‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 343 sur 595 · CHAPITRE PREMIER DES ORIGINES AU XVP SIÈCLE (inclus · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER DES ORIGINES AU XVP SIÈCLE (inclus

Au Moyen Age. — Sous Robert le Pieux, en 1008, une délégation polonaise, envoyée par Boleslas le Grand, surnommé le Charlemagne de la Pologne, se présenta aux portes du cloître de Cluny, afin de demander que des moines de cet ordre allassent s'établir dans différents couvents de Pologne.

La première chronique polonaise porte le nom de Chronique de (lallus l'anonyme et fut longtemps attribuée à un moine français qui serait venu de France vers la fin du xi* siècle'. En tout cas, depuis la fin du x^ siècle et le commencement du xi*, il s'était noué des rapports très intimes avec la province de Laon. Les plus

1. J'aurais été incapable de pousser jusqu'au bout mon information, si je n'avais trouvé de précieux concours en Pologne même.

M. le Professeur Handelsmann a bien voulu se mettre à ma disposition et me communiquer d'abord un copieux et solide Mémoire de M. Witold Doroszevvski sur les mots empruntés au français par le polonais aux diverses époques, dont j'ai donné de longs extraits et qu'on trouvera tout entier dans la Revue des Eludes slaves ; ensuite un travail de M"<* Gayl, qui a dressé la liste dos Français habitant Varsovie au xvii^ siècle, et réuni des renseignements à leur sujet. Enfin il a revu lui-même mon texte, en me proposant diverses corrections et plusieurs additions utiles. A tous je voudrais dire ici ma reconnaissance.

Dans ce livre, ainsi que dans le suivant, j'ai rapproché autant que possible, sauf dans les citations, la forme des noms propres de celle qu'ils ont en polonais ou en russe. Ne pouvant consacrer un chapitre au français dans les Etats Baltes actuels, je renvoie à une courte, mais suggestive étude de E. Dupréaux : Le Jrançais, lanijue historique en Pays Balte (Revue de l'Enseignement français hors de France, n" 43, 19'24). A l'occasion, du reste, je ferai allusion à notre langue à Wilno ou ailleurs, dans les pays alors polonais.

2. D'après cette Chronique — qui finit vers 1113-1114 — le prince Ladislas-Hermann avait un culte spécial pour saint Gilles, et c'est grâce aux dons (vota) envoyés dans son monastère que son fils Boleslas Bouche-Iorse est venu au monde. C'est la meilleure preuve que des rapports très intimes existaient entre la Cour de Pologne et les couvents de la France.

anciennes annales polonaises, celles dites de la Montagne de la Sainte-Cioix , sont certainement apparentées à cette province. Un certain nombre de Bénédictins partirent, et pendant longtemps des moines français vécurent dans leurs monastères'.

Boleslas le Grand (992-1025) n'avait pas fait venir des moines seulement, mais aussi des prêtres, et pendant longtemps les charges épiscopales furent partagées entre Français et Italiens. Le troisième évêque de Plock est un Français : Martin, homme lettré, qui avait amené avec lui quantité de gens de piété et de savoir. Dans les premières années du xii" siècle, le Pape Pascal II envoya en Pologne l'évêque de Beauvais, Gualdon, pour qu'il y réprimât les désordres'".

Les Bénédictins qui résidèrent en Pologne y répandirent les premières lueurs de la civilisation française, en fondant, dès le 1 xi^ siècle, de nombreuses écoles paroissiales et abbatiales. Ils restaient en contact avec la France et venaient compléter leurs études à Paris. A l'exemple de leurs maîtres, et sous leur direction, beaucoup de Polonais vinrent visiter le monastère bénédictin de Saint-Gillesles-Boucheries, dont le patron jouissait en Pologne d'une vénération particulière. Le roi Boleslas, dit Bouche-Torse, se rendit lui-même en France, en 1130, pour prier sur le tombeau du saint ^

D'autres Polonais n'étaient pas de simples pèlerins ; ils étudiaient la théologie à l'Université de Paris, où ils comptaient dans la nation anglo-allemande. Les plus marquants parmi eux sont Czeslaw (en 1203), Conrad, prince silésien de la maison des Piastes (en 1211), et le chroniqueur Vincent Kadlubek.

On a conservé d'un jeune clerc, Gad de Ojcôw, une œuvre en vers français, naïf commentaire de la Consolation de la philosophie de Boëce. Ces vers étaient destinés à une dame vertueuse, brisée par les épreuves de la vie ^. Un autre jeune Polonais, Jean de

4. Ainsi, au milieu du xi® siècle, sous Casimir I'^'', l'abbé de Tyniec, Aaron, qui devint cvèque de Gracovie, était français, et il avait avec lui douze moines français. D'autres ordres, les Cisterciens et les Âugustins au xii** siècle, les Dominicains et les Franciscains au xm*^, furent également appelés en Pologne. Ils y fondèrent des cloîtres où l'élément étranger et notamment français a dominé jusque vers li!20. Dans le milieu du xiii'^ siècle, l'abbé Nicolas, du couvent Sicciechôw, était français (voir Sigismond : France et Pologne au Moyen-Age, dans La France et la Pologne à travers les siècles, p. 4).

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