dates précises à ces influences politiques, ces dates ne coïncideraient plus avec celles des influences littéraires. houvent les unes s arcn.issciil ([iiaiid les autres décroissent, de
1. Voyez là-dessus dexcellentes pa^-rs ,1c linur.i./, /.«-v m^mrs i.nfirs t-l /,-, lillrn,liire de cour. Paris. 1886. p. 269 el siiix .
200 lilSlUlilK \)\: LA LAM.l K HlA.Nc: AIM.
sorte que, finalement, quelle (jue soit répo({ue (jue Ton considèic des diverses sources qui nous ont versé l'itulianisnie, on en trouve toujours une au moins en activité à ce moment. Et il faut bien prendre g-arde que ce ne sont pas celles qui ont semblé couler torrentiellement qui ont seules fécondé notre sol, A entendre les plaintes qui s'élèvent autour de 1570, on croirait que tout le monde italianise ; c'est la mode en effet, mais dans un certain monde seulement, à la cour ; l'engouement des courtisans dépasse toute mesure, excite de violentes réclamations; la trace que leurs affectations ont laissée dans le lanji^age est considérable sans doute, ot néanmoins l'époque antérieure, où la mode était moins bruyante it moins excessive, nous a laissé des italianismes en quantité tics notable aussi.
Au xvi" siècle, pour les raisons d amour-propre (jue jai dites, et pour d'autres encore, dont plusieurs étaient politiques et même religieuses ', l'italianisme a eu beaucoup plus d'adversaires ({ue de défenseurs.
L'opposition commenc^-a de bonne heure ; on la trouve marquée chez Bouchet, dans les Litterse ohscurorum virorum; chez Hud» même, qui prononça, un jour, que l'engouement pour les choses d'outre-monts devenait superstitieux : (iallui frnnsalpinarutn ipsa rerum plus qiuun et par et utile cu/ji(hi. »
Toutefois le débat ne lit naître à cette époque ni un livre ni un pamphlet de quelque importance. Va\ effet, l'opuscule de Lemain de Belges qu'on cite souvent, la Concorde des deux latK/ayes^ est tout autre chose qu'un exposé littéraire et philologi(jue. L'auteur ;i simplement pour but de faire cesser des querelles irritantes, et d'amener les deux langues « deriuees et descendues dvng mesme tronc et racine a viure et perseuerer ensend)le en amoureuse concordance ». Son rêve serait de voir s'augmenter le nombre di>hommes de France « (jui fréquentent les Itales et s'exercitoni au langage toscan ", d'autre part celui « des bons esperits italiccjne-qui prisent et honorent la langue francoise ». C^es tentatives tit conciliation ont été inspirées par tout autre chose <|ue des .soucis d'ordre littéraii'e : c'est de la pure politique.
Au contraire, à réj)oque de la Pléiade, les all;u|ues se niullij)liiiil et se précisent. M. Marty-Laveaux • a cité les vers où, longtemps avant que Ronsard, dans le testament littéraire dont j'ai déjà parh . rapprochât les écorcheurs d'italien des éeorchenrs de latin. I>m