‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 188 sur 259 · III. — CONJONCTIONS · texte numérisé non relu

III. — CONJONCTIONS

Formes qui disparaissent. — A peu que, encore chez Lemaire de Belges : a peu que tu ne tes me/fait trop malheureusement, se rencontre aussi chez Du Bellay : A peu que le cueur ne me creuve II, 353). Il sera condamné par Oudin (304).

De quoy, au sens de : de ce que, est encore tout commim dans Montaigne.

^Dont, au même sens, est encore commun chez les premiers écrivains iu siècle : si s'eshahit dont... (Mar., III, 190 ; cf. III, 131) ; ainsi

Il fault tesjouyr dont Pan est a son aise (Mai^. de Nav., Dern.

[)o.,60;cf. 179)2.

Empres que : Ampres que ce gentilhomme nient tout conté, ie ne luy peus que dire... (Brant., IX, 282, éd. Lai.).

louxte que se lira encore dans Tabarin : Le neud qui tenoit ceste illiance si serrée et en son point vertical de bon heur se deslie et 'enuerse ces pauvres gens au nadir de malheur ; iouxte aussi que juant vn homme est porté d'vne cupidité et auidité des sens, après hyurognerie... ruine la maison [Invent, univ., Dial. 7, t. II, p. 40).

1. Comparez l'expression correspondante bon gré : bon gré ma vie (Mar., III, 34\

2. Ce même dont se confond toujours avec donc : dont après, son filz s'en vint 'endre en France; dont le Roy luy bailla la charge et garde de ladicte ville, pensant ja' il deust estre bon et loyal, et la garda par quelque temps; dont après, par suborlation il la rebailla es mains du dict empereur {J. B. P., 92).

Mais ce n'est qu'une apparence, on doit analyser jouxte ceci que : jouxte est en réalité ici proposition. Jouxte que ne se rencontre ni dans Rabelais, ni dans Ronsard, ni dans Montaigne.

lusques et iusquesque étaient encore très communs au xv* siècle : si cheuaucha si fort iusques quil vint devers le roy {J. de Par.. 38); MadamoyscUe, ne vous bougez iusques ie le vous diray (//>., 83). Ils semblent disparaître au xvi^ siècle devant iusques a ce que.

De mode que est commun chez Rabelais (1. III, ch. 51, t. II, 238, 1. IV, ch. 3, ib., 278; ib., ch. 5, ib., 287; ib., ch. 12, ib., 310, 1. V, ch. 38, t. III, 147), chez Montaigne : de mode que personne ne scache leur naissance (I, 43; dans Voizard, Lang. de Mont., p. 145), chez Larivey : de mode qu'il n'y peut entrer ame viuante [Jal., a. i, se. ii, A. th. fr., VI, p. 17 ; cf. ib., se. m, p. 30). Il durera, sous l'influence de l'espagnol, pendant quelque temps, mais disparaîtra au commencement du xvii® siècle.

Soudain que passe d'usage : soudain qu'elles sont a nous, nous ne sommes plus a elles (Mont., 1. III, ch. 5, t. VI, p. 17) ; soudain qu'il reçoit quelque humidité (Paliss., p. 28) K

Subit que : subit que M. de Guise vid l'artillerie assise (Paré, ApoL, Voy. de Metz) ; subit qu'il est nay (Id., ib., Génération, p. 600).

De tant que: le ne scay si ce seroit sagesse : de tant qu'on l'oste de la ou il faisoit bien pour l'auancer en lieu ou il pourra mal faire (La Boét., Serv., f** 84 r", 1578, G.); ce fut vn prétexte pour le chasser, de tant qu'il fauorisoit aux Orleannois (Pasq., Rech., 1. III, ch. 29, t. I, p. 278 B). M. le Maréchal se trouua fort fâché ...de tant que cette courtine lui demeurait ouuerte (dans Hug., Portr. et Réc, 191).

Sur tant que : le vous prie sur tant que vous m'aimes et que désirés l'aduancement de mes affaires en ladite prouince, de vous y rendre au plus tosl [Lett. de Henri IV, 27 juin 1591, III, 406).

«Si que ne sera condamné que par Vaugelas (II, 160), mais son composé par tel si que, quoique dans Maupas (374), tombe en désuétude. Encore très usité au xvT siècle : lequel pour lire ie vous Hure par tel si que vous me le rendrez (Des Per., 1544, p. 181, G.); le larrecin y estait action de vertu, mais par tel si qu'il estait plus vilain qu'entre nous d'y estre surpris (Mont., 1. I, ch. 14, t. I, p. 76.

1. Il devient très rare uu xvii' siècle : soudain qu'elle m'a vu, Ce$ mott ont éclaté d'un trannporl imprévu (Corn., Veuve, a. IV, se. I, v. 1181-2, l. I, 160).

On trouve quelquefois ou xvr siècle soudain comme préposition : toubdtin ce propoM entendu (liab., Garg., ch. 18, t. I, p. 68).

LES MOTS EXYARIABLES 385

NE ET \l. — JVe tend à disparaître devant ni. Il est encore habituel dans Rabelais, YHeptaméron^ Noël du Fail, et se retrouve chez Amyot : il n'auoit iamais trouué homme qui seust tant comme /oi, nequi parlast moins (Amyot, CEnv. mor., 25 V»E; cf. 2 v* E, 4 r*B, 5 V* E, 7 r* A, 25 r* B, 1 0 v* G) ; chez L'Estoile : desquels on ne peust onques scauoir les noms ne Ventreprise (L'Estoile, Journ. de H. III ^ 362) ; chez Du Vair : ne demeurant rien ferme ne stable que le Théâtre (Du Vair, 360, 34).

Mais ny est déjà beaucoup plus fréquent, surtout dans la seconde moitié du siècle. 11 est constant chez Rivaudeau et chez Meigret : ny auz affaires publiez, ny priuez, ny iudiciaires {Off. de Ctc., p. 4); ie respondis nauoir ny volonté ny eslection que l^ sienne {Mém. de la reine Marguerite, p. 24, éd. Lai. ; cf. ib., p. 3, 12, etc.); encor que les Ecritures Canoniques ne nous apprennent pas a reconoistre ni r autorité de V Eglise Bomaine^ ni les traditions (d'Aubigné, t. II, p. 244, R. et Causs.).

Souvent les deux formes sont en concurrence : ne pour débattre, ny par aucun droit publiq (Meigret, Off. de Cic.^ p. 45) ; ne saueur, ny vertu f ne odeur (Paliss., p. 20, édit. Cap) ; car je ne voudrais que r enfant fust présomptueux, ni aussi estonné, ne par trop craintif (Amyot, CEuv. mor., 4 v« F) *.

Seîïs vieillis. — Dans certaines conjonctions qui subsistent, des sens, autrefois usuels, sans disparaître, deviennent plus rares ; ainsi dans pourtant, puisque les sens de pour cela, après que :

Respondent... quil nauoit la veue tant bonne comme de coustume... Pourtant ne congnoissoit il tant distinctentent les poinctz des </es(Rab., 11,186; cf. ld.,I, 149,371; 11,353, 356; 111,193, 352); C^est le vray auantage des dames que le corps ; les discours, la prudence et les offices df amitié se trouuent mieux chez les hommes : pourtant gouuernent ils les affaires du monde (Mont., 1. III, ch. m t, V, p. 226 et 227) ^

le ne vous auois oncques puys veu que iouastez a Monspellier... la morale comœdie de celluy qui auoit espousé vne femme mute (Rab., 1. III, ch. xxxin, t. II, 167).

1 . Ne ou ni continuent à remplacer et chaque fois que la phrase est négative ou même intem^ative :aofrenten/, comme pourroy-ie ny anee quel front me troaaer en la compagnie des aa très honestes Dames i.\mTot. Agis et C/eom., 969 E). En voici un exemple très remarquable, qui rend la phrase presque incompréhensible, si Ton n'y prête attention : le vy poar mon martyre, helasiciel endurci. Quand seras-tu lassé de me gesner ici? Ne m'auras tu fait naistre en ce monde immortelle. Afin que ma douleur me tenaille éternelle? (Gamier, Juives, Amital et le chœur). Je donne à ne le sens de et.

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