Lég., Le petit Roi de Galice, v
L'aigle du casque, lui, après une invocation solennelle, fait un véritable discours^.
Il ne faudrait pas voir dans ces curieuses interventions un souvenir ou une imitation du folklore : c'est la Justice immanente, c'est Dieu qui emprunte la bouche de ces animaux symboliques.
Tout est mystère. De formidables puissances nous entourent : leurs intentions sont impénétrables, leurs actions, contradictoires. L'intelligence humaine est impuissante ; seul le poète, grâce à son intuition, entrevoit la vérité profonde :
La nue en passant pleure ; et l'écueil, sur son faîte, Pendant que la mer brise à ses pieds le vaisseau, Garde un peu d'eau du ciel pour le petit oiseau^.
Quand il s'agit de l'homme, que de mystères encore ! Le rêve est plus réel que la réalité. « On jugerait bien plus facilement un homme d'après
ce qu'il rêve que d'après ce qu'il pense Le rêve, qui est tout spontané,
prend et garde, même dans le gigantesque et l'idéal, la figure de notre esprit ; nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux. ^))
Hugo trouve dans Juvénal la traduction d'un de ses yers — et un vers inédit, encore! Hugo a donc été Juvénal. H a été aussi Isaïe, puis Eschyle, puis Judas Macchabée ; il a été d'autres poètes encore, plusieurs peintres, et deux rois de Grèce dont il a oublié les noms*.
L'histoire du monde s'éclaire pour le poète. Il est des bons et des méchants : les Rois symbolisent la puissance du mal ; le Peuple est essentiellement bon-^. Les méchants seront vaincus ; la Révolution est un premier pas vers une humanité fraternelle. Et l'artisan du progrès, c'est le Penseur, le Poète :
Il faut de strophe en strophe, il faut de vers en vers
S'en aller devant soi, pensif, ivre de l'ombre ;
Il faut, rêveur nocturne en proie à l'esprit sombre,
Gravir le dur sentier de l'inspiration,
Poursuivre la lointaine et blanche vision ®.