‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 5 sur 271 · LES VIVEURS · texte numérisé non relu

LES VIVEURS

Lorsqu'on feuillette tour à tour l'œuvre des peintres de la cour sous Charles I", puis sous Charles II, et qu'on quitte les nobles portraits de Van-Dyck pour les figures de Lely, la chute est subite et profonde : ori sortait d'un palais, on tombe dans un mauvais lieu.

Au lieu de ces seigneurs fiers et calmes qui restent cavaliers en devenant hommes de cour, de ces grandes dames si simples qui semblent à la fois princesses et jeunes filles, de ce monde généreux et héroïque, élégant et orné, où resplendit encore la flamme

4, LIVRE m. I/AGE CLASSIQUE.

de la Renaissance, où reluit déjà la politesse de l'âge moderne , on rencontre des courtisanes dangereuses ou provocantes, à l'air ignoble ou dur, incapables de pudeur ou de pitié K Leurs mains potelées, épanouies, ^ ploient mignardement des doigts à fossettes; des torsades de cheveux lourds roulent sur leurs épaulesj charnues; les yeux noyés clignent voluptueusement,^ un fade sourire erre sur les lèvres sensuelles. L'une relève un flot de cheveux dénoués qui coule sur les rondeurs de sa chair rose ; celle-ci, languissante, se laisse aller, ouvrant une manche dont la molle profondeur découvre toute la blancheur de son bras. Presque toutes sont en chemise ; plusieurs semblent sortir du lit; le peignoir froissé colle sur la gorge, et . semble défait par une nuit de débauchç; la robe de dessous, toute chiffonnée, tombe sur les harches ; les pieds froissent la soie qui chatoie et luit. Toutes débraillées qu'elles sont, elles se parent insolemment d'unluxe de filles : ceintures de diamanls, dentelles bouillonnantes, splendeur brutale des dorures, profusion d'étoffes brodées et bruissantes, coiffures énormes, dont les bouclesetles torsades enroulées et débordantes provoquent le regard par Téchafaudage de leur magnificence eflrontée. Des draperies tortillées tombent alentour en forme d'alcôve, et les yeux plongent par une échappée sur les allées d'un grand parc dont la solitude sera commode à leurs plaisirs.

1. Voyez surtout les portraits de lady Mooreland, de lady Williams, de la comtesse d'Ossory, de la duchesse de Gleveland, de lady Priée, etc.

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