‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 30 sur 294 · L.-Suave, — 2 Souple · texte numérisé non relu

L.-Suave, — 2 Souple

Mais je puisse Dieu avouer

S'il n’est attrait 1 d’une peautraille ?,

La plus rebelle villenaille ÿ,

Qui soit, ce croy je, en ce royaume.

« Ha, fais-je, mon amy Guillaume,

Que vous ressemblez bien de chere

Et du tout à vostre bon pere ! »

Dieu sçait comment j’eschaffauldoye

Et à la fois j’entrelardoye

En parlant de sa drapperie !

« Et puis, fais-je, saincte Marie !

Comment prestoit-il doucement

Ses denrées si humblement !

C'estes-vous, fais-je, tout craché. »

Invention pure.

. On eust arraché Les dents du vilain marsouin, Son feu père, et du babouin Le filz, avant qu’ilz en prestassent.

Pathelin a le drap ; il s’agit maintenant de le garder et, bien entendu, de ne pas payer. Voici le stratagème dont il s’avise. Lorsque M. Guillaume arrive, la bouche enfarinée, c’est Guillemette qui lui ouvre la porte « Parlez bas ! plus bas ! » Ne sait-il pas que Pathelin est malade, au lit depuis deux mois ? Et, comme le drapier assure qu'il l’a vu le matin même, de la chambre voisine sort, pour le convaincre, la voix gémissante de Pathelin

Guillemette, un peu d’eau rose ;

Haussez moi, serrez moi derriere.

EL voici Pathelin Iui-même : il paraît en scène, en proie au plus violent délire, prend le drapier pour son médecin, et l’entretient de sa maladie, de ses remèdes, de l'effet du dernier clystère.

D'abord abasourdi, le drapier revient à la charge « Ça, trêve de plaisanterie, mon argent. » Mais Pathelin, dont l’état a empiré, se met à parler toutes les langues et divaguer dans tous les patois, limousin, picard, normand, breton, voire en latin, M. Guillaume se rend à l'évidence : cet homme n’a pu sortir en pareil état :

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