‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 204 sur 323 · IV. — I>es drame.s d'Alexandre Dumas pc^re · texte numérisé non relu

IV. — I>es drame.s d'Alexandre Dumas pc^re

Dumas père (1803-1870). — En 1824, il y avait dans les bureaux de M»' le duc d'Orléans (bientôt Louis-Philippe), un jeune expéditionnaire qui avait une bien belle écriture et qui aimait le théâtre avec passion. Il avait déjà fait deux petits vaudevilles (1825-1826), et il était à la recherche d'un sujet, n'importe lequel, quand il aperçut au salon de 1827 un basrelief représentant Monaldeschi assassiné par ordre de la

824 I.ITTKISATURE FRANÇAISE

reine Christine de Suède : il y vit un dénoiwnwnl. A la hâte, il prend dans les dictionnaires et chez les historiens quelques détails sur ces personnages, dont la veille encore il ignorait l'existence, et il compose un drame en vers, cinq actes, un prologue, et un épilogue. Il obtient une lecture du baron Taylor, commissaire royal auprès du Théàtre-P'rançais, et par lui il fait recevoir son drame rue de Richelieu (1). Cependant, les répétitions traînent, et la pièce reçue ne se joue pas. Mais Dumas avait déjà composé un autre drame, Benrî III et sa Cour, en prose, dont le sujet lui était fourni par l'historien Anquetil. Cette fois, on ne traîna pas ; et le succès de Henri III, représenté le ] 1 février 1829, fut étourdissant.

L'action de Henri III est en soi toute passionnelle : le duc de Guise soupçonne la duchesse sa femme d'être aimée par Saint-Mégrin, un des jeunes seigneurs delà suite de Henri III. Il oblige la duchesse à envoyer une lettre à Saint-Mégrin pour lui donner un rendez-vous. Celui-ci vient, et Guise le fait tuer par ses gens. Si superficiellement que soient étudiés l'amour de Saint-Mégrin et la jalousie de Guise, Dumas n'en fonde pas moins son drame sur un conflit de passions ; nous avons l'impression que ces choses ont pu et dû se passer ainsi. Cette action, il l'a menée avec une sûreté d'autant plus méritoire qu'il l'encadre dans un tableau historique, formé par la peinture plus amusante qu'exacte de la cour de Henri III, et par le conflit entre le roi et le Balafré, au moment où celui-ci organise la Ligue. 11 fallait une main très experte pour mêler sans les confondre et pour conditionner l'un par l'autre ces deux éléments (2). — C'est à la suite du succès de Henri III^ que sept auteurs dramatiques, dont les noms méritent de passer à la postérité (Arnault, Lemercier, Viennet, Jouy, Andrieux, Jay, 0. Leroy), adressèrent au roi Charles X une pétition contre l'invasion du Théàtrè-Français par le mélodrame. On connaît la réponse du roi : «... Je n'ai, comme tous les Français, qu'une place au parterre. »

(1) Lire le récit de cette entrevue et de cette lecture, au lonie l"' du Théàin; complet d'ALEXANDKE Dumas : Comment je suis devenu auteur dramatique.

(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 1016.

LR DRAME ROMANTIQUE S2;i

Christine fut jouée à l'Odéon en 1830. Au même théâtre, Dumas fît une nouvelle tentative en vers : Charles VII chez ses grands vassaux (183J), tragédie historique qui contient une belle situation, mais dont l'exécution est faible. Puis il incline de plus en plus vers le mélodrame. Quelle que soit l'habileté vraiment remarquable qu'il a déployée dans Richard d'Arlington (1831), là Tour de Nesle (1832), Kean (1836), etc., on ne peut nier que ces ouvrages, par leur psychologie trop sommaire et leur absence de style, ne nous ramènent au mélodrame. Mais ils ont tous une qualité : le mouvement. Les personnages ne nous analysent pas leurs motifs d'action, mais ils agissent, et nous ne sentons qu'à la réflexion le peu de vraisemblance de leurs aventures.

Nous retrouverons plus loin les comédies de Dumas père (1).

Page 1