I- — Avant Molière
Nous rappelons, pour mémoire, les comédies de Cor-
cSie'^'^MÎ" '.Z'-,^'''^''^"'" anecdote, dis-
/TSi, f ^ ^""^'^'^ ^« P^'^Vos : « Sans is menteur, j aurais sans doute fait quelques pièces d'in-
Oes Granges. — Littérature.
|/ trigue, mais peut-être n'aurais-je jamais fait le Misan- I îhrope. » Quand on examine les comédies qui furent repré- ^ sentées entre le Menteur et 1 Étourdi, pendant une période de dix ans, on est surpris d'y trouver si peu d'œuvres dignes d'estime, et on en conclut que le vrai précurseur de Molière, c'est bien Corneille.
Est-ce à dire que, avant et après le Menteur^ le public ait été privé de comédies amusantes, souvent bien intriguées, agréablement versifiées, et, dont quelques parties ont pu inspirer Molière ?
Rotrou n'a pas composé moins de treize comédies, la plupart imitées de l'espagnol (ce sont les moins bonnes) ; trois, de Plante: les Ménechmes (1632) (à comparer aux ■ Ménechmes de Regnard, 1705), les Sosies (1636) (à comparer avec V Amphitryon de Molière, 1668), /e5 Captifs(i63S) ; enfin, la meilleure, imitée de litalien (la Sorella, de J.-B. délia Porta), la Sœur(WS) : on la lit encore avec plaisir, et quand on songe à la date, et à l'âge de l'auteur, on ne peut que regretter, une fois de plus, la mort prématurée de Rotrou.
Desmarets de Saint-Sorlin (1595-1676) est de ceux qui valent mieux que sa réputation ; nous retrouverons son nom à la « Querelle des Anciens et des Modernes ». Il a le mérite d'avoir donné une comédie satirique, fondée sur l'observation des mœurs et des ridicules du jour, les Visionnaires (1637), dont Molière a tiré en partie le caractère de Bélise des Femmes savantes : l'Hespérie de Desmarets croit, comme Bélise, que tout le monde est amoureux d'elle. On trouve également dans le personnage du poète Amidor quelques traits de Trissotin (1).
Scarron (1610-1660) occupe une place à part dans l'histoire du théâtre comique au dix-septième siècle. Il représente le genre burlesque, genre qui est une protestation de Tindividualisme et de la fantaisie sans limites contre Tesprit de discipline et de convenance mondaine. Scarron, célèbre par ses infirmités, par son mariage avec Françoise d'Aubigné,
(1) Lire des fragments des Visionnaires dans le Théâtre choisi des auteurs comiques des dix-septième et dix-fiuitième siècles^ par H. Parigot (Delagrave);
Molière et la comédie au xvii^ ^iécle is'è
la future Mme de Maiulenon, et par sa bonne humeur un l)eu affectée, cultiva toutes les formes du burlesque : il a écrit le Virgile ivavesli (pénible parodie de VÉnéide), le Roman comique (dont nous parlons ailleurs), des Non-velles (dont Molière s'est souvenu pour VÉcole des femmes et Tartufe), et des comédies. Ses meilleures comédies sont Jodelel ou^^l^^^^^^^ et Don Japhet d'Ar-
!!î£!!!?.(^^^^) î celle-ci, imilée de Fespagnol (de Tirso de MoTma), met en scène l'ancien bouffon de Charles-Quint, et nous le montre berné et battu par les gens à qui il prétend imposer sa burlesque personnahté. Le comique en est forcé, et nous paraît froid ; mais la pièce eut, à son apparition, un étonnant succès, et le retrouva dans diverses reprises, jusque vers le milieu du dix-huitième siècle. Aujourd'hui, la versification seule (dont on retrouve quelques procédés chez les néo-burlesques, Jean Richepin, A. Morand, E.Rostand, Catulle Mendès) en rend la lecture assez piquante (1).
Thomas Corneille (1625-1709) ne fut pas moins applaudi pour ses comédies que pour ses tragédies. Il donna un grand nombre de pièces imitées de l'espagnol. Les meilleures sont : Don Berlrand de Cigarral (1653), imitée de Don F. de Rojas, et le Geôlier de soi-même (1655). Thomas Corneille se plaît aux imbroglios, aux méprises. Son style a une certaine force comique; moins imprévu que Scarron, il a plus de netteté et de trait (2).
Boisrobert (1592-1662) mérite également de ne pas être oubHé, pour sa Belle plaideuse (1654), pièce où Ton est heureux de trouver, au lieu de l'extravagance espagnole ou ita- Henne, une observation directe des mœurs et de la société»(3).
Quinault, qui avait débuté par des comédies, fît jouer en 1665 /a Mère Coquette, fort johe pièce, dont les vers ont une aisance encore charmante, et qui resta longtemps en répertoire.
Enfin, le Pédant Joué, de Cyrano de Bergerac (1654), a fourni à Molière la «scè^ galère» des Fourberies de Scapin f4)* (!) H. pAmcoT, p. m.
(2) Ici., p. 129.
(3) Id., p. L53,