CHAPITRE III LA PLEIADE
SOMMAIRE
1° En 1549, Joachizn du Bellay publie, avec la collaboration de Ronsard, la Défense et Illustration de. la langue française, qui contient 1p prograniine de la nouvelle école poétique.
2" Ronsard (1525-1585) reunit autour de lui, sous le nom de Pléiade^ ses amis du Bellay, Baïf, Jodelle, Belleau, Ponlus de ThyardeX Dawra^, leur maître. — il compose des Odes, ùes Amours, des Élégies, des Discours, la Franciade. Il est classique par son amour des Anciens, son impersonnalité, sa théorie des genres, etc. Il est romantique par son sentiment de la nature, sa mélancolie, son sens de l'épopée. Il jouit d'une immense ^-cnommée pendant sa vie, est méconnu aux dix-septième et dix-huitieme siècles, et est réhabilité par les romantiques.
3° Disciples de Ronsard : J. du Bellay écril l'Olive, les Regrets, les Antiquités de Home. Il est remarquable par sa sincérité et sa sensibilité; — Rémi Belleau se distingue par de gracieuses Bergeries; — Baïf veut établir un nouveau système de versification; etc. (Voir Jodelle, au chapitre du Théâtre).
4'' Autour de la Pléiade. — Du Barlas s'inspire de la Bible dans la Semaine ou la Création; — Agrippa d'Aubigné écrit un vigoureux pamphlet épique : les Tragiques ; — Olivier de Magny, etc.
La poésie française continuait son évolution normale depuis le début du seizième siècle ; et chacune de ses étapes était nécessaire à ses progrès. Les grands rhéforiqueurs avaient soumis notre versification à une gymnastique salutaire ; sous leurs exagérations puériles, on peut sentir la recherche du rythme et de la rime. A leurs jeux d'esprit, Marot fait succéder une poésie plus simple, dont l'aisance et l'élégance prouvent que les exercices précédents n'ont pas été inutiles, mais qui reste un peu courte d'inspiration.
L'école lyonnaise, moins savante, quoique plus obscure, réintègre la pensée dans la poésie ; elle demande aux vers d'exprimer l'idée ou la passion.
Quand Ronsard et ses amis entreprennent une reforme^ la tâche leur est donc préparée; ils profitent de tout un mouvement d'art et de pensée. La date de 1549, celle de leur manifeste, est utile et commode à retenir ; mais elle ne marque ni une découverte, ni un brusque changement de direction : elle indique seulement un point de maturité et l'organisation d'une jeune école décidée à faire aboutir hâtivement ce qui, depuis plus de cinquante ans, s'élabore.