VIDAL : LANGUE UNIVERSELLE ET ANALYTIQUE
M : arts, sciences K
Si l'on ajoute à chacune de ces consonnes une voyelle, on obtient le nom des premières subdivisions. Ex. : bu = quadrupède; b2 = oiseau; hé = poisson; ba = insecte. Ensuite, à chacune de ces sylialics on peut ajouter 20 consonnes, puis 6 voyelles, ce qui donne pour chacune 120 mots de 4 lettres. Ex. : ga = géographie ; gan2 = Europe ; gané = Asie ; gana == Afrique ; gani = Amérique; garu = Russie; gar2 = Saint-Pétersbourg ; de même : ginu =:: France, gin2 = Paris, etc. On voit que, comme l'auteur s'en vante (p. 12), l'ordre numérique, l'ordre alphabétique et l'ordre des matières ne font qu'un.
Avec ces radicaux on forme des substantifs dérivés au moyen de 96 syllabes-préfixes. On en tire également les adjectifs : « il suffit d'ajouter une de ces 5 lettres : n, s, 1, x, ô à une voyelle d'un substantif pour le changer en adjectif » (p. 351).
Ces indications suffisent à montrer combien un tel système est peu pratique, et contraire à toutes les habitudes et à toutes les lois du langage naturel. .
1. Les 12 premières classes sont identiques aux 12 classes suprêmes de la Pasigraphie de Maimieux (1797). C'est ce qui explique (sans le justifier) le désordre de cette classification, où les 8 dernières classes font visiblement double emploi avec les premières.
L'auteur de ce projet de langue, qui lui avait coftté quinze ans de travail, et qui était achevé en 18o0, est parti de cette idée, que la langue universelle ne doit être ni une langue morte, ni une langue vivante, ni une langue inventée sur le modèle des langues vivantes. Elle doit être fondée, selon lui, sur la théorie du langage, dont voici le principal axiome : * Les lettres ou caractères dont se compose le mot théorique doivent représenter quelque analyse de l'idée qu'il prétend communiquer » ; la théorie du langage n'est donc pas autre chose qu'un inventaire de toutes nos idées,
1. Cours complet de Langue univei'selle , offrant on mi^inc temps une méthode facile et sûre pour apprendre les langues, et pour comparer, en quelques mois, toutes les littératures mortes et vivantes, par C.-L.-A. Letel- LiER, ex-régent de rhétorique à Lisieux, ex-inspecteur des écoles du Calvados. 4 vol. in-8" (Caen, Chesnel, 1852-55) 1. 1 (xlviii + 372 p.) : Grammaire; t. 11 (ix + 4G6 p.) : Radicaux ; t. III (m 4-515 p.) : Applications aux Sciences ; t. IV (x-|-539 p.) : Applications aux Lettres. — Clef de la théorie du langage qui donne naissance à la Langue universelle, par Letellier, 23 p. in-S" (Paris, Duprat, 1856). — Etablissement immédiat de la Langue universelle, par Letellier, 52 p. in-8*, introduction à la 2" édition du t. I du Cows complet (Paris, Duprat, 1861). — Méthode du mot théorique grammatical pour apprendre en quelques mois une langue morte ou vivante... 2* éd. v -}- 87 p. 8° (Caen, 1870). — Théorie des langues maternelles et du langage international, 2" éd. XXXI + 265 p. 8° (Caen, 1883). — Dictionnaire de 30.000 mois internationaux définis par les lettres qui les composent et par la classification des idées, xiv 4-315+ 19 p. 8° (Caen, 1886). — Petit Atlas de classification pour toutes les idées jusqu'à la 4" division, ou pour tous les mots internationaux jusqu'à la â" lettre, vu 4" 101 p. 8° (Caen, 1886). Mentionnons aussi les autres ouvrages de l'auteur, qui se rapportent au même sujet : Les Lois de la parole, examen critique des bases sur lesquelles reposent les langues orientales et occidentales (1861) ; — Le mot, hase de la raison et source de ses progrès (1875); — Le mot Dieu, étude philosophique sur la pensée, la raison et la vérité relative (1880). Tous ces ouvrages se trouvent chez le D' Letellier (fils de l'auteur), 41, rue de Bayeux, à Caen.
soumises à une analyse logique que doit traduire la nomenclature. Or nos idées se répartissent en deux grandes classes : les idées de rapport, exprimées par les flexions grammaticales; et les concepts absolus, exprimés par les radicaux. L'analyse de chaque mot du discours doit donc être double : l'analyse grammaticale (déjà connue) détermine le sens des flexions, et par suite les relations du mot et son rôle dans la phrase. Il faut y joindre ïanalyse radicale (que l'auteur croit avoir inventée), qui détermine le sens du radical et sa place dans la classification logique.
Cette théorie du langage, qui n'implique pas nécessairement rétablissement de la Langue universelle, bien qu'elle y conduise directement, a sa valeur et son utilité propres; on peut et on doit la juger en elle-même, selon l'auteur, indépendamment de toute application pratique. C'est même là, selon lui, le critérium d'après lequel on doit juger tout projet de langue universelle : il faut demander aux principes proposés ce qu'ils apportent d'utile au milieu des éléments de la langue que l'on parle, c'est-àdire s'ils font mieux comprendre et mieux analyser nos langues naturelles. L'auteur ne désire nullement supprimer ou remplacer les langues vivantes ; il ne prétend même pas créer à lui seul la langue universelle. Il demande seulement que des savants réunis en Congrès ou en Académie se pénètrent de la théorie du langage, et créent eux-mêmes la langue universelle qui est une conséquence de cette théorie. Pour que la théorie du langage engendrât la langue universelle, il suffirait que les principes de cette théorie fussent adoptés par les délégués de quatre ou cinq grandes nations européennes. L'auteur soumet d'avance son système à « la commission internationale » ou à 1' « académie formée des délégués de tous les idiomes » (t. II, p. 329).
Grammaire.
Suivant les principes mêmes de la langue, son exposition est divisée en deux parties (dont chacune forme un volume de son grand ouvrage) : l'une concerne les Grammaticaux, c'est-à-dire les éléments grammaticaux des mots et de la phrase (flexions et particules); l'autre concerne les Radicaux (éléments invariables des mots).
Cette distinction est si importante, qu'elle règne même dans
l'alphabet, où les lettres sont divisées en radicales et grammaticales. Voici le tableau des 15 voyelles et IG consonnes (nous ajoutons la prononciation entre parenthèses) :