POLITIQUES 27S
faire une édition française qui parut à Strasbourg en 1541 (1).— L'ouvrage est précédé d'une Dédicace au roi de France, François morceau plein de verve, de logique et d'éloquence, malgré quelques disparates, et dans lequelCalvin défend la Réforme, au nom de la vraie tradition chrétienne ; il réfute également les attaques de ceux qui préten-. daient que les Réformés étaient les ennemis de l'autorité royale. L'ouvrage même se divise en quatre parties : — l. De connaître Dieu en litre et qualité de créateur et souverain gouverneur du monde, — il. De la connaissance de Dieu en tant qu'il s'est montré rédempteur en Jésus-Christ. — III. De la manière de participer à la grâce de Jésus-Christ, des fruits qui nous en reviennent et des grâces qui s'ensuivent. — IV. Des moyens extérieurs ou aides dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ, son fils, et nous retenir à lui.
On remarquera sans peine la savante gradation de ce plan. Or, chaque partie n'est pas moins logiquement ordonnée. Si bien que l'Institution chrétienne passe à bon droit pour le premier livre vraiment composé que l'on ait écrit en français. — D'autre part, Calvin rendait à notre langue cet immense service d'y verser, en quelque sorte, tout le trésor biblique et théologique. Ces matières, réservées jusqu'alors à la dignité du latin, étaient pour la première fois exposées en langue vulgaire, plus de cent ans avant les Provinciales de Pascal. Le style de Calvin est grave, serré, logique, parfois trivial, souvent éloquent ; il manque essentiellement de couleur, et Rossuet le juge triste. Le vocabulaire a peu vieilli ; et les idées sont si for» ^ lement enchaînées qu'on lit Calvin beaucoup plus facilement que Montaigne (2).
(1) Une édition latine augmentée parut à Genève en 1559, — et, d'après cette nouvelle édition latine, parut une nouvelle version française en 1560, dont le texte doit être adopté de préférence à celui de 1511.
(2) De Calvin, on a publié tout récemment VExcuse de noble Seigneur Jacques de Bourgogne (Paris, Lemerre, 1901). C'est un mémoire justificatif, pour la composition duquel Calvin en use comme les logographes d'Athènes. La logique y est nerveuse et pressante ; le protestantisme y est défendu avec mesure et éloquence.
Autres écrivains de la Réforme. — A côté de Calvin, on peut citer : Guillaume Farel (1489-1565), célèbre par ses sermons ; — Théodore de Bèze (1519-1605) écrivit d'abord des vers, puis un grand nombre d'ouvrages en latin, pour la défense de la Réforme. En français, il donna une Vie de Calvin, une Histoire des Églises réformées au royaume de France, et une tragédie biblique, Abraham sacrifiant, jouée à rUniversité de Lausanne; — Pierre Viret (1511- 1571) a laissé plusieurs dialogues et ouvrages moraux, d'une verve satirique inégale, mais souvent piquante; — DupLESSis-MoRNAY (1549-1623) fut surnommé le « Pape des Huguenots », à cause de sa science théologique, et dirigea jusqu a sa mort les Églises réformées de France. Son Traité de la vérité de la religion chrétienne (1581), composé plutôt contre les « libertins » que contre les catholiques, est un des meilleurs ouvrages théologiques du seizième siècle.