PRÉFACE
J’arrive aujourd’hui devant le publie avec un livre que je dédie à tout le monde, j'entends dire à tous ceux qui s’intéressent à cè coin de terre qui fut autrefois la Nouvelle-France etqui s’appelle maintenant le Canada. Mon ambition, ma plus louable intention, en écrivant ces lignes, a été d'élever un modeste monument destiné à rappeler à - l'étranger, et ici, les noms de ceux qui ont fait quelque chose dans le -sens du mouvement littéraire national.
À I1 semble à tous les citoyens de ce pays, qui prennent à cœur nos
AS Y destinées futures et qui examinent de loin ou de près le rôle que nous
> sommes appelés à remplir sur cette terre d’Amérique,que la littérature DL doit compter pour beaucoup dans l’accomplissement de cette mission. C’est elle qui se fait le fidèle interprète des sentiments et des 1 SRG qui animent les hommes, de même qu’elle est la plus haute “expression du degré de civilisation chez les peuples. Les sociétés -grandissent en EE AS au beau le culte qui lui est dû, parce que la “recherche de l’idéal est toujours une indice de virginité nationale. Au “contraire, les nations qui croupissent dans les ténébreuses régions de DA matière, en perdant le sens des idées élevées, ont dépassé leurs LEA glorieux et ne sont plus qu'à un doigt de la décadence. L'histoire de la littérature de tous les peuples est une éloquente justification de ces faits.
Il inporte donc, à tous les égards et par toutes les considérations, (que notre jeune pays réunisse tous les élements qui peuvent constituer june littérature nationale saine et féconde. Il suffit pour cela de guider, © de protéger et d'encourager le mouvement actuel. L’élan est donné : + Te le reconnais avec satisfaction et je le déclare avec orgueil. La Bt de nos progrès littéraires est sur le point d’être franchie; 7 encore une décade et nous aurons atteint les commencements du véritable âge d’or de notre histoire littéraire. Cette époque, on le comprend 2 facilement, devra coïncider avec un grand événement politique qui à trop retardé peut-être, mais qui ne peut manquer de s’accomplir dans un avenir plus ou moins rapproché : je-veux parler de l’Indépendance du Canada. En rendant au pays sa véritable autonomie et en le plaçant au rang des nations libres, la rupture du lien colonial dégagera les esprits des nombreuses attaches qui les retiennent encore”à l’étranger, et le travail commun.sera plus fort pour accomplir de grandes choses dans
le sens de nos destinées littéraires. Ce nouvel état de choses politiques en changeant les conditions économiques du pays, entraînera à sa remorque toute une révolution dans la marche de l’éducation. [L’aisance et le bien-être matériels contribueront à faire la fortune des arts et des lettres.
: Tout en louant beaucoup les succès qui ont marqué cette première période de notre littérature, je dois reconnaître cependant qu’elle me paraît bien incomplète. Nous avons, il est vrai, des représentants à peu près dans tous les genres, mais nous en comptons peu, et encore la critique doit-elle être indulgente à leur égard. C’est beaucoup si nous considérons les difficultés qui ont entouré les origines et les premiers temps de la colonie ainsi que les obstacles qui ont arrêté le progrès de l’éducation, mais c’est peu si nous comptons les années qu: se sont écoulées depuis la découverte du Canada jusqu’à nos jours À part quelques essais généreux qui indiquent du talent, des études, de la science, du goût et une véritable vocation littéraire, il y a bien peu d’œuvres véritablement dignes de passer à la postérité et capables de donner au-dehors une haute idée de notre Parnasse littéraire. Mais les écrits indigènes, tout indignes qu’ils puissent paraître auxétrangers, n’en méritent pas moins notre bienveillance et les prévenances du lecteur canadien. Ils suffisent pour donner à notre littérature une apparence de vitalité très satisfaisante si nous la jugeons, sinon très consolante si nous la comparons à ses sœurs ainées.
Dans tous les cas, le moment est arrivé d’imprimer au mouvement actuel une direction convenable. La critique littéraire à maintenant sa raison d’être : plus tard il ne serait pas temps.
Je n’ai pas ambitionné pour ma part de promener dans notre bibliothèque nationale ce flambeau lumineux qui laisse voir à côté des beautés de Part les défauts de l’écrivain. Mon rôle à été bien plus modeste et j’avoue de suite, avant qu’on me le dise, que ma critique se rapproche plus de la bibliographie que de esthétique, elle est plus anecdotique que savante, moins substantielle que variée. Mais j'ai peut-être réussi à réunir dans ces pages les noms de tous ceux qui ont écrit sur quelque sujet que ce soit. Autant qu’il m’a été possible Je n’ai oublié personne. (’est déjà quelque chose. Je me sentirai donc satisfait d’offrir à mes concitoyens ce modeste catalogue de la
librairie canadienne, et d’avoir, le premier, jeté un jalon dans le champ de la critique littéraire en Canada.