‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 223 sur 259 · III · texte numérisé non relu

III

Sans s'imposer, la formule devint célèbre, et les textes lettrés l'appliquent en général tant bien que mal.

Mais était-elle pour cela la règle de la langue populaire? Nullement. Le plus observateur des grammairiens, Meigret, lui est hostile. A propos des phrases : Iç grâces qe ie vou ey fçttes... Si on vou Içs auoçt dittes, « lourdes incongruités, s'écrie-t-il, reçues pour courtizanes élégantes » (66 r°). Et il veut aussi qu'on dise : nou' nous somes çymé. Abel Mathieu, sans être aussi net, admet que les deux «< liaisons de parole » sont également belles : les deniers (ju Alexandre a donné à ses gendarmes, et les deniers qu Alexandre a donnez (Dev., 1572, 31 v").

Et ce n'est qu'après avoir reproduit la protestation de Meigret, que Ramus se range à l'avis de Marot. Il est vrai qu'il en donne pour raison <( la souveraineté du peuple » (182).

Les écrivains, les poètes surtout, en prennent à leur aise avec cette règ-le.

A. Ils font l'accord contre la règle. Type : mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin auoit desclose sa robe de pourpre au soleil.

Vay mise mon estude d'auoir le corps et le cœur libre et franc [Marg. de la Marg., IV, 102) ; après auoir coupée Son col du fer courbé de sa trenchante espée (Rons., III, 410, M.-L.) ; ces faux deuineurs qui dvne bouche ouuerte De son sceptre Royal ont prédite la perte (Id., V, 348); ie luy ay eslargie ceste-cy (Des Per,, Œuv., II, 107); le zèle desquels... vous a rendus force disciples (d'Aub., Œuv., II, 236 et 237, R. et Gauss,); ayant esteinte ceste ancienne langue (Fauchet, Orig. de la l. fr., 536 r°).

B. Bien plus souvent, ils ne font pas l'accord, malgré Marot : facteur qui ceste hystoire a recuilly et mis en la forme (Lem. de

Belges, III., 1524, 1. I, ch. 5, A, VI r°); laquelle Luy, qui est vérité infallible nous a promis (Lef. d'Et., Pref. des Ev., Herm., C, I, 135) ; toutes les choses que ie vous ay dict (Id., ib., p. 136) ; toutes ses œuvres aussy a faict et continue (Briçonnet, Let., 1524, Herm., C, I, 188) ; voz lettres que auez escript a mon frère (Laur. Coct Ji Farel, Autog., 25 juill. 1526, ib., I, 442) ; ... tousiours la fréquentation De vous lay eu [Marg. de la Marg., IV, 55) ; promesse tu nous a fait [Ch. hug., p. 354, 1550); de l'angoisse nouuelle, quelle à receu par mesme moyen [Amad., 1. I, f" 3 r"); les choses que tu auras prins pour ton vsage (Meigret, Off. de Cic, 34); Les douleurs qu'en viuant lauray receu par vous (Rons., IV, 381 , M.-L.) ; Tu sçaiz bien les tours que tu mas faict (Des Per., II, 150); la plante qu'on a veu en vn endroit (La Boet., 24, éd. Bonn., Œuv.); la puissance que le peuple lui a baillé (Id., 20, ib.) ; entre toutes les choses que tu m'as conté (Paliss., 48) ; plusieurs choses que par cy deuant tu as ignoré (Id., 18); vne telle folie, que tu ni as icy proposé (Id., 40) ; conuoiteux d'honneur, Les loix du Seigneur Vous auez laissé [Rïvaud., p. 96); aux discours que l'en ai fait sur Electre (Id., p. 45); la diuersité des vins que i'ai bcu (Bouch., Ser., 1. 1, 1, t. I, p. 10); les excuses que l'en ai faict (Jos. Scaliger, Let., p. 27); les lettres que Monsieur Cuias a receu de Homme (Id., ib., 165); ce n'est pas la première honncsteté et courtoisie que i'ai receu de vous [Id., ib., 178); la préface que Lipsius lui a faict [Id., ib., 260); quant a ceux de Ennius ie ne sçay ou il les a veu (Tabour., BIg., 135 r"); quelque bonne mine que i'aye faict [Mén., 30, éd. Lab.) ; les raisons que i'ay maintenant appris de vous (Du Vair, 417, 20); ceux que vous auez veu au supplice (Id., 388, 9) ; les loix qu'elle a donné et publié depuis tant de siècles (Id., 360, 18).

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