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VI. — Le !lloiiolog;uc et le Sermon joyeux

Le Monologue. — Les jongleurs, nous l'avons dit, possédaient tous un répertoire de petits morceaux, sans cesse rajeunis, des monologues dramatiques, pour la récitation desquels ils s'affublaient peut-être de costumes ou, du moins, d'accessoires particuliers. Semblables, comme invention et comme style, à nos monologues contemporains, ces courtes pièces forment, par leur ensemble, une sorte de revue satirique des divers états. Le ton en est spirituel, et il est essentiellement comique, au sens le plus exact du mot ; en effet, le personnage qui parle étale naïvement ses travers ou ses mésaventures ; il fait rire de lui, sans se juger plaisant. C'est en quoi le monologue du moyen âge est si souvent supérieur au monologue de la fin du dix-neuvième siècle.

Nous possédons une vingtaine de monologues. Les types essentiels du genre sont : la Chambrière à louer à tout faire ; le Varlet à louer à tout faire ; le Clerc de taverne (garçon de café); le Uamoneur ; le Vendeur de livres, etc..

11 faut mettre à part le Franc-Archer de Bagnolet, composé environ vers 1468, et que l'on a souvent attribué, mais gfins preuves suffisantes, à Villon. Les francs-archers formaient une sorte de milice bourgeoise ; chaque commune devait équiper et entretenir le sien. Mais la plupart de ces soldats communaux se rendirent impopulaires par leur lâcheté, et abusèrent du privilège de leur situation pour rançonner et piller les paysans. — Dans le monologue en question, le franc-archer (revêtu sans doute d'un costume à la fois exact et plaisant) commence par provoquer, llarnberge

au vent, lous los adversaires que le sort pourrait lui envoyer. Il raconte cyniquement les combats où il a lâché pied, et il s'en vante. Le cri d'un coq lui fait espérer qu'il y a, aux environs, quelque poulailler à piller. Mais comme il cherche son butin, il aperçoit dans le champ un épouvantail à moineaux, fabriqué avec une vieille casaque de gendarme, bourrée de paille et dressée sur un bâton, croix blanche devant et croix noire derrière. Le franc-ar» cher, pris de peur, tombe à genoux,. et demande merci. 11 fait une longue confession de ses fautes : il a beaucoup volé, et il n'a jamais tué que des poules... Mais le vent ayant fait tomber l'épouvantail, le franc-archer s'approche, reconnaît sa méprise, reprend par degrés son humeur de bravache, et sort plus insolent qu'il n'était entré (l).

Enfin, c'est un véritable monologue que le DU de VHerberie de Rutebeuf : on y entend un charlatan qui vante les vertus extraordinaires de ses drogues, en particulier d'une herbe (l'armoise) qui guérit toutes sortes de maux. Ce monologue est un mélange de prose et de vers (2).

Le Sermon joyeux. — A la Fête des fous, un étudiant ou un clerc prononçait dans la chaire de l'église une parodie de sermon. Les fous une fois chassés du sanctuaire, le genre subsista et se développa, en conservant les caractères esgentiels de son origine : un texte sacré en latin, une division, des citations de la Bible ou des Pères, une conclusion morale, et une formule de bénédiction. Il était d'usage, d'autre part, de commencer toute représentation de miracle ou de mystère par un sermon.

Nous possédons une trentaine de Sermons joyeux, dont les titres seuls indiquent clairement le sujet : Saint Ftaisin, Saint Hareng j Saint Jambon, le Ménage et la Charge du mariage, etc., etc. On y raconte le soi-digant martyre du sai7it en question. C'est un genre de plaisanterie « vieux comme le monde >, et qui se trouve dans toutes les littératures (cf. Grain d'orge^ du poète écossais Burns).

(1) Le Franc -ar^c lier de Bagnolet est publié dans toutes les éditions de Vii.-

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