IX. — La renaissance du Drame en vers
Nous venons de voir que Ponsard avait obtenu deux de ses plust grands succès avec des drames historiques en vers. Le genre s'était décidément acchmaté en France. Cependant, sous le second Empire, et pendant le triomphe presque absolu du genre réaliste d'Augier et de Dumas fils, on voit paraître peu de drames poétiques. C'est après 1870 qu'il se produit une véritable renaissance.
Henri de Bornier (1825-1901) donna en 1875, au Théâtre- Français, la Fille de Holand, pièce restée au répertoire, et qui, malgré la lourdeur du style, est la plus cornélienne des (t'uvres modernes. Bornier suppose que le traître Ganelon a échappé au châtiment auquel Charlemagne l'avait condamné, et vit dans ses terres sous le nom d'Amaury. Le fils (FAmaury, Gérald, jeune et brave chevalier, délivre la tille (le Roland, Berthe. Gérald et Berthe s'aiment. Mais le fils de Ganelon ne peut épouser la fille de Roland : et Gérald renonce volontairement à cet amour. — En 1883, Bornier publiait l'Apôtre (saint Paul), refusé par le Théâtre-Français; en 1885, il n'obtenait qu'un demi-succès avec les Noces d'Attila, à l'Odéon ; enfin, en 1888, son Mahomet, reçu rue de Richelieu, était interdit par la-censure, après une démarche de l'ambassadeur de Turquie auprès du gouvernement (cf. Beaumarchais, Monologue de Figaro) (1).
1 Morcemix choisis, l""' rycle, p. 591: 2« cycle, p. 1060.
François Coppée (1842-1908) fait jouer en 1881 les Jacobiles, et, en 1883, Severo ToreUi deux grands succès : mais son meilleur ouvrage est Pour la Couronne qui, par la force de l'action, la beauté des caractères, l'éclat de la versification, est supérieur à la Fille de Roland.
M. Jean Richepin (né en 1849) est l'auteur de Nana-Sahib 1883), drame hindou, d'une couleur éclatante, et de Par le Glaive (1892). Dans la comédie en vers, il garde son style pittoresque et vigoureux, avec plus de naturel : sa meilleure œuvre est certainement le Chemineau (1897).
On peut citer encore la Grisélidis d'A. Silvestre et Morand (1891), la Heine Fiammette de Catulle Mendès (1894). Et nous arrivons ainsi à M. Ed. Rostand, qui bénéficie de tout ce mouvement antérieur. Nous en parlons au chapitre de la Comédie.
Conclusion.
Le drame romantique, né en 1827 avec Cromwell, sest donc prolongé jusqu'en 1843, date des Burgraves. Après une éclipse due à la lassitude du public, qui s'est tourné vers l'école du bon sens, il y a eu reprise du courant avec la représentation des drames de Musset. Puis une sorte de renaissance s'est produite à partir de 1870, avec les pièces de Bornier, de Coppée, de Richepin.
BIBLIOGRAPHIE