RÉDUCTION DES HIATUS
ment auec la diphtongue eu, veu qu'elle ne prend la pronontiation que de lu tout simple, et se prononce comme si elle estoit escrite ure. >y
Pour les autres mots, Peletier note sures [Art poét., 114), Hssure[ib.,3S, 80, 98, 117). H. Estienne dit : (( In seur pro securo et meurpro maturo, alius est sonus quamin primis illis feu, peu, etc., perinde nimirum ac si sur et mur scriberetur » {Hyp., 46). Pour hureux, nous avons la transcription constante de Baïf : hureux, et parmi d'autres le témoig-nage de Bèze : « Galli recte pronuntiantes omittunt literam e, quasi scriptum sit hureux » [Pron. fr., 67). Pour mûr, H. Estienne [Hyp., 123) nous dit encore : « m,eur per eu scribi solet ut distinguatur a mur ».
On peut citer, dès le début du siècle, des rimes qui confirment la théorie ci-dessus : Crassus : deceus (F. Hab., Voy. de Vh. r., dern. pagej ; deue : défendue (B. An., Lyon march., B. VII r**).
En voici qui sont contraires à ce qui a été exposé pour le premier cas : pleurent : furent (Mar., III, 174); heure : future (Bell., I, 3o, M.-L.) ; honteuse : Suze (Rivaud., 67).
Les suivantes sont contraires à ce qui a été exposé pour le cas n" 2 : sure (sûre): laheure (Mesch., Lun., 6); doulceur: seur (Marg. de \., Dern. po., 139) ; seur : possesseur [Ib., 342) ; sœur (sœur) ; sur {^mùre) (Mar., III, 48) ; demeure : meure (Id., III, 13) ; ieu, vœu : veu [devoir, Id., III, 104); meurs (mûrs) : ie meurs (Id., I, 197), etc.; feu : deu [Ch. hug., p. 215); ros tisseur : seur (Grev., Esb.,A. \i, se. u, A. th. fr., lY, 2o2); peur : seur [Farce à IV pers., Pic. et Nyr., 102, 103); deux : deus (dus) (S'-Gel., I, 268); incogneue : queue [F. joy. etrecr.. Pic. et Nyr., 319-320); peu : peu (pu) (Du Bel., II, 346); nepueu : veu (vu) (Dorât, lo); queue : inconnue (Bell., II, 377); despourueuz : neueuz (Lanc. de G., Eccl., E. Il r") ; feu : repeu (Am. Jam., II, p. 173), etc. On pourrait allonger indéfiniment cette liste.
Ce qui explique la fréquence de ces rimes, c'est d'une part que certames provinces, et fort diverses, prononçaient eu là où Paris prononçait déjà u : ainsi en Normandie, dans le pays chartrain, en Bourgogne, en Gascogne, en Anjou : veu, mais surtout devant r : peur : Teurc. Malherbe lui-même — il était Normand — n'abandonne pas j'ai eu. En second lieu, eu, par exemple en pays picard, passait facilement à u : les Picards disent ju pour jeu (Bèze, Pron., VA). Ramus, qui était Picard, trouvait (31) que ieu s'altérait en iu dans Diw, Tabourot admettait la prononciation fu, ju, alla (feu, jeu, alleu).
De la sorte, ces deux influences inverses contribuaient pareillement à confondre eu et a ; et l'on voit Robert Estienne par exemple hésiter entre beurre et burrc, enregistrer la locution ni feu ni lu. Rien d'étonnant donc à ce que les poètes, même à Paris, prissent la liberté de rimer eu et u.
Au milieu de cette mêlée, hurter a passé à heurter^ et en sens contraire meure (mora) > mûre, fleute > flûte, preudhomme > prud'homme, feur > fur.
Quand eu se trouve devant f, c'est entre e et ôque le son hésitait ^. Selon H. Estienne les uns prononçaient e long, avec un léger i accessoire, les autres faisaient entendre une sorte d'u, non pas Tu qui, dans la graphie, précède Fe [dueil], mais un u non écrit, et pourtant sensible (Hyp., 51). On voit Tabourot accepter la rime des mots en eil et de ceux en euil, telle qu'on la trouve dans Ronsard et les siens, originaires d'un pays où euil et eil se confondaient '*.
D'Aubigné suit encore cette tradition quand il rime œil et soleil [Trag., éd. Lai., 17o), appareil et œil [ib., 168) 'K Cependant, sauf dans orgueil et orgueilleux, où la prononciation était assez nettement en e et se conserva longtemps telle, on entendait en général eu, et de Bèze le marque nettement. L'influence de la rythmique n'y changea rien : on sent bien aux réserves de Lanoue que rimer eil et euil c'est licence poétique. Je ne vois guère que bienveillance, malveillance, où ei ait triomphé, et cela n'eut lieu qu'au xvii^ siècle.
L'existence des formes en aou, eou, ou pour eu comme paour [Amad., 1. 1, XX r°), est un pur archaïsme, qu'on serait tout d'abord enclin à regarder comme simplement graphique. En fait, ces formes se trouvent h la rime : Sur le printemps, que la belle Flora Les champs couuers de diverse flou r a (Marot, Templ. de Cup., I, 8). Cf. Nemours : clamours (Lem. de B., Templ. Ven., III, 102- 103, Stech.); clamours: amours (Mar., II, 190; II, 129); nouds (ailleurs neu et neud) : genoulx {\A., Ch. 2, 11, 8i). Ces rimes se retrouvent chez Ronsard et sporadiquement jusque chez Passerat (I, 25), plus tard encore '•.
Cela s'explique peut-être et par l.i nature de ou et par celle