‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 74 sur 281 · TRADUCTEURS ET ÉRUDITS · texte numérisé non relu

TRADUCTEURS ET ÉRUDITS

troisième, il établit une liste d'étymologies grecques ou soi-disant telles. Cet ouvrage, très ingénieux et très érudit, n'est que le développement d'un paradoxe grammatical. Plus intéressante, surtout à sa date, est la Précellence du langage français, publiée en 1579. C'est une docte et vivante défense du français contre l'italien, ou plutôt contre V italianisme qui envahissait la cour. Estienne use d'ailleurs d'un raisonnement sophistique, basé sur le paradoxe précédent. Voici quel est son syllogisme : 1^ la langue grecque est la plus belle des langues; 2« or, le français est la seule langue moderne capable de rivaliser avec la grecque; 3« donc, le français est supérieur à l'itahen, et les Français doivent parler français. 11 appuie ce raisonnement d'une foule d'exemples ingénieux, qui, polémique et îhèse à part, sont d'un grammairien aussi habile que savant. — Estienne continuait dans sa Précellence la campaqne entreprise par lui dans ses Deux dialogues du nouveau langage français ilalianisé (1578), où il fait parler deux gentilshommes de la cour, Philausone (ami de TAusome, ritalie) et Celïophile (ami de la Gaule); à ce dernier, vient se joindre, dans le deuxième dialogue, Philalèîhe (ami de la vérité). Dans cet ouvrage fort amusant, Estienne n attaque pas moins les modes que le langage.

Henri Estienne reprit, après l'achèvement de son Thésaurus, ses courses errantes à travers les bibliothèques de l'Europe. Il finit par mourir, vagabond de la science, à l'hôpital de Lyon, en mars 1598 (1).

Étienne Pasquier (15^9-1615). — Avocat et magistrat de premier ordre, Pasquier appartient à l'histoire de la littérature par ses Recherches de la France (1561-70) et par ses Lettres, — Les Recherches se composent de neuf livres, dans lesquels Pasquier discute, sans ordre déterminé, toutes sortes de questions relatives aux institutions, coutumes, mœurs, langue, monuments, etc., de l'ancienne France. L'intérêt de ces mélanges, comme les appelle Fauteur lui-même, vient de la sûreté des informations que Pasquier avait recueillies aux sources les plus diver-

(1) Extraits d'Henri Estienne dans les Morceaux choisis de

Î>ARMSTETER Ct HaTZFELD, p. 127, - de F. GODEFRQY, p. 354.

LA LITTÉRATURE FRANÇALSE

ses, bibliothèques, manuscrits, correspondances, etc.. Sur tous les points, les Recherches sont restées un ouvrage à consulter. La lecture, d'ailleurs, en est aisée; Pasquier écrit d'un style ferme et précis, on pourrait presque dire technique, et qui s'élève parfois à la plus éloquente énergie. Au livre III, chapitre XLIII, Pasquier a intercalé le célèbre plaidoyer qu'il a prononcé pour TUniversité contre les Jésuites, en 1565; ce plaidoyer prouve à la fois l'ardeur de ses convictions gallicanes et la puissance de son talent d avocat (1).

Claude Fauchet (1529-1601).— Fauchet a, comme Pasquier, le mérite d'avoir contribué à sauver de l'oubli, en ces temps de Renaissance, notre vieille histoire et notre vieille littérature. Il a laissé les Anîiquilés gauloises el françaises (1579-16Ô1), et VOrigine de la langue el de la poésie française (1581). En écrivant ce dernier ouvrage, en pleine Renaissance, et à la veille du jour où le classicisme allait, pour plus de deux siècles, rejeter dans l'ombre le moyen âge, Fauchet nous a légué un document des plus précieux ; on y voit comment un homme intelligent et érudit du seizième siècle connaissait et jugeait la vieille poésie française (2).

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