‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 210 sur 259 · Cf. Hujf.. o. c · texte numérisé non relu

Cf. Hujf.. o. c

44t) HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Vautre, on luy ait attribué les faits de tous les deux (ce n'est qu'une hypothèse), et que le plus ancien n'ait esté r/ueres de temps après Homère : encore y en a il, qui veulent dire, quil Va veu. Xenophon mesme nous donne bien a penser, qu il soit fort ancien, quand il dit, qu'il a esté du temps des Heraclides... {Vie de Lycurgue, 47, D-E).

L'influence du doute qui plane sur la pensée se fait souvent sentir très délicatement, ainsi H. Estienne écrit : lequel ie pense estre d'vn Hure qui ne soit point imprimé, car autrement ie me fusse contenté, etc. (Apol., II, 69). Le soupçon exprimé dans ie pense se transmet dans la phrase relative par dessus l'infinitif.

Toutefois, comme en langue moderne, il arrive que l'idée de doute est niée, et cependant le mode reste celui de l'incertain, le subjonctif : // ne faut pas douter que ce ne soit Vvsage le plus honorable que nous leur scaurions donner, et qu il n'est occupation ny dessein plus digne d'vn homme chrestien (Mont., 1. II. ch. 12, t. III, p. 175).

De façon générale, les verbes qui expriment un sentiment : plaisir, douleur, regret, étonnemcnt, n'exigent pas encore le verbe subordonné au subjonctif. La conception n'est visiblement pas la nôtre encore, on énonce la cause de ce sentiment comme un fait, avec le mode des faits positifs. Le sentiment contenu dans le verbe principal ne domine pas la pensée : ie suis marrye que vous nauez rencontré aussi bonne partie [Nie. deTr., Par., 131); le regrette de tout mon cueur que nest icy Picrochole (Rab., Garg., ch. L, I, 185); Vabbé fut bien aise qu'ils faisoient ceste despence (Marg. de Nav., Hept., I, 213; Hug., o. c, 190) i.

Les verbes signifiant craindre sont un peu plus avancés vers la syntaxe moderne. Les exemples de l'indicatif sont encore nombreux : Vay grand peur que toute ceste entreprinse sera semblable a la farce du pot au laict (Rab. , Garg. , ch. xxxiii, I, 128) ; ni emerueille de ce que Panaece Va oublié (Meigret, 0/f. de Cic, p. 6) ; iay grand peur qu'elle a esté cause de beaucoup de maux [Mén., 191, Read).

Mais le subjonctif devient fréquent : il craignait de n'auoir pas bien caché ce pot et qu'on le lui desrobast (Des Per., Nouv. Hecr.. II, 92) ; ie crain que Vincent n'ayt prins en mauuaise part ce que ie fis Vautre iour (Lar., Jal., a. i, se. ii, A. th. fr., VI, 13).

Les verbes signifiant désirer, vouloir, commander, se font de plus en plus régulièrement suivre du subjonctif. Gela n'est pas très

1. De même, après louer, l'indicalif chI eiicure dans Malherbe, IV, 13K.

lonveau, cependant le progrès s'accuse, les exemples de l'indicatif le sont plus très fréquents. En voici : mon destin voulut que ie iarty (Ticy (Lar., Le Fid., a. i, se. iv, ^4. th. fr., \1, 320; ici la )roposition principale est en réalité la seconde, et le lien de suborlination est plus apparent que réel) ; ie désire que vous faites part le ce discours [Let. mis. de H. IV, III, 251).

Mais ces phrases sont rares. Le subjonctif est déjà d'usage géné- ■al : ie ordonne et veux que Ponocrates soit (Rab., 1. 1, ch. l, I, 185} ; e veus... qu'il reçoiue de moy ce tesmoignage en toute vérité Mont., 1. 11, ch. 8, t. III, p. 80).

Après empescher l'indicatif se rencontre encore : lempescheray iie/j qu'il n'y entrera aucun secours {Let. mis. H. /F, III, 371).

PBOPOSmOXS COKSÉCLTTVES

Il ne semble pas qu'il y ait rien à dire de net sur l'emploi des nodes dans les consécutives. On sait combien aujourd'hui encore es nuances sont fines. On dira : cela fait qu'on vient me voir^ parce ju'il s'agit d'un fait, au contraire : ie fais qu'on vienne y voir^ parce ju'il s'agit de l'intention du sujet de la principale. A proprement jarler, la première proposition est purement consécutive, la deuxième ?st en même temps finale. Le xvi* siècle a encore tendance à împlover surtout le subjonctif : l'ignorance qui est en toy^ ô Axio- 'hus, faict que ta conclusion soit mauluaise (Dolet, // Enf.., 57) ; Et Amour fait que plus fort ie le sente (S'-Gel., II, 125) ; cest moy jui fais qu'on n'en puisse mesdire (Id., l'A., 180).

L'indicatif reparaît cependant souvent, quand le résultat est présenté comme un fait : elle nous a forme dCvne façon y que peu de 'hoses nous sont nécessaires (Du Vair, 348, 41) ; ie trouueray bien noien que ce defunctis ne vous scandalisera plus (d'Aub., Faen.^ II, 1, t. IL p. 425; R. et Causs.).

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