‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 83 sur 534 · POÈMES · texte numérisé non relu

POÈMES

PE RP UR : sEARÉ 2 DE a 0 ET PORN

La poésie religieuse continuait de suivre la direction que h avaient imprimée des poètes comme Rodolphe d'Ems: elle n€k plus, pour ainsi dire, qu'une branche parasite de la littérab chevaleresque. La plupart des légendes rimées de la fin du moÿe âge ne sont autre chose que des récits d'aventure dont les perso nages sont des saints; l'intérêt romanesque y remplace le sent ment religieux. Telle est, par exemple, la Vie de saint Oswal écrite d'abord au xrr° siècle, et reprise deux fois au xive. Les det dernières rédactions nous sont seules parvenues !; les auteu sont inconnus. Le caractère merveilleux de cette légenc

s'explique par son origine celtique; des animaux y jouent. rôles importants, comme dans les anciens contes gallois. héros est un roi d'Angleterre, qui recherche en mariage la fl d'un roi paien, nommé Aron: Un corbeau lui sert de message et les aventures du corbeau, qui se trouve plusieurs foi danger de mort, ne sont pas la partie la moins bizarr

1. L'une a été publiée par Ettmüller (Zurich, 1835), l'autre par Pfeiffer (dar revuc de Iaupt, Zeitschrift für deutsches Altertum, I). À:

récit. En vain le corbeau porte l’anneau d'Oswald au delà des mers ét lui rapporte celui de la princesse : Aron s'oppose au mariage. Alors Oswald prend les armes, pour conquérir sa fiancée. Dans un combat, il fait vœu, si Dieu lui doune la victoire, d'accueillir à l'avenir toute demande qui lui sera faite au nom de Dieu. I] est vainqueur; tous les païens sont mis à mort; Aron seul est épargné, et se déclare prêt à recevoir le baptême, si

on lui démontre que le dieu chrétien est le plus puissant des .

dieux. Oswald lui en donne aussitôt la preuve, en ressuscitant les païens étendus sur le champ de bataille. Aron, ayant retrouvé son demée, veut recommencer la lutte. Mais les siens refusent de lui

obéir; car, dans l'intervalle, ils ont vu l’enfer, et ils craignent

dy être précipités une seconde fois. Oswald rentre dans son palais avec la princesse. À peine a-t-il pris sa place au festin de noces, qu'un pèlerin se présente et lui demande, au nom de Dieu, sa femme et sa couronne. Se rappelant son vœu, il invite Pétranger à se vêtir du manteau royal et à s'asseoir à côté de la réine. Or le pèlerin n'était autre que le Sauveur du monde; il rend à Oswald tous ses honneurs; mais il l’engage en même témps à renoncer aux biens de la terre et à se préparer à une

mort prochaine.

“De pareilles histoires étaient plutôt faites pour l’'étonnement que

pour l'édification des lecteurs. D'autres légendes étaient conçues dans le genre allégorique dont les plus parfaits modèles sont ld Récompense du Monde et la Forge d’or de Conrad de Wurzbourg. Le Monde,-un personnage de femme (die Werlte), est un assemblage de tous les vices, surtout de ceux qui se cachent sous des dehors brillants. Quant à {a Forge d'or, le titre n’en ferait pas deviner le contenu, qui s'explique assez bien dans les premiers vers : « Que ne puis-je, » dit l’auteur en s'adressant à la sainte Viérge, « que ne puis-je, auguste Reine du ciel, dans la forge &de mon cœur, forger un poème d'or, incrusté de pensées d’esbarboucle, et qui, par son éclat, soit digne de ta gloire? Mais @je manque d'art pour manier le marteau de ma langue. » Le poème contient, en effet, les louanges de la Vierge, et il est écrit fout entier dans ce style, qui fit passer Conrad de Wurzbourg pour le premier poète de son temps. Conrad étonna, du reste, ses contemporains par la fertilité de son esprit et l’agilité de sa plume. Il rima aussi les légendes de saint Alexis et du pape | l'histoire du châtelain de Coucy, celle d'Amis et Amile

t TRE

(sous les noms d’Engelhart et Engeltrut), et celle de Loheng le Chevalier au cygne, säns parler d’un grand nombre de lais, di ballades et de chansons. Il ne put achever son poète de la Guerre de Troie, qu'un continuateur inconnu porta jusqu'aux environs de cinquante mille vers. Dans la légende, il eut pour principal disciple un chevalier de l’ordre Teutonique, nommé Hugo de Langenstein, qui retraça le martyre de sainte Martine. Les vertus de la sainte, ce sont ses vêtements, que Dieu lui-même a préparés pour ces La couronne qui est posée sur sa tête est formée de six fleurs : l'humilité, la fidélité, la tempérance, la douceur, l’obéissance, la sagesse. Ce qui rend ces comparaisons encore plus dou ce sont les développements qu’elles entraînent, et où l’auteur étale toute sa science théologique et laïque 2.

Les poètes, peu capables de recueillir et de ranimer les pieuses traditions d'autrefois, étaient quelquefois mieux inspirés par des légendes presque contemporaines et se rattachant à des souvenirs encore vivants. Une des saintes les plus vénérées de l’Alle= magne fut Élisabeth de Hongrie, la belle-fille de ce landgrave

Hermann de Thuringe qui se signala parmi les plus zélés protec teurs des lettres. Sa vie a été racontée dès la fin du xir siècle L'auteur est inconnu, mais il est probable qu'il était originaire de la Thuringe. On s'aperçoit que, dans son récit, le sentiment patriotique soutient l’émotion religieuse. La légende a été reprise, au commencement du xv® siècle, par l'historien saxon Jean Rothe, chapelain de la landgrave Anne mais il paraît que le souvenir

des bienfaits et des souffrances d’Élisabeth était déjà bien affaibli, car le récit de Rothe n Het ps qe une froide énumération de miracles. 4

1. Éditions. — Der werlte lôn, éd. de Franz Roth, Francfort, 1843. — Die rod

Schmiede, éd. de W. Grimm, Berlin, 1840, — W. Grimm a également publié Je Silvester (Gœttingue, 1841), et Roth l’histoire du châtelain de Coucy (Die Mähre von der Minne oder die Herzmähre von Konrad von Wäürsburg, Francfort, 18 et celle du Chevalier au cygne (Der Schwanritter, Francfort, 1861). — Engelhart ne nous est parvenu que dans un texte imprimé du xvi° siècle (Francfort, 157 Haupt a essayé de restituer le texte primitif (Leipzig, 1844). ne.

2. Hugo de Langenstein nous apprend qu il rapporta de Rome, en 1298, ginal latin dont il se servit; son poème n’a pas moins de 33 000 vers. — Er

de À. Keller, Stuttgart, 1856.

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