‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 168 sur 271 · CHAPItRE II. DRYDEN · texte numérisé non relu

CHAPItRE II. DRYDEN

des flambeaux, ils courent, Thaïs la première, et la nouvelle Hélène brûle la nouvelle Troie I Ainsi jadis la musique attendrissait, exaltait, maîtrisait les hommes ; les vers de Dryden retrouvent son pouvoir en le décrivant.

Ce fut là une de ses dernières œuvres; toute brillante et poétique, elle était née parmi les pires tristesses. Le roi pour lequel il avait écrit était détrôné et chassé ; la religion qu'il avait embrassée était méprisée et opprimée; catholique et royaliste, il était confiné dans un parti vaincu, que la nation considérait avec ressentiment et avec défiance comme l'adversaire naturel de la liberté et de la raison. Il avait perdu les deux places qui le faisaient vivre ; il subsistait misérablement, chargé de famille , obligé de soutenir ses (ils à l'étranger, traité en mercenaire par un libraire grossier, forcé de lui demander de l'argent pour payer une montre qu'on ne voulait pas lui laisser à crédit, priant lord Bolingbroke de le protéger contre ses injures, vilipendé par son boutiquier quand

Give the vengeance due ïo the valiant crew :

Behold how they toss their torches on high, How they point to the Persian abodes, And glittVing temples of their hostile godsl

The princes applaud with a furious joy, And the King seiz'd a flambeau with a zeal to destroy. Thaïs led the way, To light him to bis prey , And, like another Helen, fir'd another Troy.

252 LIVRE m. L'ÂGE CLASSIQUE.

Il page promise n'était pas pleine au jour dit. Ses ennemis le persécutaient de pamphlets ; le puritain Collier flagellait brutalement ses comédies ; on Je damnait sans pitié et en conscience. Il était malade depuis longtemps, impotent, contraint de beaucoup écrire, réduit à exagérer la flatterie r>our obtenir des grands l'argent indispensable que les éditeurs ne lui donnaient pas*. • Ce que Virgile a composé S disait-il, « dans la vigueur de son âge, dans Tabondance et le « loisir, j'ai entrepris de le traduire dans le déclin de « mes années ; luttant contre le besoin, opprimé par « la maladie, contraint dans mon génie, exposé à « voir mal interpréter tout ce que je dis, avec des « juges qui, à moins d'être très-équitables, sont déjà « indisposés contre moi par le portrait diffamatoire « qu'on a fait de mon caractère. » Quoique bien disposé pour lui-même, il savait que sa conduite n'avait pas toujours été digne, et que tous ses écrits n'étaient pas durables. Né entre deux époques, il avait oscillé entre deux formes de vie et deux formes de pensée, n'ayant atteint la perfection ni de l'une ni de l'autre, ayant gardé des défauts de l'une et de l'autre, n'ayant point trouvé dans les mœurs environnantes un soutien digne de son caractère, ni dans les idées environnantes une matière digne de son talent. S'il avait institué la critique et le bon style, cette critique n'avait trouvé place qu'en des traités pédantesques ou des préface?

1. On lui payait dix mille vers deux cent cinquante guinées. 1. Post'Scriplum de la traduction de Virgile.

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