CLÉMENT MAROT
Vers la fin de l'année 1518, François Ier donnait pour valet de chambre à Marguerite , alors duchesse d'Alençon, Clément Marot. Marguerite avait vingtsix ans , et Marot vingt-trois. Il ne quitta le service de cette princesse que sur la fin de 1534. Le poète fut présenté à Marguerite , de la part du roi , par le seigneur du Pothon. Voulant faire ses affaires luimême, il remit à la princesse une requête en vers:
Ainsy je suis poursuy et poursuyvant D"estre le moindre et plus petit servant De vostre hostel, magnanime princesse, Ayant espoir que la vostre noblesse
Me recepvra, non pour aulcune chose, Qui soit en moy pour vous servyr enclose ; Non pour pryer, requeste ou rhetoricque, Mais pour l'amour de vostre frère unicque, Roy des François , qui , à l'heure présente, Vers vous m'envoye et à vous me présente De par Pothon, gentil homme honorable... 1.
Entre le poète et la docte princesse , il y eut un commerce poétique très actif. De là cette fable d'une liaison d'amour entre Marot et la duchesse d'Alençon. Que Marguerite ait souffert quelques vers de galanterie de Marot, on peut le croire sans faire tort à sa vertu. Parler d'amour, même aux dames du plus haut rang , de si bas qu'on le fît , c'était le droit de tout poète , et un reste des mœurs chevaleresques. Ni Marot ni Marguerite ne s'en cachaient, et on ne dit pas que le duc d'Alençon , ou le roi de Navarre, son second mari, s'en soient offensés.
Dans les pièces de Marot , d'où l'on a tiré le roman de ses amours avec Marguerite, celle-ci serait désignée sous le nom d'Anne. Le pseudonyme n'est pas transparent. En tout cas, cette Anne n'a inspiré à Marot que des vers chastes et respectueux. Quant au retour dont il aurait été payé, une épigramme de 1527 nous apprend que le poète en fut pour ses avances.
Je pense en vous, et au fallacieux Enfant Amour, qui par trop sottement A faict mon cueur aymer si haultement, Si haultement, hélas I que de ma peine
1 Le Despourveu, épître il.
N'ose espérer un brin d'allégement, Quelque doulceur de quoy vous soyez pleine.
Aimer si haultement indiquerait en effet nn amour inégal , et le dernier trait ,
Quelque doulceur de quoy vous soyez pleine,
siérait bien à Marguerite. Si c'est elle, les vers du poète ne sont qu'un hommage à sa vertu.
Au reste, la seule chose certaine est aussi la seule qui nous importe : c'est le commerce d'esprit entre Marot et Marguerite, et la part que dut avoir Marguerite dans le tour poli et délicat des pensées du poète.
Marot avait fait la guerre avec le duc d'Alençon en homme qui ne restait pas parmi les bagages. Il fut blessé au bras à la bataille de Pavie , et fait prisonnier.
Là fut percé tout oultre rudement Le bras de cil dont il a de coustume De manyer ou la lance ou la plume.
Finallement, avec le roy mon maistre, De là les monts prisonnier se veit estre Mon triste corps navré en grant souffrance l .
Revenu en France, il donna dans les nouveautés de la Réforme. Comment n'eût-il pas été de ce parti? C'était celui des gens d'esprit et des dames. Il lui en arriva malheur. Un rondeau quelque peu
i Élégie I.
obscur où le poète déclarait « lascher » Ysabeau comme inconstante et comme le « laschant » luimême fut cause de sa « prinse, » c'est-à-dire , le fit jeter en prison au Châtelet {. Dans cette Ysabeau, la Sorbonne avait cru reconnaître l'Eglise romaine , et elle ne se trompait pas. Transféré à Chartres, dont l'évêque, à demi gagné à la Kéforme, lui donna pour prison une hôtellerie, un ordre envoyé de Bayonne par François Ier, qui sortait lui-même de sa prison de Madrid, rendit le poète à la liberté. C'était en 1526. Un an après , Marot se faisait de nouveau mettre en prison pour avoir voulu arracher un homme des mains des archers. Il adressa à François Ier
Eoy des François plein de toutes bontés
une ce épistre » dans laquelle il niait le cas et , se raillait des « trois pendards » qui avaient osé mettre la main sur lui et, l'emmener
Ainsy qu'une espousée, Non pas ainsy, mais plus roide ung petit.
François eut la bonne grâce de ne pas approfondir la chose et répondit à « l'Epistre » par une lettre missive à la cour des aides ordonnant l'élargissement de son « cher et bien aimé valet de chambre ordinaire Clément Marot. ï
A peine libre , la persécution générale l'atteignit. Il eut peur que François Ier ne se lassât de le protéger, et se réfugia d'abord à Blois, auprès de Margue-
1 Eondeau LXVI. De V inconstance à" Ysabeau.
rite, puis à Ferrare, auprès de Renée de France, laquelle avait fort à souffrir du duc son mari, allié de Charles-Quint. De son exil, il adresse à la reine de Navarre, en réponse à quelque envoi de vers , cette pièce touchante que lui inspirent les chagrins domestiques de Renée de France :
Car en mon cueur, si secours on luy nye , Veu la façon comment on la manye, Diray qu'elle est de la France bannye Autant que moy, Qui suis icy en angoisseux esmoy, En attendant secours promiz de toy, Par tes beaulx vers, que je me ramentoy
Avecques gloire ; Et bien soûl vent à part moy ne puis croire Que ta main noble ait eu de moy mémoire, Jusqu'à daigner m'estre consolatoire Par ses escriptz.
Ces escriptz de Marguerite, — c'est l'envoi de vers — il les lit ou les chante , dit-il , tantôt haut , tantôt à voix basse ; de cette façon , il se console.
Tant que mon cueur de grant liesse voile, Remémorant ta royale parolle, Qui me promet de m'effacer du rosle
Des enchâssez (exilés).
Or sont de là les plus gros feux passez ; Rien n'ay meffaict ; au roy doulceur abunde ; Tu es sa sœur ; ces choses sont assez Pour rappeler le plus pervers du monde 1.
Grâce au crédit de cette protectrice persévérante, •ce « pervers » était rappelé en France en 1536 , et il repassait en plein hiver les « grans et froides mon-
1 Chant xxi.
tagnes, » si heureux de revenir dans son pays, que les « grans roches hautaines » des Alpes lui paraissaient « préaulx herbus, )) les « torrens, fontaines, » la bise, la neige et les « verglatz, printemps et verdure l. »
Rentré à Paris , il était rétabli sur le rôle de la maison royale, d'où, l'année précédente, il avait été rayé. Il se remit à la traduction en vers des psaumes dont il avait publié les premiers en 1533, avec l'approbation de François Ier. Mais dans l'intervalle les choses avaient bien changé. Marot avait commencé sa traduction en catholique de la nuance d'Erasme ; il l'achevait, moitié le voulant, moitié sans le savoir, presqu'en huguenot. De son côté, François Ier, qui avait encouragé les premiers psaumes avec l'esprit libéral de la Renaissance, allait suspecter les derniers en prince qu'on inquiétait facilement sur son autorité. Aussi bien se succédaient, coup sur coup, les arrêts du parlement contre les livres « contenant doctrines nouvelles » avec peine de la hart contre ceux qui les possédaient, et les édits royaux , enjoignant aux parlements de « procéder vigoureusement et sans déport à l'extermination des hérétiques. » Marot s'effraya de l'humeur variable et de la politique contradictoire d'un monarque qui aimait les lettres et faisait brûler les lettrés. Il se mit à l'abri de ses « bontéz » intermittentes et s'enfuit, d'abord à Cahors, puis à Chambéry.
1 Épître Lin.
La nouvelle de la bataille de Cérisoles, que sa muse exilée a célébrée dans des vers plus patriotiques que poétiques, le fit partir de cette ville pour Turin où après quelques mois , il mourut , l'année même de ce retour de fortune de la France, fugitif, pauvre, à l'âge de cinquante-sept ans *.
La vie de Marot et celle de Villon ont beaucoup de traits communs. Marot chante, comme Villon, ses amours, sa prison; mais ses amours sont plus délicats et sa prison plus honorable. Au lieu de la pente saulcissiere du coin, il aime des dames de la cour, sinon la sœur ou la maîtresse du roi, comme l'ont voulu ses admirateurs. Sa prison n'est plus celle de Villon, ramassé par les gens du guet et enfermé au Châtelet pour quelque escroquerie ; il est emprisonné, une première fois, pour suspicion d'hérésie ; une seconde, pour une imprudence généreuse. Aussi, du fond de sa prison, fait-il des vers contre ses juges , le front levé , et du ton d'un honnête homme opprimé par les faux dévots.
Ces différences de caractère et de condition tourneront au profit de notre poésie. Le langage de l'amour dans Marot sera plus délicat, sauf aux
i Les détails qu'on vient de lire sur le double emprisonnement de Marot, sur son retour en France , et sur son volontaire et dernier exil, rectifient ce que j'en avais' dit dans les éditions précédentes sur la foi d'une tradition non vérifiée. J'en ai l'obligation aux récentes et savantes recherches de l'auteur de Clément Marot et le Psautier huguenot, M. 0. Douen. JJ. m'a été d'autant plus agréable d'admettre ces rectifications qu'elles sont à la fois plus près de la vérité et plus honorables pour le caractère de Marot.
rares endoits où Marot sent le Villon. Si la prison ne l'inspire pas mieux que ce rude et naïf génie des carrefours, elle lui inspire des beautés nouvelles. Villon faisant son testament à la veille d'être pendu, léguant à un ivrogne son muid, certainement vide, à un vicaire sa maîtresse, à un ami trop gras deux procès, narguant la mort et s'amusant à. décrire son squelette, puis se félicitant d'avoir sauvé sa pel par une requête en grâce faite à propos, montre beaucoup de verve et d'originalité. Marot parlant fièrement à ses juges, raillant la lenteur calculée de leurs procédures, les pièges de leurs interrogatoires, leur soif de coupables, montre, avec une verve égale, une originalité d'un ordre plus élevé. Au lieu d'un homme qui échappe à ses juges, je vois un homme qui a le droit de les braver.
Marot, c'est Villon arraché à la pauvreté, où, comme dit le Grand Testament,
Ne loge pas grant loyauté ;
c'est Villon à la cour, valet de chambre d'une reine et page d'un roi. Villon et Marot sont deux poètes sortis du peuple ; le caprice de la fortune a laissé l'aîné dans la bassesse de sa naissance, et a élevé le cadet jusqu'à la domesticité de la cour. Mais ni la bassesse où s'est trop complu le premier, ni le service de cour où s'est poli le second, n'ont altéré le cachet de naïveté et de poésie dont tous
les deux ont été marqués. Le naturel a résisté à la condition.
Marot commença par imiter les allégories du Roman de la Rose et ces tours d'adresse malheureux du quinzième siècle, rimes fraternisées , brisées, équivoquêes , couronnées, battelées, — vrais tours de bateleurs, — vers rétrogrades ou à double face, où excellait Guillaume Crétin,
Le bon Crétin, aux vers équivoques.
La Renaissance , venant en aide à son heureux naturel, l'arracha bientôt à ces misérables jeux d'esprit. Dès 1510, il avait traduit la première églogue de Virgile. Dix ans après, il rapprenait le latin, et commençait une traduction des Métamorphoses d'Ovide. « Jugeant, dit-il dans sa préface au Roi, ses inventions trop basses pour un prince de hault esprit, il les a laissées reposer, et a jeté l'œil sur les livres latins, dont la gravité des sentences, ajoute-t-il, et le plaisir de la lecture (si peu que je y comprins) m'ont espris mes esprits, mené ma main, et amusé ma muse. » Marot, comme on le voit, n'est pas guéri du goût des pointes; mais il indique du doigt le genre de beauté oae notre littérature allait puiser au trésor des littératures anciennes : c'est cette gravité des sentences que nous appelons les vérités générales.
Il dit plus loin qu' « en suivant et en contrefaisant la veine du noble poète Ovide, il a voulu faire
savoir à ceux qui n'ont la langue latine, de quelle sorte Ovide escrivoit, et quelle différence peut estre entre les anciens et les modernes. » Où il ne croyait « faire sçavoir » que des différences, sa traduction trahit l'infériorité des modernes à cette époque. La langue du meilleur poète d'alors tâche vainement de s'élever jusqu'à la haute poésie : tout lui manque, tour, expression, noblesse. Qui reconnaîtrait le beau passage. Os homini sublime dédit, etc., dans cette version :
Et neantmoiiis que tout aultre animal Jecte toujours son regard principal Encore bas, Dieu à l'homme a donné La face haulte, et luy a ordonné De regarder l'excellence des cieulx, Et d'eslever aux estoilles ses yeulx.
Outre les Métamorphoses, Marot avait lu et probablement très bien compris VArt d? aimer :
Si V Art (Vaymer tu as leu de bien près.
Il connaissait Martial, et l'a quelquefois égalé dans l'épigramme. La jeunesse même et la naïveté de la langue ajoutent au sel du genre. En général, il choisit parmi les Latins ceux qui vont le mieux à son tour d'esprit, et de préférence les poètes érotigues, les plus lus à cette époque.
Marot ne fut pas si bien inspiré par la Réforme ; elle agita sa vie et le gâta comme poète. C'est à Blois, où tous les novateurs étaient attirés par la
bonté de Marguerite de Navarre et par son goût pour les doctes, qu'il se laissa engager dans les querePes de religion.
Tant chemina la belle i qu'elle vint
Au fleuve Loire, où des fois plus de vingt
Jecta son œil dessuz moi la première,
Car mes beaulx yeux n'avoient propre lumière
Pour regarder les siens premièrement.
Les grandes matières ne convenaient ni à son caractère, ni à son génie. Aussi, à l'exception de quelques vers d'un style élevé, perdus dans des pièces bizarres, partout où il s'inspire de la Réforme, il est sec et prosaïque. Dans la pièce d'où sont tirés les vers qu'on vient de lire, Christine la Bergerette, c'est la primitive Eglise; Simonne 3 c'est l'Église romaine. Christine la Bergerette était opprimée depuis mille ans par Simonne ; soii troupeau avait été décimé. Enfin,
Apollo de sa grâce Transperça l'air qui estoit plein de crace, Si qu'on veit bien la lumière approcher. Or se mussoit Christine en un rocher Des Saxonnois, duquel saillit adonques Aussi entière et belle que fut oncques. Les jours, les mois, les mille ans que je dy N'avoient en rien son visage enlaidy , Courbé son corps, ne sa voix enipyrée.
Voilà la Réforme et Luther. Tous les schismes, à partir du sixième siècle, sont des efforts de Chris-
i Cette belle, c'est Christine la Bergerette, la primitive Eglise dont Marot fait l'histoire allégorique dans une ballade , opuscule IX.
tine pour se délivrer de Simonne, Christine ne fait d'ailleurs aucune difficulté de recevoir des secours d'Apollon, et, dans les discours qu'elle tient au poète, elle s'autorise de Y Art d'aimer d'Ovide.
Il faut chercher le génie de Marot dans les poésies antérieures à son exil, quand il n'était que touché par l'approche de la Renaissance et de la Réforme, avant que la mode en eût fait en 1530 un érudit, et un théologien enl540.
C'est de ces poésies-là, heureusement les plus nombreuses, que la Bruyère a pu dire : « Entre Marot et nous, il n'y a guère que la différence de quelques mots. » Ce qui, était vrai au temps de la Bruyère n'a pas cessé de l'être pour nous, qui sommes plus loin de Marot de plus d'un siècle et demi ; tant son tour d'esprit et sa langue sont conformes au génie de notre pays. C'est un art borné, mais parfait.
Il est une qualité que tout le monde se flatte d'avoir, dans une bonne mesure ; qu'on donne et refuse aux gens un peu au hasard : le nom en est dans toutes les bouches, la chose est encore et sera toujours à définir : c'est l'esprit. L'esprit n'est pas une faculté distincte comme la sensibilité, l'imagination et la raison, auxquelles correspondent des modes différents de notre pensée, formant comme le domaine séparé de chacune. Ne serait-ce point le don de sentir, d'imaginer et d'exprimer dans une mesure moindre que le génie, et dans un ordre de pensées qui ne demande ni une sensibilité profonde,
ni la force de l'imagination, ni nne raison supérieure ? Quoi qu'il en soit, par quoi sommes-nous si près de Marot, dont trois siècles nous séparent, sinon par ce don charmant, le plus beau après le génie, par l'esprit?
C'est cet esprit, formé d'une sensibilité plus douce que profonde, d'une imagination plus enjouée que forte, d'une raison sûre, quoique bornée, qui fait vivre les poésies de Marot. De quel autre nom caractériser tant de traits si justes et si enjoués, dont elles sont semées, sentiments délicats dans l'élégie , aimable gaieté dans la chanson, flatteries nobles et ingénieuses dans les épîtres aux grands personnages, railleries fines dans l'épigramme et la satire ?
La tristesse de Marot est sans pleurs , sa raillerie sans aigreur, sa gaieté sans ivresse : rien ne dépasse une certaine mesure, qui est déjà le goût. C'est ce tempéré qui plaît tant à notre pays, parce qu'il est comme l'humeur du plus grand nombre.
Nous nous reconnaissons dans Marot à d'autres traits encore. Bien de plus national en France que le tour de galanterie qu'il donne à l'expression de l'amour. Les grandes passions, soit romanesques et rêveuses, comme dans le Nord, soit furieuses et sensuelles, comme dans le Midi, sont rares parmi nous : la galanterie, c'est-à-dire beaucoup de passion de tête avec un peu d'amour, est la manière d'aimer du plus grand nombre.
De même, cette satire aimable et fine de Marot
272 HISTOIEE
nous plaira toujours par son ton tempéré , et parce que les travers dont elle se joue sont les nôtres. J'en dirai autant de cet art de la flatterie qui s'attache au solide, qui loue les personnes des qualités qu'elles ont ou qu'elles devraient avoir, qui ne ménage pas moins la pudeur du panégyriste que celle du héros. Les épîtres de Marot à François Ier sont des modèles de cette flatterie , la forme la plus noble et la plus agréable que puissent prendre dans notre pays la dépendance et l'inégalité , éternelles comme les sociétés humaines.
Cependant , on ne lit pas longtemps Marot sans reconnaître la justesse de ce mot d'un de nos contemporains 1 : « L'esprit sert à tout, mais ne suffit à rien. » L'esprit marotique tourne dans un cercle étroit. La langue, proportionnée aux idées, et toujours juste, n'est ni forte, ni colorée ; comme langue poétique, elle ne diffère de la prose familière que parla rime et la mesure. Nous avons même à nous contraindre un peu pour la goûter ; et si nous admirons Marot , c'est plutôt par comparaison que par l'effet d'une conformité intime et immédiate. Sans doute l'esprit français a fait un progrès ; mais on sent que la première éducation lui manque. Il ressemble à quelques égards à Marot, se mettant après trente ans aux études latines. Cette éducation tardive l'a poli à la surface, sans développer son fond. Il est temps que ce cercle s'étende,. et qu'a-
1 Le prince de Talleyrand.
près avoir aimé dans Marguerite de Valois et dans Marot l'image même de l'esprit, nous adorions enfin, dans des écrivains plus rares et plus excellents, l'image du génie. Nous touchons à ce moment. Les deux sources qui doivent renouveler l'esprit français vont s'épandre à grands flots. La Renaissance nous donnera Rabelais ; la Réforme nous donnera Calvin.