DE QUELQUES POÈTES DU QUINZIÈME SIÈCLE
Le quinzième siècle compte un grand nombre de poètes. Les principaux sont cette même Christine de Pisan, dont on loue quelques vers gracieux, restés en manuscrit ; Georges Chastelain, beaucoup plus goûté de son temps pour ses obscures poésies que pour ses Chroniques; Martial d'Auvergne, auteur d'une sorte de poème historique sur la mort du roi Charles VIT, où sont exprimés en mauvaises rimes les patriotiques sentiments de la nation pour la royauté malheureuse. Martial d'Auvergne était appelé le poète le plus spirituel de son temps. C'est ainsi qu'on donnait le titre de Père de l'éloquence française à Alain Chartier, tour à tour secrétaire des rois Charles VI et Charles VII, poète fade, prosateur pédantesque, malgré quelques vers exprès-
sifs sur le désastre d'Azincourt *. Des louanges du même genre ne manquèrent ni au Champion des Dames de Martin Franc, ni aux Ballades de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ni aux pièces badines de Coquillart; c'est un trait de l'histoire de notre poésie que les grandes admirations n'ont pas attendu les grands talents.
Un seul poète, dans ce siècle, marque un âge nouveau de la poésie française, et en laisse un monument durable : ce poète, c'est Villon, né en 1431. Boileaului a donné son rang :
Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers, Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers V
Boileau prononce sommairement , mais non à la légère. La simplicité de la critique au dix-septième siècle le dispensait de donner les raisons historiques de son jugement, outre que le caractère de son Art poétique ne les comportait pas. Cherchons ces raisons ; cela est plus utile et porte moins malheur que d'accuser Boileau d'ignorance et de caprice 3.
i Voyez son poème des Quatre Dames.
2 Art poétique, chant Ier.
3 Le jugement de Boileau, si on ne l'entend que du mécanisme du vers chez ce nos vieux romanciers, » auquel Villon n'a rien changé, peut être contesté, et il l'a été justement. Entendu dans un sens plus général, comme comparaison entre Villon et ses devanciers, non seulement Boileau a raison , mais il a raison en poète ; ce qu'il juge il le peint.
§ ix.