BOILEAU
sentir, — choisie, parce que les exceptions ou les monstruosités que produit parfois la nature sont contraires à son plan ordinaire et que nous n'arrivons au général que par le choix. Voilà pourquoi Boileau proscrit le précieux, le burlesque, l'emphatique, et revient sans cesse au nalareU seul beau, c'est-à-dire seul digne d'attirer et de fixer l'artiste. — Ce naturel, dans les grands genres, est surtout psychologique. Cependant, Boileau n'exclut pas la peinture pittoresque de la nature extérieure; mais il en élimine les traits trop spéciaux, qui pourraient devenir inintelligibles aux lecteurs d'un autre âge.
2° Le vrai seul est aimable. — Le but de la poésie n'est pas d'instruire ni de prouver, mais de plaire. Et Boileau affirme que seule la nature plaît. Toute affectation rebute le lecteur. « Chacun pris en son air est agréable en soi. » Et il faut plaire, au dix-septième siècle, à la société, laquelle ne supporte pas le sublime continu, ne tolère pas le réalisme trop bas, aime à se reconnaître dans les analyses et dans les inventions qu'on lui présente, plutôt qu'à se sentir dominée et écrasée par l'extraordinaire.
3« Aimez donc la raison. — Mais quel sera le critérium dans la recherche du vrai et du naturel? Notre imagination nous entraîne dans l'irréel et dans la fantaisie; notre sensibilité nous porte à exagérer nos propres façons de souffrir ou de jouir ; dgric, c'est notre raison qui nous, servira de guide. Raison, chez Boileau, est presque synonyme de" S 0/2 7en5. C'est la faculté moyenne et universelle, commune à tous les hommes, dans tous les temps et dans tous les pays, qui prend pour base ce qu'il y a d'universel et d'irréductible. \
4^ L'imitation des anciens. — Et comment former notre ^ raison, lui apprendre à distinguer le vrai du faux, le général du particulier, ce qui durera de ce qui doit passer ? Par l'étude des anciens. Ceux-ci, en effet, plus rapprochés qlTé hOTïï-de-ta- nature; T décrite et analysée avec plus de simplicité. Et surtout, comment se fait-il que leurs ouvrages, conçus dans une civilisation si différente de la nôtre, aient pu survivre à tant de révolutions dans la politique, la religion, les mœurs, les formes mêmes de l'art? Comment? si ce n'est par ce qu'elles contiennent de
LA LITTÉRATURE f'RANÇAISIÎÎ
vraiment universel et de réellement humain ? A leur école, donc, nous apprendrons comment on distingue Yhomme sous les individus, et nos ouvrages mériteront à leur tour de vivre dans la postérité.
Telle est, en résumé, la doctrine de Boiîeau. Tous les préceptes particuliers se ramènent à cette théorie générale.
Que lui manque-t-il pour être complète ? Nous Talions voir en étudiant la querelle des anciens et des modernes,