IV. — L'Enseignement, les Universités, les Manuscrits
Les écoles. — Charlemagne avait institué des écoles qui, d'abord prospères, furent presque détruites par les agitations des deux siècles suivants. C'est au douzième siècle que les études renaissent, et au treizième qu'elles jettent le plus d'éclat.
Toutes les écoles ont pour maîtres des clercs ou des moines. Dans les grands couvents, les écoles reçoivent, en dehors de ceux qui veulent se préparer à la vie monastique, des externes appartenant à toutes les classes de la société, et surtout au peuple. Dans les petites écoles épiscopales, on donnait renseignement primaire. Dans les grandes écoles épiscopales, un enseignement correspondant à peu près à notre enseignement secondaire (lycées et collèges) ; là, avant tout, on apprenait le latin, et par la méthode directe : défense à l'écolier de prononcer en classe un mot de français. Peu de livres 2 la grammaire latine de Donat, celle d'Alex, de Villedieu, le Doctrinal, et des recueils d'exemples moraux : le Cato, le Théodolet, et le F-acet (I). Seuls les élèves riches peuvent se procurer un texte ; car il n'y a pas encore de livres imprimés. Les pauvres sont obligés de copier eux-mêmes ce texte. Quand il s'agit d'un "auteur comme Virgile ou Quintilien, les élèves se contentent d'écouter le maître, le lecteur, qui lit et commente le livre unique.
Les universités, les collèges. — Après l'école, VUniversité. Les l 'diversités, au moyen àgo, sont en principe des syndicats de collèges, dont la haute administration est centralisée
(1) Rabelais «'uumère Ions ces ouvrages daus son Gargantua, chup. 15.
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entre les mains d'un recteur : les plus célèbres sont celles dOrléans, de Poitiers, de Toulouse, de Montpellier, etc., mais surtout celle de Paris. <
L'Université de Paris date des premières années du treizième siècle. Philippe- Auguste et ses successeurs lui accordèrent des privilèges et des règlements. Cette corporation de maîtres et d'écoliers occupait sur la montagne Sainte-Geneviève le quartier latin. Elle se subdivisait en quatre nations : France, Picardie, Normandie, Angleterre.
Chacune d'elles avait ses collèges, fondés par des particuliers, et dans lesquels vivaient et travaillaient les boursiers, qui allaient chercher l'enseignement auprès des maîtres de l'une des quatre Facultés. Pendant la plus grande partie du moyen âge, ces collèges ne furent que des maisons de refuge pour les étudiants pauvres. Plus tard, des étudiants riches s'y installèrent en payant pension. Puis des professeurs y complétèrent l'enseignement des Facultés. Les plus célèbres collèges étaient : Clermont, Harcourl, Navarre^ Montaigu, le Plessis, les Ecossais^ les Irlandais, etc.
11 faut citer à part celui que fonda, en 1253, Robert de Sorbon, chanoine de Cambrai et professeur de Louis IX. Dans la maison de Sorbonne, on enseignait gratuitement la théologie; et ses docteurs devinrent célèbres par leur science et plus tard par leurs querelles avec les théologiens rivaux (voyez au dix-septième siècle le Jansénisme).
On comptait à l'Université de Paris quatre Facultés, Théologie, Arts (sciences et lettres), Droit et Médecine. La principale était la Faculté de théologie, où l'on enseignait la scolastique, c'est-à-dire une philosophie uniquement fondée sur le raisonnement par déduction, et dont l'instrument est le syllogisme. La scolastique ne mérite pas toutes les railleries dont le seizième et le dix-septième siècles l'ont accablée. Au dixième siècle, saint Anselme; au douzième, Abélard et Guillaume de Champeaux; au treizième, saint Thomas d'Aquin, sont de grands esprits. Mais la scolastique, en se bornant à user de la.méthbde déductive et en partant toujours de définitions traditionnelles comme d'autant de postulats, se condamnait elle-même.
A la Faculté des arts, l'enseignement se divisait en trivium
(les trois voies) et quadrivium (les quatre voies). Le Irivium comprend : la grammaire, la rhétorique, la dialectique ; le quadrivium : l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique. Ces sept arts libéraux étaient étudiés surtout au point de vue des services qu'ils peuvent rendre à la religion.
Quelle influence les études, au moyen âge, ont-elles eue sur la littérature?
Cette influence est grande sur les ouvrages didactiques et moraux^ sur les épopées antiques, et même, jusqu'à un certain point, sur les romans, genres cultivés par des clercs. On sent, à ne pas s'y méprendre, que Guillaume de Lorris, Jean de Meun, Rutebeuf, P]ustache Deschamps, et l&s auteurs du Roman de Troie, ô.\ilexandre, de Parthenopeus de Blois, ont étudié, et qu'ils ont de l'antiquité la conception et la connaissance qu'on en pouvait prendre alors dans les Universités. Les trouvères épiques et la plupart des trouvères lyriques n'échappent pas à cette influence. Seuls les chroniqueurs qui écrivent en français peuvent être considérés comme s'étant formés en dehors des Universités.
Les manuscrits. — Comment se transmettaient et se conservaient les œuvres nouvelles? Ce point, qui parait tout matériel, a la plus grande importance, en ce qui concerne l'authenticité et la diffusion des ouvrages. L'imprimerie n'existe en France qu'à partir de 1470; c'est dire qu'il n'en faut tenir aucun compte pour le moyen âge. Dès le dixième siècle, les jongleurs, qui s'en vont porter de château en château leurs épopées, ont de petits manuscrits, souvent fragmentaires, qui s'usent assez rapidement. Quand ils les remplacent, ce n'est pas authentiquement le même texte qu'ils recopient; c'est un texte renouvelé, rajeuni, surchargé. Le jour où les grands seigneurs veulent posséder chez eux un exemplaire de Roland, d'Aliscans, à.' Alexandre, etc., ils acquièrent une des formes courantes du roman ou du poème. Les fautes, les omissions, les additions y sont nombreuses. Il est rare que plusieurs manuscrits retrouvés offrent exactement le même texte. Que dire des manuscrits dramatiques^ altérés de toutes les façons et si vite perdus? Pour les œuvres didactiques, morales, ou historiques, il y a plus de sûreté : en général.
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ce sont livres d'étude, réservés à des lettrés, conservés dès le début dans des bibliothèques de couvent, d'Université, de château, soustraits par conséquent aux accidents qui altèrent les manuscrits de jongleur et d'acteur.
D'un autre côté, dans les couvents, on conservait et on continuait à copier les textes classiques, grecs et latins. Au treizième siècle, l'Université de Paris commença à organiser et à entretenir une librairie (bibliothèque) à laquelle étaient attachés de nombreux scribes. Au quatorzième siècle, le roi Charles V réunit dans sa tour du Louvre un millier de beaux manuscrits : c'est le noj'au de notre Bibliothèque nationale. Les ducs de Bourgogne et d'Orléans possédaient également quelques ouvrages, souvent plus beaux d'apparence que précieux pour le fond. La cherté et la rareté des manuscrits furent jusqu'à la fin du quinzième siècle un obstacle sérieux à la connaissance do rantiquit('< ot au progrès des études. Nous verrons que Vimin-imcrir doit î^ive. comptée pour beaucoup dans le mouvement de la Renaissance.