‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 225 sur 323 · I.A CUrTlOUJ-; AU m\-XKU\'lKMF. SIKCLI', !H<i · texte numérisé non relu

I.A CUrTlOUJ-; AU m\-XKU\'lKMF. SIKCLI', !H<i

de leurs artifices. Il donne trop d'importance au vaudeville, au mélodrame, à toute la production inférieure du théâtre. Enfin, il n'a pas bien compris les contemporains tels que Augier, Dumas fils ; et il est systématiquement fermé aux nouveautés contemporaines et au théâtre étranger. Comme conférencier, Sarcey avait des qualités très personnelles, beaucoup de bonhomie et de finesse.

Vil. — F. Brunetîère (1849 1907).

En 1875, l'erdinand Brunetière donna ses premiers articles à la Revue des J) eux- M onde s ; il en resta toujours un des principaux collaborateurs et en devint le directeur. Il fut nommé en 1886 maître de conférences à l'Ecole n'ormale supérieure. En même temps, il se révélait puissant orateur dans ses conférences de l'Odéon, particulièrement dans la série de 1892, qu'il a réunie sous ce titre : les Époques du théâtre français. En 1893, il fit à la Sorbonne un cours libre, qui a formé les deux volumes intitulés : Evolution de la poésie lyrique au dix-neuvième siècle. Cependant il publiait d'autre part : le Roman naturaliste (1880), Études critiques (8 séries de 1881 à 1906), Histoire et Littérature (3 vol., 1882- 1884), l'Évolution des genres (1889), etc. En 1898, paraissait son Manuel de Vhistoire de la littérature française^ annoncé par lui comme l'esquisse d'un plus important ouvrage ; et il avait commencé à donner les deux premiers fascicules de son Histoire de la littérature française classique {le Mouvement de la Renaissance^ la Pléiade), quand il mourut (1).

Brunetière fut d'abord un érudit d'une extraordinaire puissance de travail. Sauf sur le moyen âge, qu'il n'aimait pas, il avait approfondi les sources et les textes, et il excellait à s'assimiler, pour en faire un usage original, les travaux de la critique contemporaine. A ce fonds très riche, et qui s'augmentait de jour en jour, Brunetière ajoutait la connaissance des philosophes et des savants contemporains : Darwin, Herbert Spencer, Hœckel, Schopenhauer, Auguste Comte.

(l) L'onvra^p est continué, d'après les not<»s laissées par F. Brunetière.

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Lfuns ih»'oii*;bj qu'il Ti'accqjtait pus tout, r.ntiùrr^, .ui poiiif. de vue moral, il essaya de les appliquer à la critique littéraire. 11 inventa donc Vèimlutù.n des genres. Un genre, l'épopée, le lyrisme, le roman, etc., naît, se développe, se transforme, meurt ou plutôt se mue en un autre genre, selon le milieu, le moment, les influences, etc. En dehors de cette théorie générale, qui n'a peut-être d'autre inconvénient, quand on y réfléchit bien, que d'être d'une évidence un peu naïve, Bruneticre en a soutenu d'autres qui nous semblent plus importantes pour qui veut lui assigner sa place dans la critique du dix-neuvième siècle : il a renoncé à V indifférence scientifique d'un Sainte-Beuve ou d'un Taine. Il veut et croit devoir non seulement classer, mais juger. Selon lui, il y a des ouvrages bons et des ouvrages mauvais; et, parmi ces derniers, il range ceux qui ne se proposent d'autre objet que la mesquine individualité de l'auteur, ou la reproduction servile de la nature extérieure. Il combat, au nom de la morale d'abord, mais aussi au nom des lettres, la doctrine de l'art pour Vart. Aussi, ses grandes admirations vont-elles à ceux des classiques qui sont l'honneur de l'esprit humain en même temps que de l'esprit français : Pascal, Bossuet, Corneille ; il aime déjà moins, et parfois il déteste, les Voltaire et les Rousseau; il est sévère pour le roman naturaliste, pour les auteurs dramatiques qui ne cherchent qu'à exciter le rire, pour les critiques dilettantes, etfc. Bref, il est, bien que sa théorie de V évolution des genres le rapproche de Sainte- Beuve et de Taine, un critique moraliste.

Pour défendre ses idées, qu'il transforme toujours en thèses ou en plaidoyers, il était doué du plus remarquable talent oratoire. Qui ne l'a pas entendu et n'a pas subi l'empire de sa parole nerveuse et de son geste à la fois sobre et violent, ne comprend pas son style. Il cow;?ose admirablement; il ordonne ses preuves en prédicateur; il prépare, amène, formule des conclusions, qui sDnt une réponse définitive aux objections qu'il a posées. Moins incisif et moins imagé que Taine, il a plus de mouvement et plus d'ampleur (1).

(1) Morceaux choish, t*" cycle, p. r)2f); 2» cydo, p. H.Vi.

LA LlUTlyUE AU DlX-.NEUVlliME SIÈCLE 86îi

Il faut encore citer les noms de : —Alex. Vinet (1797-1847), critique moraliste, très pénétrant, souvent très profond ; — E. Renan, que nous étudions au chapitre des Historiens; — Paul de Salnt-Victok (1827-1881), critique « romantique » au sens uii peu défavorable du mot, impétueux et déclamatoire; — Emile Montégut (1826-1895), qui s'occupa très intelligemment des littératures étrangères; — Edmond Schérer (1815-1889), critique philosophe, plus sensible aux idéen qu'à l'art; — A. de Pontmartln (1811-1890), plutôt journaliste spirituel que critique.

VllI. — Les Conteiiipoi*ains*

Parmi les critiques contemporains nous devons signaler : M. Anatole France, plus connu aujourd'hui par ses romans que par sa critique, mais qui rédigea pendant plusieurs années « la Vie Liltèraire » au journal le Temps. 11 est essentiellement subjectif et impressionmste (1); M. René DuUMic, rédacteur à la Revue des Deux-Mondes, et conférencier très applaudi, remarquable par la finesse et la sûreté de son diagnostic, et par le tour concis et spirituel de son style; — et les deux « maîtres du chœur », /. Lemaître et Em. Faguet.

Jules Lemaître (1853-1914) débuta par des vers, en disciple de Th. Gautier et de Baudelaire, et à partir de 1885, donna, à la Revue Bleue, une série d'articles sur les contemporains. Puis, aux Débats et à la Revue des Deux-Mondes, il fut chargé de la critique dramatique. Il a réuni ses articles dans les sept volumes des Contemporains, et dans les dix volumes d'Impressions de théâtre. \\ y a ajouté des séries de conférences, dont le succès fut retentissant, sur J.-J. Rousseau (1906), sur Racine (1908), sur Fénelon (1910), sur Chateaubriand (1911). Nous parlerons ailleurs de son œuvre dramatique. — Jules Lemaître est difficile à définir et à classer : c'est un homme très intelligent et très documenté, qui a horreur du dogmatisme de raisonnement et de style,

(1) Morccaïuc choisis, 1" cycle, p. Îx29; 2° cycle, p. 1107.

soi- LlTTÉHATUKt FKA.\(.:Ai!>E

et qui expose ses idées et ses théories avec un détachement apparent, à titre de simples impressions, de la justesse desquelles il semble toujours douter et qu'il donne seulement pour spontanées et sincères. Mais, sans être assurément un dogmatique^ J. Lemaître est un des critiques' les plus assurés de ce qu'il veut, de ce qu'il aime et de ce qu'il hait. 11 veut que l'œuvre littéraire soit désintéressée, honnête, claire, et qu'elle contienne de l'humanité générale. Aussi adore-t-il les classiques, en particulier Racine et Molière, et, parmi les modernes, Lamartine, Augier^ Dumas fils. Il déteste les phraseurs, les déclamateurs, les industriels de lettres, tous ceux qui travaillent dans la banalité ou dans le rare; c'est ainsi qu'il reproche à Rousseau d'avoir mis en circulation tant d'idées fausses, à Hugo d'avoir abusé de sa virtuosité, à tel romancier contemporain d'avoir « gagné beaucoup d'argent » avec des livres médiocres, à tel chroniqueur de s'être imposé par son aplomb, à la bêtise du public. Cependant, il est d'un esprit si ouvert et si curieux, si capable de s'assimiler les formes d'art les plus dissemblables, qu'il s'est vivement intéressé au théâtre d'Ibsen, et qu'il a été des premiers à le comprendre et à l'expliquer. — Il a creusé moins de sujets que Sainte-Beuve, il a mieux aimé approfondir le génie propre des écrivains que les circonstances au milieu desquelles ils ont écrit; il est un critique psychologue, dans toute la force du terme. Et il a sur Sainte-Beuve la supériorité du style. On pourra toujours refaire, en le complétant par les récents travaux de l'érudition, un article de tel autre critique; Jules Lemaitre donne à ses idées et à ses analyses un tour si personnel, si définitif, si impérieux sous des apparences élégantes et insinuantes, qu'on ne l'imite pas, — on le cite (I).

Ém. Faguet (1847-1916) fut, comme J. Lemaître, élève de l'Ecole normale supérieure, professeur de l'Université, critique dramatique au Journal des Débats^ collaborateur de la hevue des Deux- M ondes. Il a publié des Études sur le seizième, le dix-septième, le dix-huitième et le dix-neuvième siècles, — (les Xoles sur le théâtre (3 vol., recueil de feuille-

(1) Morceaux choisis, 2" cycle, p. 1176.

LA GRITIOÙE AU mx-NEUVlÈMÊ SIÈCLR 8Q|

tQ«§ dcamt^tiques au journal le Soleil, 1880-1883). — ç^ç^ Questions de tkiâtre (1890-1898), — des études &\\y les PpHiiques et Moralistes du dix-neumèmç siècle (3 vol., 1894- 1900), etc.. En outr^, Ua donné d^| Qpr^^^l die gpciologi^ et de philosophie politique.

pm. Faguet présente les grands écrivains dans leur onsen^bje, et char.che à réduire en de sobres, piquantes et puissantes formules, le génie d'un Montaigne, d'un J.-J. Rousseau, d'un Victor Hugo, d'une M»»» de Staël. Il procède par plans : vie, idées morales (il y insiste), idées littéraires, art, style, etc. Et chacun de ces paragraphes est un cadre où l'auteur apparaît dans une de ses poses essentielles. Il use volontiers d'un style concis, antithétique, suggestif au plus haut point. Moins éloquent que Brunetière, moins élégant que y. Lemaître, il est plus vif et plus imprévu; il arrive souvent aux grands effets par sa sobriété même, et il a des brusqueries de tour et d'expression qui trahissent l'enthousiasme contenu ou l'émo.tion qui se inaitrise. Comme critique dram^atique, il laissera, avec le souvenir d'une rare loyauté et d'une franchise presque candide, celui d'un(^ méthode originale, qui consiste à chercher ayant tout la vérité humaine d'une pièce, à l'eçtimer moins par ses qualité? de métier que par son fond, à refaire à sa manière la psychologie d'un per>sonnagç mç\nq^^é,, à avertir l'a\;teur dç ce qu'il ^ oublié ou négligé. Et d'autre part, comme Sarcey et J. Lemaître, il a aimé à discuter le grand rêpm^toire; de là une série de feuilletons sur Corneille, Racine, Molière, etc., qui resteront parmi les plus pénétrants et les plus sensés (1).

Dans ses derniers volumes {Nietschc, Platon^ h Socialisme^ etc.), Ém. Faguet tend de plus en plus à traiter des questions de sociologie et de morale ; ir y apporte autant d'intelligence et de hauteur de vues que dans la critique littéraire.

ÏX. — (iC** Écrivain.*} ^ei^ntiftque!^*

11 faut faire, dans une histoire de la littérature française au dix-neuvième siècle, une place importante aux écrivains

(1) Morrpovx choisia, X" cycle, p. W.S: 2'" cycle, p. 1169.

1)1 ■< (ir.vN(a:s. I.ilici ,iiui .■. 'is

y56 LITTÉRATURE FRANÇAISE

scientifiques. Mais nous ne voulons signaler que ceux dont le style est vraiment original, et qui mériteront toujours d'être lus pour avoir exposé en un langage parfait moins des découvertes particulières, vite dépassées, que les idées générales des sciences, ou la façon dont la science même les avait prédisposés à sentir et à penser : bref, nous nous occupons de ceux qui furent ou des philosophes, ou des poètes.

Cuvier (1769-1832) a fondé la paléontologie et l'anatomie comparée. Sa méthode, il l'a surtout exposée dans le Discours sur les révolutions de la sur/ace du globe, qui sert de Préface aux sept volumes de ses Recherches sur les ossements fossiles (1812-1822). Il écrit d'un style posé, ample, animé et soutenu par une imagination scientifique vraiment grandiose. Nous avons déjà dit que Cuvier, répondant, à l'Académie, au discours de réception de Lamartine, avait donné de la poésie des Méditations une analyse définitive.

Ampère (1775-1836), cœur exquis, intelligence prodigieuse, a laissé d'admirables ouvrages scientifiques dont le principal est, au point de vue qui nous occupe, son Essai sur la philosophie des sciences (1834-1844). On a publié après sa mort : Journal et Correspondance de A. -M. Ampère, œuvre qui révèle toute la délicatesse de son âme, et qui repose, par sa fraîdieur et sa sincérité, des lettres de tant de littérateurs.

Arago (1786-1853) est encore un de ces savants chez qui le caractère (très différent d'ailleurs de celui d'Ampère) .est à la hauteur de l'intelligence. Il fut aussi solide professeur qu'écrivain distingué ; ses cours de l'Observatoire furent célèbres, et les Biographies qu'il écrivit en qualité de secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences peuvent encore servii- (\e modèles. Ajoutons qu'il joua dans la politique, aux côtés de Lamartine, pendant la Kévolution de 18-18, un rôle noble et désintéressé.

Claude Bernard (I8l3-l87«j fut professeur au Collège de France, à la Sorbonne, au Muséum, et publia en 1865 son Introduction à la Médecine expérimentale, qui est le plus importnnt ouvrage scientifique et philosophique de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. La méthode qu'il y expose

dépasse l'objet propre du livre; elle peut s'appliquera l'histoire et A. la critique, eomme aux sciences expérimentales (1).

Pasteur (1822-1895). — On connaît les travaux de Pasteur, si beaux en eux-mêmes, et qui sont restés féconds en matcniliques résultats entre les mains de ses disciples et continua,teurs .

vlnis Pasteur est aussi un écrivain très r'cmarquabl e.

I>a,ns ses rapports, dans ses discours, il a une façon claire, méthodi- <(i]c, simple et rinue, de présenter ses découvertes ou les idées généi-a.les de la science. Ses lettres sont par (iculiérement

séduisantes; elles sont d'un homme à qui rien n'psf e'trnn- (/er, qui sait être avec candeur fils, ami, époux, père, et qui n'a. au bout de la plume aucune de ces phrases toutes faites, qui se substituent si aisément, même chez les plus sincères, ;i la transcription directe de l'émotion. Que dire de son Oraison funèbre de Sainte-Claire Deville, auprès de laquelle

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