WINCKELMANN
En effet, s’il y eut jamais une vocation décidée, impérieuse et telusive, ce fut celle de Winckelmann. Toutes ses facultés congèrent en un seul point, qui est comme le foyer lumineux de maintelligence. Dans toute l’histoire du passé ‘il ne voit et ne mnprend qu'une chose, l’art grec. Au temps de Périclès, il eût é un maître de cet art; mais dans tous les témps il l'aurait winé, et quelques restes lui auraient suffi pour le reconstituer, y'avait en lui une prédisposition native pour le monde poéjue dans lequel son âme a vécu, ou, comme disent les Alleands, il y avait accord intime entre le sujet et l’objet. £a carrière de Winckelmann a été semée de difficultés qui idient paru insurmontables à tout autre. Né à Stendal, dans Mieille-Marche de Brandebourg, le 9 décembre 1717, fils d’un tuvre cordonnier, il sert d’abord d'aide et de guide à un institeur aveugle. Quelques personnes s'intéressent à lui, et lui fourssent les moyens de suivre les écoles de Berlin. Mais il ne peut ‘endre goût à l’enseignement de ses premiers maîtres : ils étaient point amis des Muses, dit-il, et le grec était, chez eux, ussrare que l'or. Ayant appris que la bibliothèque du savant ibicius est mise en vente à Hambourg, il sy rend à pied, mandant le long de sa route l'hospitalité dans les presbytères les couvents, et il en rapporte quelques auteurs grecs. Puis ea Pidée de voyager ainsi jusqu'à Rome; mais, à Francfort, la ‘erre l’oblige à revenir sur ses pas. Il accepte-plusieurs charges Mprécepteur, pour vivré, ét il est nommé enfin, en 1743, recumadjoint à Seehausen, dans le Brandebourg. Il réste là cinq S,cinq années d’esclavage, dit-il, « pendant lesquelles il appre-! nait l'alphabet à des enfants galeux, tout en faisant sa prière dans Homère ». En 1748, il est nommé bibliothécaire du comte Bunau à Nœthnitz, près de Dresde, avec un traitement annuel. quatre-vingts thalers. Il se trouve à portée des riches collecms. des ducs de Saxe ; il décrit les tableaux, il dessine, il se livre ème à des travaux d'anatomie. Tout en rassemblant les mätéwux d’une histoire de l'Empire que le comte préparait, il poursuit Sétudes favorites. « Depuis quelque temps, » écrit-il, « je co- Prends mieux les anciens, et, pour ne parler que d'Homère, je
iphie, par J. Eiselein, 12 vol. Donaueschingen, 1825-1829; les trois derniers umes contiennent la correspondance. | A consulter. — Carl Justi, Winckelmann und seine Zeitgenossen, 3 voi., Leipzig, 161872; 2e édit., 1898. — Gœthe, Winckelmann und sein Zahrhundert, 1805.
« ce divin ouvrage.
La pensée de is l'Italie Point tous se 1e n Achinto lui procura un emploi à la cour de Rome; mais il fa qu'il embrassât le catholicisme. Il écrit à ce sujet à son. Berendis : « Tu sais que j'ai renoncé à tous les plaisirs, et que « n'ai jamais cherché que la vérité et.la science. Tu sais aus « ce que j'ai souffert pour cela. J'ai lutté contre le dénueni «et l'abandon, pour me frayer un éhèmin. J'ai toujours été mc « propre guide. C'est l'amour de la science, et de la science seul « qui a pu me décider à prêter l'oreille aux ouvertures que F « m'a faites. Le doigt du Tout-Puissant, la marque évidente | « son action sur nous, c'est notre instinct, auquel nous r'ésist « rions vainement... » Avant de partir, en 1755, il publia sc premier écrit, les He sur limitation des ouvrages grecs « da lu peinture et la sculpture, où il montrait que le seul moyen ( sortir de la confusion et du mauvais goût était de recourir a modèles anciens, et où il résumait déjà les caractères de P art gr dans une formule restée célèbre : «la PAPACHE noble. et la gra « deur calme ?. » .
Winckelmann avait trente-huit ans, mais, comme il se plait à le redire, il commençait seulement à vivre. En 1762, il écriv: à un de ses amis : « Tu veux savoir l’histoire de ma vie : elle « résume en peu de mots, car jé la mesure d’après mes j « sances. Le consul Marcus Plautius, qui avait triomphé d “« Ilyriens, fit écrire sur son tombeau, qui se voit encore à « environs de Tivoli, et où il avait fait marquer ses hauts fait « vixit annos IX. Je pourrais dire que j ÉD dans ma huitiè « année. Voilà bientôt huit ans que je vis à Rome et dans da « tres villes de l'Ilalie. J'ai regagné ici ce que la pauvretéet « chagrin m'ont fait perdre de ma jeunesse. Je mourrai « tent: j'ai obtenu ce que je désirais; ce qui m'a été donné ] Il « même mes espérances et mes mérites. » ;
Il employa quelques années à reconnaître son Cham d Rien de ce qui était à sa portée ne lui échappa. Il rassem
À alla plus loin. L'érudition, c’est-à-dire la notion exa@
chi schen Werke in der Malerei und Bildhauer-Kunst, nouvelle édition, pi fert, Heilbronn, 1885.
WINCKELMANN. 327 es, n’était pour lui qu’un moyen: il n'estimait que la science ndée par l'imagination. IL poussait: ses recherches jusque isles plus minutieux détails, commentait les œuvres d'art par cture des poètes et des historiens; mais, au fond, il ne cherit dans le travail scientifique que des raisons d'admirer. : athaumasie, c'est-à-dire l'absence d'étonnement, que vante
ft Ds, | abon, peut être bonne en morale, » dit-il, « mais elle est per-
icieuse dans l’art, parce qu’elle engendre l'indifférence. » Les acipes qui le guidaient déjà se confirmèrent au cours de ses ervations, el bientôt l'antiquité se dressa devant lui, plus te qu’elle ne fut jamais aux regards d'un moderne.
uelques traités, qu'il publia coup sur coup, furent comme la face de son grand ouvrage, l'Histoire de l'art dans l'antiquité, parut en 17641. Au printemps de l’année 1768, il voulut revoir lemagne ; mais, à peine arrivé dans le Tyrol, il comprit que raie patrie était derrière lui. Revenant par Vienne, il s’associa ime compagnon de route un jeune Italien, nommé Arcangeli, ui il eut limprudence de montrer quelques médaillons qu'il t reçus de l’impératrice Marie-Thérèse, et qui l'assassina à ste pour s'approprier ces trésors dont il s’exagérait la valeur. anouvelle de la mort de Winckelmann éclata au milieu de ous, » dit Goethe, « comme un coup de foudre dans un ciel rein. Je vois encore la place où je l'appris. Cet affreux évé- 2ment produisit un effet immense; ce furent des plaintes et pémissements universels. La mort prématurée de Winckelann fit sentir plus vivement le prix de sa vie?. »
1 Carrière féconde de Winckelmann est bornée par un espace louze ans. S'il avait vécu davantage, il aurait continué ses \orations dans la ville éternelle, et il aurait complété sa pré- Se collection des Monuments inédits 3. Mais il n'aurait rien
rent d'abord quelques articles dans la Bibliothèque des Be!les-Lettres (la on du Torse du Belvédère, les Remarques sur l'architectu » ‘des anciens de Girgenti, en Sicile, et, un peu plus tard, De la grâce dans les œuvres de €nSuite les Remarques sur l'architecture des anciens (Leipzig, | 61), les Let: les découvertes d'Herculanum (Dresde, 1762 et 1764), enfin la Dissertation aCulté de sentir le beau dans l'art (Dresde, 1763). — L'AHisto+e de l'urt quité (Geschichte der Kunst des Altertums, Dresde, 1764) t:t presque Mraduite en italien (par l'abbé Amoretti, Milan, 1779), et il en prut trois ns françaises dans le cours du siècle (par Robinet, Amsterdim, 1766; » Leipzig, 1781, et par Jansen, Paris, 1798-1803). et Vérité, livre VIII.
menti antichi inediti spiegati ed illustrati, Rome, 1767.
ajouté’à sa théorie de art, telle qu'il l’a tee ‘dat ouvrage historique. Elle est là, dans sa grandeur, comme
sa rigueur exclusive. Une admiration aussi vive que se
“- Winckelmann fait comprendre parfaitement un objet, mai fait comprendre que ‘cet objet. Winckelmann analyse et dé avec une sagacité remarquable l’origine, la croissance et la ma
rité de l’art grec, sous l'influence des mœurs’ et du climat, la religion et des lois, de tout ce qui détermine le caract national. Mais il oublie qée l’art, en quelque lieu qu'il sem feste, ne saurait être soustrait aux mêmes influences. La bea
grecque est, pour lui, un type immuable et accomph,: résu d'un concours de circonstances qui ne se reproduira plus,
type qui doit suffire désormais à la contemplation des homn
Le beau, dit-il expressément, est un et non multiple. Il n ‘acco
pas plus de pouvoir à l’individualité de l'artiste qu'à l'es,
changeant des siècles ét des nations. Il fait consister le b
dans l'indétermination?, c'est-à-dire « dans une forme qui « soit point particulière à telle ou telle personne, et qui n expr « point une situation de l’âmé ou un mouvement de la passi « lesquels mêleraient à la beauté des traits étrangers et. « briseraient l'unité ». Le type unique de la beauté ne se dit
sifie que dans les conceptions allégoriques, seul genre d'iny tion où doive s'exercer l'artiste ?. Du reste, les mêmés rè conviennént à tous les arts. La peinture, la poésie, la musiq
n'ont qu'un idéal, qu’une méthode; elles ne diffèrent que | leurs moyens d'expression. = Pour certaines de ses idées, Winckelmann restait Se
de Bodmer. AFS, sur d’ autres Donoure. ne vues profs
désormais sur son veritable . 1l nes aies plus, dans l’école de Klopstock, de reproduire la cadence du
tion se trouvaient bannies du même soie On comprit . la v d'une pensée assez sûre d'elle-même pour dédaigner le
1. Die Unbezeichnung, dit Winckelmann, avec un mot créé par lui. >< 2. C'est le contenu d'un des derniers ouvrages de Winckelmann, lÆs Allégorie (Versuch einer Allegorie, besonders fix die Kunst, Dresde, 170 édition centenaire, Leipzig, 1866.
PH pe CRÉLHANN. SUITE RS gogee
Les arts plastiques furent ramenés au grand style; n sut allier la noblesse et la grâce, dans des œuvres ‘un Italien de la Renaissance, En poésie, on imagina une ion nouvelle entre le Nord et le Midi, et Gæœthe, après qu Faust, cru S'élever en écrivant fphigénie. L'influence 2 53
kelmann s’étendit même sur.les sciences historiques. Il ntré dans l’art un développement naturel et organique : M et Otfried Müller appliquèrent sa méthode à l'histoire ; , et Herder lui doit peut-être le plan de ses Idées Sur
e de l'humanité.
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