UN PRINCE FRANCISÉ
PoNiATOwsRi. — Il était l'élu des Cours de Prusse et de Russie, et la France fut longue à le reconnaître. Personne pourtant n'était plus français de cœur et d'esprit. On se souvient de son mot quand il fut élevé au trône et qu'il écrivit à M""' Geoffrin : « Maman, votre tils est roi ». C'est sur son désir que l'illustre dame se rendit à Varsovie, à soixante-sept ans, en 1766. Leur correspondance a été publiée de nos jours'. S'il n'avait pas appris l'orthographe près de son inspiratrice, qui l'ignorait, dans son salon, asile de tous les hommes de lettres et de la haute société de Paris, il avait goûté toutes les finesses du parler le plus élégant.
Il n'usait guère que du français. Maigre la situation affreuse où il se trouva bientôt, entre l'insurrection et la pression étrangère, dans un pays plongé au plus profond de l'anarchie, et sur le point de périr, il resta le directeur en chef des arts et des sciences, surveillant en personne de nombreuses constructions, réunissant tous lesjeudis les plus célèbres écrivains, poussant les savants vers les recherches qu'il croyait utiles.
Il convient de citer ici un passage décisif des Mémoires du Roi. « Plus on vit à Paris et plus on a le temps d'y trouver des hommes profonds dans toutes les sciences et supérieurs dans tous les arts et dont la suite, non interrompue depuis plus d'un siècle, a rempli leur patrie de monuments de toute espèce qui seuls suffisent à occuper, à instruire et à meubler agréablement la mémoire de tout étranger curieux. Cette langue française même, que tout jeune homme apprend aujourd'hui en Europe, comme une preuve d'éducation policée, inspire, sans qu'on s'en aperçoive, une certaine opinion de supériorité en faveur de la nation qui en est la propriétaire » ".
Sa passion pour les lettres françaises. — Ce serait trop peu de dire que ce Roi était amateur de notre littérature; il en était pas-
i. Cil. de Mouy, Correspondance inédite du Roi Stanislas-Auguste Ponialowski et de A/""' Geoffrin.
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sionné. Il présidait des sortes d'assemblées littéraires, où il lisait à haute voix des morceaux, devant un cercle de courtisansV « Plaire était le but constant, le mérite principal et le grand art de ce prince, dit le comte de Ségur, ses entretiens, dans le petit cercle où je le voyais, roulèrent presque entièrement sur la littérature française. Il lut avec un vrai talent quelques morceaux des poèmes de notre Virgile français, l'abbé Delille, quelques scènes d'une tragédie nouvelle de La Harpe, et une ou deux fables de Florian » ". Bourrienne, qui avait été admis dans son intimité, nous a laissé son témoignage sur ce qu'était le cercle de la famille royale ^ Stanislas eût voulu recevoir Diderot, il eut du moins Grimni. C'est en français qu'il rédigea ses Mémoires.
Dans le parti opposé à Stanislas-Auguste, Charles Radziwill, un des chefs de la confédération de Bar, était un vieux Parisien, qui avait fait construire le passage qui porte aujourd'hui son nom*. Ogiîiski, qui fit une si vive opposition à Stanislas-Auguste, écrivit aussi en français. L'évêque de Wilno, Massalski, dès son enfance ennemi et rival du Roi, vint à Paris en 1771, amenant à M"* Geoffrin son neveu et sa nièce dont il voulait assurer l'éducation ^.
Artistes et artisans français en Pologne. — Des ateliers s'ouvrirent, où des artistes français réunirent de jeunes Polonais pour les initier au métier : le peintre Louis Marteau, Bardou, Perronneau, le décorateur Jean Pillemint. Mais la place d'honneur appartient à Norblin de la Gourdaine (1745-1830) ^ Il fonda à Varsovie une école de peinture d'où sortirent des peintres polonais remarquables. Il fut soutenu et protégé par les nobles et par le roi Stanislas- Auguste. Louis, qui avait passé trop peu de temps à Varsovie, demeura du moins le conseil du Roi en matière d'architecture. Il était « le bureau d'adresses pour les arts »'. Lebrun, l'élève de