‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 46 sur 271 · CHAPITRE I. LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. LA RESTAURATION

au-dessus desquelles paraît la blancheur de leur poitrine, dont Téclatante nudité se continue sur toute répaule et jusqu'au bras. On les regarde, on salue et on approche. Le roi monte à cheval pour sa promenade à Hyde-Park; à ses côtés courent la reine, et avec elle les deux maîtresses, lady Castlemaine et mistress Stewart : « la reine* en gilet blanc galonné, en jupon court cramoisi, et coiffée à la négligence; mistress Stewart avec son chapeau à cornes, sa plume rouge, ses yeux doux, son petit nez romain, sa taille parfaite. » On rentre à White-Hall, « les dames vont, viennent, causant, jouant avec leurs chapeaux et leurs plumes, les échangeant, chacune essayant tour à toqr ceux des autres et riant. » En si belle compagnie la galanterie ne manque pas. « Les gants parfumés, les miroirs de poche, les étuis garnis, les pâtes d'abricot, les essences, et autres menues denrées d'amour arrivent de Paris chaque semaine. » Londres fournit « des présents plus solides, comme vous diriez boucles d'oreilles, diamants, brillants et belles guinées de Dieu; les belles s'en accommodaient, comme si cela fût venu de plus loin*. >• Les intrigues trottept. Dieu sait combien et lesquelles. Naturellement aussi la conversation va son train. On développe tout haut les aventures de Mlle Warmestré }a dédiaigneuse, « qui, surprise apparemment pour avoir mal compté, pKfini la liberté d'accoucher ^u milieu de la cour, » On &% répète tout bas le$i tent^tiye§ 4p Mlle Hobart» l'heureiix

68 UVRE îîî. L'AGE CLASSIQUE.

malheur de Mlle Churchill, qui, étant fort laide, maïs ayant eu l'esprit de tomber de cheval, toucha les yeux et le cœur du duc d'York. Le chevalier de Grammont conte au roi l'histoire de Termes ou de Taumônier Poussatin ; tout le monde quitte le bal pour venir Técouter, et, le conte fait, chacun rit à se tenir les côtes. Vous voyez que si ce monde n'est pas celui de Louis XIV, c'est néanmoins le monde, et que, s'il a plus d'écume, il va du même courant. Le grand objet y est aussi de s'amuser et de paraître. On veut être homme à la mode ; un habit rend célèbre : Grammont est tout désolé quand la coquinerle de son valet l'obh'ge à porter deux fois le même. Tel autre se pique de faire des chansons, de bien jouer de la guitare. « Russell avait un recueil de deux ou trois cents contredanses en tablature, qu'il dansait toutes à livre ouvert. » Jermyn est connu pour ses bonnes fortunes. « Un gentilhomme, dit Etheredge, doit s'habiller bien, danser bien , faire bien des armes, avoir du talent pour les lettres d'amour, une voix de chambre agréable, être très- amoureux, assez discret, mais point trop constant. » Voilà déjà l'air de cour tel qu'il dura chez nous jusque sous Louis XVL Avec de pareilles mœurs, la parole remplace l'action. La vie se passe en visites, en entretiens. L'art de causer devient le premier de tous ; bien entendu, il s'agit de causer agréablement, pour employer une heure, sur vingt sujets en une heure, toujours en glissant, sans jamais enfoncer, de telle façon que la conversation ne soit pas un travail, mais une promenade. Au reto^, elle

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