Liebrecht, o. c, pp. 270 et suiv
4. L^ Observateur des Spectacles, Janvier à Mars 1762, cité par Martiny, o. c, pp. 21 à 23. On reprochait à M™*^ Monvel de se faire trop souvent remplacer par une « doublure ».
5. Le Journal Général de l'Europe (avril 1789) publia des extraits de la supplique adressée au Prince-Évêque : « Il s'est élevé depuis un an au milieu des calamités publiques, une jeunesse effrénée qui, montée d'abord sur des tréteaux dans un grenier, s'est exercée dans l'art funeste de fomenter les passions et d'attiser le feu dévorant de l'impureté..,. Les comédiens de profession ont accueilli ces adeptes, ils ont couronné celui d'entre eux qui réussissait le mieux dans le mimisme, et le lâche n'a pas rougi de figurer sur leur théâtre... C'est pourquoi nous supplions Votre Altesse pour qu'en sa qualité d'Evèque, elle fasse publier le dimanche de la Passion un mandement ou un ordre par ccrit qui autorise les curés à refuser la communion pascale aux suppôts de ces théâtres bourgeois ». — Le Prince-Evèque se contenta de recommander « la douceur pour ramener celle portion d'âmes qui couraient à sa perte » (d'après Martiny, o. c, pp. 62 à 64).
A Bruxelles, les faits rapportés par Liebrecht montrent quelle passion éprouvait la haute société pour le théâtre français. Je ne parle pas seulement de la période où le Maréchal de Saxe entretient entre l'armée française et celui qui la commande, d'une part, la troupe française et celles qui y brillent, d'autre part, des liens qu'il aurait mieux valu qui fussent moins étroits. A toute époque, sous Charles de Lorraine, comme sous l'archiduchesse, l'élite bruxelloise fréquente la maison. On y vient pour rire, pour paraître, pour intriguer. Il arrive que ce sont de grands seigneurs, comme le duc d'Arenberg, qui paient les frais ' ; le Prince de Ligne fournit au répertoire. A la faveur des représentations d'amateurs, gens du monde et gens de théâtre se mêlent de plus en plus^.
On fait appel à la Comédie-Française : Préville vient à Bruxelles en 1769 et en 1773, Monval en 17751 Ils y trouvent des partenaires dignes d'eux et qui paraîtront à leur tour sur la scène parisienne ; de même bon nombre de spectateurs n'ont rien à changer à leurs manières ni à leur langage pour briller dans un salon de Paris.
Concurrence des spectacles italiens. — Toutefois cette « précellence » n'est point un monopole. Comme partout en Europe, l'italien, chaque fois qu'il s'agissait d'opéra, d'opéra-comique, voire d'ariettes ou de couplets, entrait en concurrence. Nombreux étaient ceux qui le jugeaient plus agréable. A chaque instant se ralluma, à Bruxelles comme à Paris, la controverse entre les tenants de la musique italienne et ceux de la musique française '". Ces derniers finirent par l'emporter ; mais leur défaite même eût été sans conséquence.
L'œuvre éducatrice, celle qui contribue à former l'oreille des auditeurs h une langue, celle qui ne donne de plaisir profond qu'à ceux qui comprennent jusqu'aux nuances, ce n'est pas le spectacle chanté, c'est l'œuvre déclamée, tragique ou comique, en prose ou en vers. Or c'est seulement de 1726 à 1730 que la scène bruxelloise sera occupée exclusivement — ou presque — par les chanteurs