I. — Chateaubriand
Vie. Années d'enfance et de jeunesse (1768-1786). — La famille illustre des Chateaubriand était, vers la fin du dix-huitième siècle, bien déchue de son ancienne splen-
LA LITTÉRATURE Î^RANÇAISE
d'une '^ns^r^S'?:^''' .^^ l'écrivain, homme tune auxTs n,l f ^"'^ chercher for-
il setait ur/r IH.I. '^r'"^ armateur à Saint-Malo; parole Marié en T^''^r•'^'•^^?• maison, et tint
JrPh.rf'''^' ^^'^^^ "ieCaud; elle d xS "e
vti le seÏvantT F soins d une
Vieille sei vante, François-R.^né
leli:XrnL"ms était né à Saint-Malo.
bondep l, il , ' premières- années à vaga-
lïau c^l "g TR^nSr oS !î ^" ^« ffpnt <»t t.io ; ou il fut un écoher très intelli-
r«ni H„ «'^ord a Brest pour passer son examen d'asoi-
e slSe'nn'remZ'f " ^'î """^ ^'«^^"«^ ecclésiastique, Il rest^a iZi'^e .f." ''"'i'^"*^' '^«"^ge de Dinan
11 resta ensuite deux ans dans la solitude du château Hp
ïoutrdif lulm Pf^' L"-'- Chaîeaibriand
nous a dit lui-memc, dans ses Mémoires d'oulre-lombe de
?u" t"pSs'lu*;ir"d';"""'^'"^^'^"^ cesVeJ'fn^éc païne de seTrÀL? n ""'^'u ^tait la corn-
et Sadh'l don. rhi' ^r'' sensibilité romanesque
peiTAméli; ervp.f 'i'^i'^f'""'* ''^'^ ^""nd il a
peint Amené et Velleda. L'humeur vovaceuse de son ni.r«
bïïqurporr dit"^ '''' souraftlït'de'à T£Z
Darqtier pour des pays inconnus, quand il cTiang-ea d'avis et
vaJrf nïeloiV T ««"-l-"lenaat au régiEit de Na moTs ,i*^^ml ? poste, à Cambrai, dans les premieis
sTn ;£e\frap%:i^tt;tbîu!r^'"^ '^^
Cambrai il SU''''"'''"; 7 '•^tourner à
deTavati il ^ l ' Z''''*"^ '^''e^ et de capitaine briand ' P"*/' le eomte de Chateau-
la cour I e f "'"'''J ^^"'•^ P^'-ey, ILM^résenté à
Ëcouchard eh^"' littéraire. Il connut le poète
iicouchard-Lebrun (ahas Lebrun-Pindare, l'auteur empha-
tique de l'ode sur le vaisseau le Vengeur)', le « moraliste» Chamfort,im des hommes le plus spirituellement méchants de cette époque; Parny, élégiaque voluptueux qui annonçait Lamartine; Ginguené, critique doat il devait éprouver le lourd dogmatisme à propos d^ylfa/a et à\i Génie \ La Harpe, alors dans tout Féclat de son succès de conférencier mondain; Flins, type du bohème de lettres \ et par • lui, Fontanes, qui plus tard le fit rentrer en France et Tencouragea à publier son chef-d'œuvre. En 1790, Chateaubriand se trouva tout heureux de faire paraître, à YAlmanach des Muses, une pièce de vers dans le goût le ' plus fade du dix-huitième siècle. Que fût-il devenu, en continuant à fréquenter les salons et les cafés littéraires de Paris? un écrivain aussi médiocre que distingué. Mais cette société, ébranlée et dispersée par les premiers événements de la Révolution, n^exerça sur lui qu'une influence assez courte.
Voyage en Amérique (1791-179-2). — En causant avec M.de Malesherbes, ses rêves de voyage le hantèrent de nouveau. Il résolut de partir, pour découvrir un passage au nord de rAmérique, et il s'embarqua, à Saint-Malo, le 8 avril 1791; il devait être de retour le 2 janvier 1792.
Ce voyage en Amérique, Chateaubriand Ta raconté et exploité dans ses œuvres, de toutes les façons et sous toutes les formes. Après les impressions de Combourg, celles-là furent les plus fortes et les plus décisives. Et, pourtant, il n'a pas accompli tout l'itinéraire qu'il prétend avoir parcouru. M. J. Bédier (1) a prouvé que Chateaubriand, qui se vante d'avoir été jusque dans la Louisiane, n'a point dépassé la région des Grands Lacs, et que, pour décrire les pays qu'il n'a point vus, il s'est servi, sans scrupules, de relations françaises et anglaises, celles du P. Charlevoix et de Bartram. Quoi qu'il en soit, il rapportait d'Amérique des sensations et des couleurs dont il enrichit, pour un siècle^'eTOièf ,' notre littérature.
Il revint brusquement, à la nouvelle de Farrestatrion du roi à Varennes; se maria au passage avec Mlle Céleste
(l) Joseph Bédier, Éludes critiques. Paris, Colin, 1903 (p. 125 : Chateaubriand en Amérique : vérité et fiction).
Buisson de la Vigne, qui fut une femme d esprit charmant éniSrls!"' '""'^ des
L'exil à Londres (1793-1800). - Blessé au siège de ThionviUe 11 se réfugie à Bruxelles, de là à Jersey puis à Londres, où .1 fait, pour vivre, des besognes de Hbra rie Encore est-il sur le point de mourir de faim dans ce té ville, ou, vingt-cmq ans plus tard, il devait revenir comme ambassadeur de France. C'est pendant son séjour à lZdres qu 11 publie son premier ouvrage, l Essai sur les liévolulions, livre tout imprégné de pessimisme anti-chrétien
^\Tia^TlT'^ P'"''"'^"'" apologiste delà reli-
gion (1/97). A la même époque, il entassait dans une vaste composition des souvenirs de son voyage d'Amérique; de
plus tard le livre intitulé /e« A^a7cfe, qui est fait « avec des restes Il était encore à Londres, en 1799, quand il reçut une lettre de sa sœur Julie, lui annonçant la mort de
Zif^r'r r T™"""' °" cette lettre parvint à Chateaubriand Adie elle-même était morte. Le dernier vœu de Mme de Chateaubriand avait été que son fils revînt à la religion de son enfance. La grâce le toucha. « Je n'ai point cédé, j en conviens, dit-il, à de grandes lumières surnaturelles; ma conviction est sortie du cœur : j'ai pleuré et j ai cru. >> Des lors, il conçoit le plan de soii Génie du chnsliamsme. '
J.T^^^ Consulat et l'Empire (1800-1814). - Fontanes avait obtenu xle Bonaparte que Chateaubriand fût rayé de snn n f ' ^"^'f és; et cekii-ci rentre en France le 8 mai 1800 II fréquente alors le-siElTde Mme de Beaumont; publie, en 180L Alala, fragment détaché de son prochain ouvrage, - et le li avril 1802, quatre jours avant la proclamation du Concordat, le Génie du C/wislianisme. Bonaparte, désireux de s'attacher un homme qui servait si bien ses desseins de reslauralioH sociale, nomma Chateaubriand secrétaire d ambassade à Rome (1803), puis ministre plénipoten la.re dans le Valais (1804). Mais l'exécution du duc dj^glnen vint créer entre le Premier Consul'SriïïnTn îrre-mediable malentendu. Chateaubriand donna sa démission,
et, pour étudier les paysages et les ruines du pays où il voulait placer Tactioii des Martyrs, il entreprit un long voyage, dont nous avons le récit détaillé dans Y Itinéraire de Paris à Jérusalem, — 11 passe par Venise et Trieste, visite la Grèce, Constantinople, la Palestine, revient par Tunis, Carthage et l'Espagne. Ce voyage dure près d'un an (juillet 1806 à juni 1807). A son retour, il achète, près d'Aulnay une maison de campagne, la Vallée-aux-Loups, où il s'établit pour terminer les Martyrs, qui paraissent en 1809 L'Itinéraire est publié en 1811. Cependant, Chateaubriand fait une opposition de plus en plus vive à l'Empire. Il écrit dans le Mercure un article aux allusions menaçantes ; reçu à l'Académie française, pour y succéder à M. J. Chénier, ii compose un discours que le pouvoir impérial ne l'autorise pas à prononcer.
Sous la Restauration (1814-1830). — A la chute de Napoléon, il publie un pamphlet : De Baonaparte et des Bourbons (1814), qui « vaut une armée à Louis XVIII »; mais, nommé pair de France, il entre dans l'opposition, et il écrit (1816) la Monarchie selon la charte, qui lui attire les persécutions du ministère Decazes. Après la mort du duc de Berry (J820), Chateaubriand est nommé ambassadeur à Berlin; en 1822, ambassadeur à Londres; la même année, il représente la France au Congrès de Vérone, et devient ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Villèle. Malgré le succès de l'expédition d'Espagne, sa situation se gâte, car il n'est aimé ni du roi, ni de Villèle, et, le 6 juin 1824, il est « relevé de ses fonctions ». Profondément blessé,/ Chateaubriand se rejette dans l'opposition ; mène, au Jo«r/ nal des Débats, une violente campagne contre Villèle, et contribue à le renverser. Sous le ministère Martignac, il reçoit (janvier 1828) l'ambassade de Bome. Mais la chute de Charles X le rend pour toujours à la vie privée. . ^
Dernières années (1830-1848), — En 1826, Chateaubriand avait publié l'édition complète de ses œuvres; en 1834, son Voyage en Amérique, Il donne encore, en 1831, ses Études historiques, en 1836, VEssai sur la Littérature anglaise, et en 1844, la Vie de Rancé, Puis il s'attache tout entier à ses Mémoires d'outre-tombe, commencés dès 1811, à la Vallée-aux-Loups, et sans cesse retouchés jusqu'en 1846.
Il fréquente alors de préférence le salon de Mme Récaniior a 1 Abbaye-aux-Bois, où il exerce une sorte de royauté.' Devenu fort pauvre, il avait « hypothéqué sa tombe», en vendant a une société d'acUonnaires, pour ne les faire paraître qu après sa mort, ses Mémoires d'oulre-lombe ; timle de Girardin en commença la publication, dans la i-resse, des levrier 1848. C'est le 4 juillet de cette môme année que mourut Chateaubriand, à Paris, dans une maison de la rue du Bac qui porte aujourd'hui le n« m. 11 avait demandé à être enterré en face de Saint-Malo, sa ville natale, dans l'île du Grand-Bé, sépulture grandiose et qui convient à son génie.
Caractère. -- Chateaubriand s'est peint lui-même dans sçs œuvres, tantôt indirectement (Alala, René, les Natchez) tantôt directement (Mémoires d'outre-tombe). Son caractère offre un singulier mélange de dédaigneuse froideur et d'enthousiasme lyrique. « Je manque d'ouverture de co3ur, dit-il; mon âme tend incessamment à se fermer... Aventureux et ordonné, passionné et méthodique, il n'y a jamais eu d'être à la fois plus chimérique et plus positif que moi de plus ardent et de plus glacé. » Il fait dire à Mené : « Jeaa'.ennuie de la vie, l'ennui m'a toujours dévoré.» 11 dit lui-même : « J'^i bâillé ma vie, j'ai' porté mon cœur en^echarpe. » Sa vie a été sans cesse mêlée aux plus grands événements du siècle, et ses ouvrages sent sortis de la réalité tout autant que du rêve. 11 dit : « C'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint 1 océan, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans lexil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les allaires, dans les assemblées, que j'ai étudié les princes la pohtique et les lois. »
L'œuvre de Chateaubriand. — Nous ne pouvons analyser dans le détail tous les ouvrages de Chateaubriand; mais nous croyons devoir les signaler tous, chacun à leur date en nous réservant d'insister seulement sur les principaux :'
L'Essai sw les révolutions (1797). - Le jeune émigré se proposait, dans ce singulier ouvrage, de rechercher les rapports entre les révolutions anciennes et la Révolution franç aise. De son vasl-^ plan, il ne publia que doux livres, le premier consacré
CHATEAUBRIAND
Madame de staël
aux révolutions républicaines de la Grèce, le second à Philippe et Alexandre. On s'aperçoit, aux jugements qui courent les manuels et la plupart des articles consacrés à Chateaubriand, que personne ne lit plus ÏEssal. Rien cependant n'est plus curieux en soi que ce fatras, où les comparaisons les plus inattendues, et parfois les plus justes, nous prouvent comment un homme du dix-huitième siècle pouvait juger, avant l'Empire, les événements de la veille et du jour, et prédire ceux du lendemain. Mais les chapitres vraiment indispensables à lire, pour ([ui veut connaître tout Chateaubriand, sont ceux que l'auteur consacre, à la fin de la deuxième partie, aux objections contre le christianisme (surtout du chap. XXXIX au chap. LV). II est faux de dire que Chateaubriand, dans VEssai, se montre disciple des encyclopédistes ; il les a, pour ainsi dire, en abomination; et il leur reproche d'avoir tout détruit, sans avoir rien remplacé. Pour lui, il croit sans doute à la décadence et à la prochaine disparition du christianisme; mais cette constatation le plonge dans l'angoisse; et il intitule son dernier chapitre : Quelle sera la religion qui remplacera le christianisme? A cette question, qu'il laisse pour le moment sans réponse Chateaubriand devait donner prochainement une solution.
Atala (1801). — Simple épisode destiné à illustrer le chapitre du Génie intitulé : « Harmonies de la religion chrétienne avec les scènes de la nature et les passions du cœur humain », Atala fut publié séparément et d'avance, en mai 1801. « Comme la colombe de l'arche », elle allait reconnaître le pays ; elle en rapporta un rameau de laurier. Dans la préface de la première édition. Chateaubriand nous explique dans quelles conditions il donne cet ouvrage, qu il détache des Nalchez, vaste composition dont il a laissé le manuscrit à Londres. — Atala s'ouvre par un Prologue. Après une description des bords du Meschacebé, l'auteur introduit le vieux Chactas, sauvage de la tribu des Natchez, qui a visité la France et qui connaît la cour de Louis XIV. Chactas raconte au Français René, une nuit, à la clarté de la lune, ^ssis avec lui sur la poupe d'une pirogue, les aventures de sa jeuh^se: — "Le récit commence, et se subdivise en quatre parties : les c/iasseurs, les laboureurs, le drame, les funérailles. Chactas, après une défaite de sa tribu par les M.uscogulges, s'est enfui à Saint-Augustin, chez l'Espagnol Lopez. Mais il veut, un jour, revoir son pays natal, et il est pris par ses anciens ennemis, qui le condamnent à être brûlé. Cependant, une jeune fille chrétienne de la tribu, Atala, aime Chactas. Elle vient couper ses liens, et s'enfuit avec lui à travers la forêt. Chactas et Atala marchent au nord pendant près d'un mois. Ils rencontrent enfin un missionnaire, le P. Aubry, dans la grotte
duquel ils se réfugient pour échapper à une affreuse tempête Chac as demande au P. Aubry de l'instruire dans la religion dAtala, et de bemr leur mariage. Mais la jeune fille, nue sa
s""on''vr"TH ^ pas rompre
son vœu et désespérée par son amour, sempoisonne. Elle meurt. Chac as et e P. Aubry l'ensevelissent! npilogae 1 Cette « nouvelle .. eut un succès prodigieux, qu'on peut mesurer soit aux éloges, soit aux sévérités et aux railleries de la critique contemporaine (I). c .a (.nuque
h.!*,î w '='î"««anisine (1802). Nous avons indiqué plus Ranima 'ïTvî^T'' '^'^'I^eHes parut le Génie du clistif-nisme (2). Voici 1 analyse sommaire de cet ouvrage, qui com-
'° p '"''^"'''^ ""''^'■^ P"'-''"'' divisées chacune en SIX iw, es . - Première partie : Dogmes et Doctrine. Chateau-
iTcrljnt?T;"f <'°"i christianisme : mystSs,
f'àme Thp nf r h «^'stence de Dieu, immortalité de
1 ame Ce te partie theologique n'est ni la plus originale ni la plus durable du Génie. Mais n'oublions pas quelle était, à réjà d
et nson^n^n " de Chatekubdfnd
et lisons, pour nous en convaincre, à la fois son premier cha -
à7nJroduction, et la préface écrite en 1828. Comme et vi v ' '^^ ''éagir contre l'e.sprit encyclopédique
exïliaïer t 1 ^urelle, antipoétique, c'est toujours à en
expliquer la beauté et la convenance /!«ma//2es que s'applique cette'Sho.'- "^'^ "-«l«.giens avaient leur méthode^mais cette méthode ne convenait pas à une société sortie du dixhuHieme siècle et de la Révolution... << Ils établissaient sans doute fort solidement, dit Chateaubriand, les vérités de la foimais cette manière d'argumenter, bonne au dix-septième siècle' lorsque le fond n'était point contesté, ne valait plus rien de nos jours. 11 fallait prendre la route contraire : passer de l'effet à la cause, ne pas prouver que le christianisme est excellent parce qu'il ment de Dieu, mais qu'il vient de Dieu parce qu'il est excellent (3) Appliquée aux dogmes, cette apologétique » ne pouvait quetre faible ; elle devient au contraire efficace, quand
(1) La quatrième édition du Génie du Christianisme publiée à Lyon, chez Ballanche, 1801, consacre son 9- et dernier tome au.x différents articles parus pour et contre l'ouvrage. On y trouvera (p. 1 a 87) la critique A'Alala;^. 91 à 260, celle du Génie
(2) Dans ce titre fameux, le mot Génie signiOe : nature essentielle (latin : ingeniiim). L'ouvrage aurait pu s'intituler • De lEspri Idu christianisme. <^ ■ ^-o
(3) Génie du Christianisme, première partie, chap. I.
CHATEAUBRIAND
MADAME DE STAËL
elle arrive aux manifestations extérieures du christianisme. — Deuxième partie : Poétique du cliristianisme. Chateaubriand examnie successivement les épopées chrétiennes (Dante, le Tass«, Milton, Voltaire), les caractères dans la tragédie et dans Fépopée (Racine, Voltaire, le Tasse), les passions (Didon, Phèdre, Julie). Ici il intercale (liv. IV) l épisode de René, autre fragment des NalcJiez : René, exilé chez les Natchez, raconte au vieux Chactas et au P. Souël, missionnaire, les aventures qui l'ont poussé à quitter son pays. Cet épisode est un exemple qui vient à la suite du chapitre intitulé : Du Vague dans les passions; René est la plus célèbre et significative incarnation de la mélancolie romanlique. ÎVous y reviendrons. Enfin, Chateaubriand aborde, dans les livres V et VI de cette deuxième partie, la question du merveilleux chrétien : il soutient, contre Boileau et contre les pseudo-classiques de son temps, que le christianisme est, encore sur ce point, supérieur au paganisme. — La troisième partie est intitulée : Beaux-arts et Littérature, et n'est qu'un prolongement de la précédente. L'auteur y examine les caractères et les beautés propres de l'art chrétien. Au livre P% chapitre VIII, le célèbre passage sur les églises gothiques. Viennent ensuiteilaphilosophie, V histoire, V éloquence, kn livre V, les Harmonies de la religion chrétienne, avec les scènes de la nature et les passions du cœur humain; et, comme exemple, au livre N\,Atala (1).— Quatrième partie : Culte. Étude des manifestations extérieures de la religion (églises, ornements, chants, prières, cloches, etc.), le clergé, les missions, les ordres de chevalerie. Le livre VI est une réplique directe à l'Encyclopédie et à VEssaisurles mœurs, il est intitulé : Services rendus à la société par le clergé et la religion chrétienne en général, et comprend treize chapitres (hôpitaux, éducation, universités, agriculture, commerce, etc.). Oir comprend, à lire cette partie du livre, que Chateaubriand ait donné pour épigraphe à son Génie ces mots de Montesquieu : « Chose admirable ! La religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » {Esprit des lois, XXIV, 3.) Enfin, le dernier chapitre porte un titre qui résume tout l'esprit de l'ouvrage : Quel serait aujourd'hui Vélat de la société, si le christianisme n'eût point paru sur la terre ?
Les Martyrs (1809). — Chateaubriand, explique très bien dans sa Préface pourquoi et comment il a composé les Martyrs ; il a voulu prouver par un exemple ia supériorité du merveilleux chrétien sur le merveilleux pdïen. Afin de donner tout ensemble plus de force et plus de loyauté à cette thèse, il oppose Tune
(1) Nous revenons plus loin sur la poétique Ag Chateaubriand.
tA LITTÉRATURE FRANÇAISË
à Taulre le^: deux religions, en s'cfforçant d'employer tour à tour les ressources des deux merveilleux. Il dit encore, dans cette Préface : « J'ai commencé les Martyrs à Home, dès l'année 1802, quelques mois après la publication du Génie du christianisme. Depuis cette époque, je n'ai pas cessé d'y travailler. Les dépouillements que j'ai faits des divers auteurs sont si considérables, que pour les seuls livres des Francs et des Gaulois [liv. VI, VII, IX et X] j'ai rassemblé les matériaux de deux gros volumes... Enfin, non content de toutes ces études... je me suis embarqué, et j'ai été voir les sites que je voulais peindre. Quand mon ouvrage n'aurait d'ailleurs aucun autre mérite, il aurait du moins l'intérêt d'un voyage fait aux lieux les plus fameux de l'histoire. » — Ainsi, il y a trois choses à considérer séparément dans les Martyrs : un roman, une ifièse littéraire^ des descriptions. — Le roman est construit pour la thèse; il s'agit de mettre en opposition aussi suivie que possible les deux religions, chrétienne et païenne. L'action se passe vers la fin du troisième siècle, au moment de la persécution de Dioctétien. Cymodocée, jeune païenne, fille de Démodocus qui est le dernier des Homérides et prêtre du temple d'Homère en Messénie, s'est égarée dans un bois. Elle rencontre Eudore, endormi auprès d'une source. Eudore, jeune chrétien, fils de Lasthénès^ reconduit la jeune fille chez Démodocus (liv. I). Pour remercier Eudore et sa famille, Démodocus et Cymodocée se rendent à la demeure de Lasthénès, qu'ils trouvent occupé avec ses iiis et ses serviteurs aux travaux de la moisson (liv. II). Le livre III nous transporte au ciel, où Dieu déclare qu'il choisit Eudore et Cymodocée comme victimes : leur sang sauvera les autres chrétiens. Sur la demande de ses hôtes, Eudore entreprend de raconter sa vie passée et ses exploits. (Ce récit s'étend du livre IV an livre XI; nous avons ici un plan analogue à celui de VOdyssée ou de VÉnéide.) Eudore, à l'âge de seize ans, a été envoyé comme otage à Rome; il y oublie quelque temps sa religion. Il fait campagne avec l'armée romaine sur les bords du Rhin, prend part à la bataille contre les Francs (liv. VI), est blessé, devient esclave de Pharamond, retourne à la cour de Constance, à Rome, et est nommé commandant de TArmorique. Épisode de Velléda (liv, IX et X). — Cependant le récita été interrompu au livre VIII, pour un nouvel intermède de merveilleux, qui, cette fois, a pour théâtre les Enfers. — Eudore raconte enfin sa pénitence publique, son voyage en Egypte, et son retour auprès de son père (liv. XI). — Le récit d'Eudore a vivement touché Cymodocée, qui déclare à son père qu'elle veut se faire chrélienne et épouser le fils de Lasthénès, Démodocus y consent, pour soustraire sa fille aux poursuites de Hiéroclés,
JHATEAUBRIAND
— MADAME DE STAËL
gouverneur d'Achaïe. Eudore part pour Rome, tandis que Cymodocée va se mettre, à Jérusalem, sous la protection d'Hélène, mère de Constantin (liv. XIV). A Rome, nous suivons tous les préparatifs de la persécution ; l'Enfer manifeste sa joie (liv. XVIII). Cymodocée, qui a été baptisée à Jérusalem, rejoint Eudore à Rome. Nouveaux passages de merveilleux sur le purgatoire, l'ange exterminateur, Satan (liv. XXI, XXII, XXIII). Cymodocée est délivrée ; mais elle court à l'amphithéâtre rejoindre Eudore, et elle meurt avec lui. A ce moment même, on entend dans les cioix une voix qui dit : les dieux s'en vont. Constantin est vainqueur et proclame la religion chrétienne religion de l'Empire (liv. XXIV). — Quant à la thèse, il est aisé de remrrquer à quel point les intermèdes de merveilleux sont inutiles et faux. Les passages consacrés au ciel, à l'enfer, où Chateaubriand fait parler Dieu, la Vierge, les anges, Satan, interrompent l'action humaine sans l'expliquer. Vhistoire et le merveilleux se nuisent l'un à l'autre. Plus le peintre de Rome, de Jérusalem, de la Grèce et de la Gaule, des catacombes, des forêts druidiques, des Francs, est un puissant évocateur du passé réel, plus l'imitateur de Dante et de Milton est coupable de n'avoir point senti qu'il fallait au merveilleux un cadre biblique ou allégorique. Lorsqu'on met en scène des personnages historiques au milieu de descriptions géographiques et archéologiques, le merveilleux ne peut être que subjectif-, il doit sortir de l'âme des personnages et se projeter au dehors : Macbeth seul voit l'ombre de Banquo. Au premier livre des Martyrs, la rencontre de Cymo- , docée et d'Eudore est un chef-d'œuvre de justesse dans l'emploi de ce genre de merveilleux; de même on peut louer les scènes des catacombes et du cirque, et encore l'épisode de Velléda. Tout le reste — je ne parle que du merveilleux — est artificiel.
Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). — Avec les croquis dont il avait tiré les tableaux des Martyrs, Chateaubriand ct^mposa ce livre, un de ceux que ses contemporains accueillirent avec le plus de faveur, et qui ont aujourd'hui le moins perdu. La sûreté et la variété des descriptions, l'évocation puissante de l'antiquité grecque, la sensation colorée de l'Orient, le mélange vraiment unique de réalité objective^ét 'de poésie personnelle, tout donne à cet ouvrage un intérêt singulier. Entre les « grisailles » du Jeune Anacharsis et les « éblouissements » d'un Pierre Loti, VItinéraire reste un chef-d'œuvre du genre descriptif. En 1811, des raisons d'actualité venaient encore contribuer à son succès : la sympathie pour la Grèce esclave commençait à s'éveiller en Europe, et VItinéraire était la première manifei^ïation du mouvement philhellénique en France,
Les Natchez (1826). — Chateaubriand avait composé'â Londres, nous Tavoiis vu, un immense ouvrage de plus de 2000 pages, les NatcheZy sorte « d'épopée de ITiomme primitif », d'où il tira Aiala, puis René. Le manuscrit des Natchez, perdu pendant quelques années, fut retrouvé et renvoyé à Chateaubriand, et celui-ci ne put résister à la tentation de le publier. — René, qui a quitté la France (voyez René), est venu demander l'hospitalité aux Natchez, sauvages de la Louisiane. Il y est protégé par Chactas, qui lui raconte sa jeunesse (voyez Atala), son séjour en France, etc. René épouse Céluta; mais sa fatale mélancolie le poursuit toujours. Il finit par quitter Céluta en lui laissant une lettre où le tourment dont il souffre est analysé avec autant de pénétration que d'éloquence. Pour cette lettre seule, et pour quelques descriptions admirables il faut pardonner à Chateaubriand ce qu'il y a de démodé dans les Natchez, les luttes des tribus sauvages racontées dans un style pseudo-épique.
Le Voyage en Amérique (1834). — • Ici encore, nous avons un album de croquis, dontles tableaux cVAtala, de René, des Natchez, avaient été déjà tirés. Ce « journal », Chateaubriand l'a certainement retouché plus tard. Mais il conserve tout de même (on peut s'en fier au tact artistique de l'auteur) la fraîcheur et la poésie des premières impressions. Laissons ce qui a rapport aux mœurs et aux sentiments des sauvages, et même à la descripti-on des animaux (là Chateaubriand a trop emprunté à Charlevoix et à Rartram) ; attachons-nous seulement à l'âme de Chateaubriand vibrant au contact de cette nature nouvelle, océan, forêts, nuages, vents : c'est la préparation de la lyre et de la palette romantiques.
Les Aventures du dernier Abencérage (1826). — Composé probablement avant les Martyrs, ce petit ouvrage parut seulement, comme les NatcJiez, dans l'édition des Œuvres complètes de 1826. — Le dernier descendant de la tribu maure des Abencérages, Aben-Hamet, dont les ancêtres ont été massacrés à Grenade par Roabdil, revient d'Afrique pour revoir le pays de ses pères. A Grenade, il rencontre la fille du duc de Santa-Fé, Dona Rlanca. Celle-ci répond à l'amour d'Aben-Hamet; elle ne veut plus épouser le comte de Lautrec; elle laisse son frère Don Carlos se battre avec l'Abencérage, auquel elle jure une éternelle fidélité. Mais Rlanca descend des Rivar, qui ont persécuté et proscrit les ancêtres d'Aben-IIamet. Celui-ci l'apprend, quitte Rlanca qu'il adore, et retourne au lieu de son exil. — Rien que le style de cette « nouvelle » puisse paraître aujourd'hui un peu démodé, il y règne une couleur orientale,
vibrante et chaude, une grâce fière et chevaleresque, une concision énergique, qui la préserveront toujours de l'oubli.
Les Études historiques (1831). — Dans la préface, Chateaubriand écrit : «... J'ai commencé ma carrière littéraire par un ouvrage où j'envisageais le christianisme sous les rapports poétiques et moraux; Je la termine par un ouvrage où je considère la même religion sous ses rapports philosophiques et historiques... » Ces Etudes se composent de six discours, dont les quatre premiers exposent les transformations de l'Empire romain, de Jules César à Augustule; les deux derniers sont consacrés aux mœurs des chrétiens, des païens et des Barbares : ce sont les plus remarquables; on y retrouve l'auteur du livre VI des Martyrs.
Essai sur la littérature anglaise (1836). — ■ Ce morceau de critique littéraire fut composé pour accompagner la traduction du Paradis perdu de Milton. Chateaubriand nous avertit dans sa préface qu'il s'est permis beaucoup de digressions ; aussi a-t-il ajouté ce sous-titre et considérations sur le génie des temps^ des hommes et des révolutions. Il y a bien un peu de précipitation dans la critique littéraire de Chateaubriand, mais aussi beaucoup d'intelligence, de sentiment du vrai et du beau ; le passage relatif à Milton conserve aujourd'hui même tout son prix.
Vie de Rancé (1844). — Chateaubriand dédia cet ouvrage à ï'abbé Seguin, prêtre de Saint-Sulpice, sur les conseils duquel il l'avait entrepris. — L'abbé de Rancé, contemporain de Bossuet, réformateur de la Trappe, offrait parle contraste même de son existence, dont une moitié s'était écoulée dans le monde le plus brillant etl'autre dans la solitude, une admirable matière . Chateaubriand en a tiré un exposé intéressant, mais monotone et froid.
Les Mémoires d'outre -tombe (écrits de 1811 à 1846, publiés à partir de février 1848 dans le journal la Presse.) Ce vaste ouvrage suffirait à lui seul pour faire connaître Chateaubriand. Presque toutes ses autres œuvres, d'Atala au Dernier des Abencérages, sont faites avec ses impressions et ses visions; dans les Mémoires, il nous en découvre, pour ainsi dire, les sources. Il raconte son enfance, ses voyages, sa vie politique; il peint des paysages et trace des portraits; et si l'on peut dire qu'il a trop cherché à poser devant la postérité, on ne saurait nier l'intérêt psychologique, historique, pittoresque, de cette autobiographie d'un genre unique dans notre littérature. Et même si l'on cherche à l'étranger, quel ouvrage trouvera-t-on qui contienne à la fois tant de poésie et tant de réalisme, tant de beauté plastique et tant dldées — La publi-
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cation des Mémoires fut froidement accueillie. On y vit surtout un nronument d'orgueil et comme un autre mausolée plus g andiose encore que celui du Grand-Bé, que Chateaubriand \e i^Sr^ Ifmord!; T-P.d a,«ours-propre\ étaieSssés'sur! Sttes dLs o"-f 'l"'"" pût juger impartialement, ces pages ou 1 auteur ne ménageait personne auelui An
au" nremi; 'rnn^"r'' ^'"^ aut^risés^lacent leT^ot-^; au premier rang de son œuvre, - surtout depuis aue nou^ pouvons leur comparer les Confidences de Lamartine Te VkZ Hugo raconiépar un témoin de sa vie et le Journal des oLeZrn Les Écrits politiques. - Bornons-nous à signaler • De iluona-' parle et des Bourbons{im),- laMonarchiesel^nlaM yîQrxl su ra82t) - ^"^'■'■^ d'Espagne, qui en^kt a suite ( 824). On trouvera, au tome VIII de l'édition Garnier les principaux articles et discours. ^^ainiei,
Chateaubriand a donné lui-même une édition comolète de ses œuvres en 1836-39 (Paris, Pourrai) cette Sition ne comprend ni la ,7e de ^Hancé ni les mLSS ^'oLt-
Influence de Chateaubriand. - Théophile Gautier a dit de Chateaubriand : « Il a restauréla ctthédrale gothique rouvert la grande naturèTcnïIêërërmvent^^^^^^
la cutique, on a ainsi résumé toute son inlluence. lendie "vT'''f calhédrale golhique. - Ceci doits'en-
i isme, Chaieaubnand, s'il n'a rien -aroulé de sérieux lond môme de la théologie, a brisé par des argmne t'iîou!
,*^'''!^'l«'£sm<?.; '1 a même, en dehors de toute reli..iou positive, expliqué et justifié le sentiment religieux - Au sens propre, tU-. ramené la curiosité et rintérét vers lé nioy^nagc, sivilédaigné, pour des raisons différentes des seizième, d.x-scptième et dix-huitième siècles. Institutions
cii\";;s;n"'^' ^f"*" expliquer. 1^;;?:
Im t 1 i r^^^ï'"^' ^PP^^»^ ''«'-t gothique n JTiônal, ' dont il a montre les rapports symboliques avec notre reli gion et nos paysages. Grâce à lui. les Augustin TMerry L Victor Hugo, les Michelet, les Vitet. les Mériméc?h ^ to-
riens, poètes, critiques, administrateurs, se sont épris id'une admiration à la fois raisonnée et ^enthousiaste pour l^xhefs-d'œuvre longtemps méconnus du moyen âge.
2°// a rouvert la grande nature fermée, — II n'est pas vrai de dire que la nature était fermée pour une société qui avait pu lire Jean- Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, mais il est plus juste d'affirmer que Chateaubriand a étendji3Xhiam^:im.lle^^ aature. Il éten^TrTcar il n'a pas seulement, comme Jean- Jacques, TiécrU la Puisse, la Savoie et la forêt de Montmorency ou le Mont-Valérien; mais, après la solitude bretonne de Combourg, il a peint Fimmensité de l'Océan, à toutes les 'heures du jour et de îa niïît, et la foret américaine, et les rives du Meschacebé; puis la campagne romaine, Naples, la Messénie, FAttique, la Palestine, l'Espagne, — et chacun de ces tableaux, s'il accuse bien la main et la manière du même peintre, a toutefois son caractère propre et surprend encore le lecteur, après un siècle entier de littérature descriptive, par un singulier mélange de précision dans les lignes et d'éclat dans le coloris. Ajoutez que, dans ces paysages si variés et faits d'après nature^ il a su placer des hommes dont le costume, le geste et les mœurs sont appropriés au fond, sur lequel ils se détachent et avec lequel ils s'harmonisent. La^ couleur locale, impossible à reconstituer archéologiquement7^^e^ avant tout un rapport Ni Atala, ni Chactas, ni Eudore, ni Cymodocée ne pourraient changer de cadre sans changer de psychologie, d'aventures et de langage. — Mais si Chateaubriand a étendu le sentiment de la nature, il l'a aus^gjjj:-^^ En effet, Bernardin avait peint les mersTTes orages et la nature; exotique, et avec la plus riche palette. Mais ses descrip-j tiens restaient objectives. L'œil de Bernardin est un miroir qui réfléchit avec autant de fidélité que de netteté toute la gamme des nuances; mais son âme ne semble pas se mêler au paysage. Chateaubriand, s'il reçoit beaucoup delà nature, lui rend plus encore. Comprimée et endolorie, incomprise d'une société toute à ses plaisirs ou à ses disputes, son âme à lui ne trouve de refuge que dans la nature. Il l'interroge, il Fassoeie-4 sa douleur, il la trouve maternelle ou indifférente, il l'adore ou il la maudit ; c'est
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la concepUon romantique de la nature, qui doit défrayer toute la grande poésie lyrique de 1820 à 1848 ^'^^'^«y^i- 3» Il a inventé la mélancolie moderne. - Certes la mélan cohe, même si on la prend dans le sens res?Jeînt 3e lassi" brînd T r 'fo'''^'^"' ^^'^^•'^> e-i^tait avant Château
SSione^^Mn ' f*^"'* '''""«^'^ "■^8) sont des ScenHonTf ■ apparaissent plutôt comme des
exceptions ; ce sont des révoltés, des excentriques (I ) Dans
H^Jt "SSl^J}^^ Ruines, morts violentes, décen-
s ParT;SSfi^*î"«^'.^-^^<^« humanitaires dTnîet us par la brutalité des faits, misère, exil, — et en fapp
; ces maux et de ces douleurs, aucun^ consolât L pSm de
i d ^pSS' -n'iï^e^a'spé ét
5 hiîtoriaues et so"ff '"«f o^jies : tels sont les éléments ^ ÏÏcousses de l R f ^"-^ 1800, entre les
SSSaiîot H campagnes de l'Empire,
et cette inconiln ".^ ^^^^ divination,
bnand Ts^^^mI Tc ""'''ï"^ ^«"ie, Ctiateau^
Es ce on^W . f ^ ^'f -^^^^ dans son René,
col e falHi^ intéressant dans cette mêlan-
te fonïdn 7'' ^' déceptions, c'est qu'elle devenait le tond du lyrisme, au sens actif comme au sens passif
Le poète, qui tour à tour désespère et cherche en -émissant, acquiert une sensibilité exaspérée erexquise l associe la nature entière à ses impressions- il s'alLno'u
aans la seienite des nuits, et voudrait fuir sur l'aile des orages. De son côté, le lecteur, en qui la faculté de oerce voir et de vibrer s'est affinée sous l'influence de cetîe" mélancolie éprouve l'impérieux besoin d'entendre une VOIX qui lui formule et lui module ce qu'il ne seilt qu a
.n*Vso«''^°"f Signaler rOèema/:/! de Sénancour naru
nuyeuse. Certains passages seront toujours cités " t comnl^t.nV
demi. Il est d'intelligence avec le poète, il le transpose en lui —On trouve dans Chateaubriand tous les thèmes de la grande poésie romantique; quand Lamartine donne ses Méditations en 1820, le public formé par la lecture du Génie, de René, des Martyrs, semble lui dire : « Je t'attendais. »
4° Enfin, Chateaubriand a renouvelé la critique, — La critique littéraire d'abord, en substituant à la critique des défauts celle des beautés, en nous apprenant, pour juger d'une œuvre, à la replacer dans les circonstances, dans la civilisation, dans les mœurs, dont elle est Texpression. Cependant, à cela, Mme de Staël aurait suffi. L'originalité de Chateaubriand est ailleurs. Elle est dans la solution définitive de ce malentendu qu'on appelait la querelle des anciens et des modernes. Dans les parties du Génie iniiinlées: Poétique du christianisme et Beaux-arts et Littérature, ChateMrbriand établissait non plus des préséances, mais des différences. Son plaidoyer en faveur du merveilleux chrétien était basé beaucoup moins sur la supériorité d'une doctrine que sur la nécessité de répondre, en écrivant, aux croyances de son temps. Légitime chez Homère, la mythologie était absurde pour des chrétiens. De même, en étudiant et en comparant les caractères de l'époux, de la femme, de la mère, du guerrier, chez les anciens et chez les modernes, il notait les acquisitions psychologiques dues au christianisme; et il révélait aux classiques eux-mêmes, qui ne semblaient pas l'avoir senti, que- leur originalité éclatait là où ils avaient modifié et enrichi, au nom de ce principe de relativité, les types fournis par leurs modèles.
VhidoJre^j}^Jj^^ Chateaubriand, non
seuTement, comme nous le disions plus haut, nous a rendu le sens du moyen âge, et nous a révélé la vraie couleur locale; non seulement il a donné lui-même, dans plusieurs passages des Mar??/rs, de V Itinéraire, des Mémoires d'outretombe, des Etudes historiques, des modèles de narrations documentées, précises et colorées; mais encore ses théories sur la relativité des œuvres d'art, appliquées aux civilisations antiques et modernes, ont été des plus fécondes (1).
(1) Voir le chapitre des Historiens, p. 822 ; et la Préface des Récits mérovingiens d'AuG. Thierry, écrits en 1840.
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Le style de Chateaubriand. — Chateaubriand procède à la fois des grands écrivains classiques, comme Pascal, Bossuet et Voltaire, et des précurseurs du romantisme, J.-J. Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre. Mais il n'a rien d'un imitateur. 11 faut distinguer en lui le peintre qui a le don d'évoquer dans notre imagination les paysages les plus divers, — le poète, qui note avec délicatesse et avec profondeur les mouvements et les élans du cœur, — l'orateur qui développe des idées générales au moyen de comparaisons et de métaphores, en d'amples périodes. Mais on oublie trop souvent un Chateaubriand vif et spirituel, au style énergique et concis, qui excelle h tracer des portraits. Aussi, bien que la manière de Chateaubriand sente un peu l'effort, bien qu'il abuse souvent de sa splendide imagination et de sa facilité oratoire, on peut dire qu'il n'existe pas de style plus grand ni pluF varié dans la prose du dix-neuvième siècle. Il a servi de modèle à tous : poètes x[ai n'ont eu qu'à rythmer et à rimer une prose déjà si musicale, historiens qui lui ont emprunté sa pittoresque précision, critiques, orateurs, romanciers. Il est leur initiateur et leur maître.